« Il était une fois, trois filles superbes de Paris, qui avaient décidé de s’engager dans la police de faire du Rock. Mais on les avait cantonnées dans des travaux bien peu passionnants Mais on voulait les cantonner dans un rôle de simple faire-valoir. Alors moi, Charlie Ellie, je les ai sorties de ce cauchemar pour les engager les promouvoir. Et je ne le regrette pas, car ce sont vraiment de Drôles de Dames des p****** de rockeuses. »  

Certes, j’en suis conscient, je ne suis pas certain que la boite de prod’ qui m’a envoyé ce CD cautionne ce petit détournement d’un générique de série fameuse dans les années 70. Mais en écoutant ces quelques chansons, je n’ai pu m’empêcher d’en faire le parallèle, car en effet, les DRAGON’S DAUGHTERS sont des rockeuses, des vraies, intemporelles, qui rappellent tout autant les girls groups des sixties que les premières Punk des seventies, avec leur moues boudeuses, leur technique rudimentaire et leur énergie communicative. Et après tout, pourquoi pas ? Les filles aujourd’hui revendiquent à juste titre l’équité, ne l’obtiennent pas forcément, malheureusement, se battent contre les lieux communs, le sexisme, rêvent l’égalité salariale, le remboursement des produits de première nécessité, mais se baladent aussi dans les rues de Paris, en robe, en jean, prennent la parole, la musique, et tout ce qu’elles peuvent pour s’exprimer, en leur nom, ou de façon collective. On les a vendues comme des produits, on a essayé de les brader et de les brider, mais ça ne les a jamais empêchées de se défendre et de continuer à donner de la voix, que leur message soit d’importance sociale ou purement futile et adolescent. Et moi, j’aime écouter les filles qui ne chantent pas sur la plage, mais qui répètent dans les caves, ou ailleurs, et qui finissent après une simple démo deux titres par se faire produire par Yarol Poupaud, pour un premier EP qui réussit la gageure de réconcilier dans un soupir le fantôme des NERVES et le spectre des RAMONES. Aussi Punk qu’il n’est Garage, aussi Rock qu’il n’est subtilement Pop, ce premier jet est digne de votre intérêt, justement parce qu’il est futile comme un baiser, mais aussi important qu’un majeur tendu à la face d’un gros macho. Mais du coup, qui sont ces trois musiciennes qui braillent autant qu’elle n’harmonisent ?

Des parisiennes, from 92, trois, Margot Rigaud (guitare/chant), Angie Blackson (batterie/chœurs) et Manon Sherlock (base/chœurs), qui ont piqué leur nom à une chanson de l’ancien groupe de l’une d’entre-elles, qui parlait de la pute du roi. Trois lycéennes qui ont fini par gagner un concours pour finir à Rock en Scène, qui sont très en vue, mais tout sauf des m’as-tu-vue. Parce qu’on aime autant les entendre que les voir, même si leurs visages sont jolis, puisque le plus important c’est la musique, et que de ce côté-là, elles ne craignent pas grand monde. Elles l’admettent, avec dérision ou pas, elles aiment les RAMONES, les LIBERTINES, les CLASH, les BEATLES, les STONES, les plus récents LEMON TWIGS, HINDES, mais aussi les GUNS N’ROSES, et BON JOVI, ce qui leur permet de faire à peu près ce qu’elles veulent sans qu’on les emmerde avec des références trop évidentes. Car leur approche du Rock, faussement simpliste, évoque plus un subtil et frais mélange des BIKINI KILL et de Liz PHAIR, avec cette petite touche d’innocence qui exhalait des portraits de Chrissie Hynde et Debbie Harry. Souvent, ça joue vite et fort et ça braille, ça vitupère sur les jeunes garçons qui ne sont pas tous des cons, sur la drogue, la vie de tous les jours, les amies qui courent et un peu tout ça, ce qui fait le quotidien et la vie sur cette planète. Des trucs qu’on donne et d’autres qu’on achète, et surtout, une belle complicité de trio qui renforce l’impact rythmique et mélodique de ces six morceaux, aussi cohérents que variés, qui osent la délicatesse pour mieux la fracasser sur le réalisme d’esthètes du Power Punk qui ne manquent pas d’adresse. Concrètement, pourquoi tenter de vous refiler un truc qui de toutes façons n’a pas grand rapport avec le Hard Rock, et encore moins le Heavy Metal ? Parce que nous écoutons tous des choses qui échappent à notre zone de confort, parce que les trois filles le méritent, et parce que si elles sont arrivées jusque-là, ça n’est pas par hasard, mais par talent. Et Tits on Fire, malgré sa pochette gentiment naïve et son titre généreusement provocant est sans doute le truc le plus immédiat et sensiblement frais que vous pourriez avoir écouté depuis longtemps.

On y retrouve l’urgence du Punk des mid seventies, le minimalisme du Grunge et de l’Alternatif des nineties, mais aussi la naïveté des SHAGGS qui auraient appris à jouer avant de se laisser traîner en studio par leur père, une frange importante de la culture anglo-saxonne, mais aussi un peu de citations plus françaises, avec cette reprise de « La Chanson de Prévert », du pervers Gainsbourg, qui était aussi un poète avant d’être un alcoolo fasciné par la provoc facile. Et les DRAGON’S DAUGHTERS, explosant son refrain façon Garage fuzz lui rendent un bel hommage, lui qui avec Léo Ferré fut l’un des rares auteurs sachant marier la précision de Vian et la rébellion de Thompson. Alors, il est question de fuck, de pussy, de choses qu’on ne sait pas mais qu’on connaissait déjà sur leur démo, et surtout, d’une énergie incroyable entre trois instrumentistes qui ne seront certes jamais des premiers prix de conservatoire, mais qui savent l’essentiel et le plus important, balancer des accords primaires dans un déluge de chœurs à trois têtes, soigner des refrains qui explosent comme des bulles de savon, et torcher des trucs qui marchent sur le pouce comme ce « Pocket Pussy » qu’on imagine très bien composé dans une chambre d’étudiante, un soir ou l’amitié était plus importante que les bouquins de cours. A peine dans la vingtaine, ces trois parisiennes ont la tête bien sur les épaules, qui remuent au rythme de « Who The Fuck », des lyrics qui cognent hérités d’une attention particulière apportée aux cours d’anglais du parcours scolaire, parce que décidément le français, ça le fait moyen. Un son très cru, que Yarol a gardé comme tel, puisque les enrobages ne s’accordent que très mal avec une génoise un peu sèche, ce qui n’évite pas les tentatives de séduction vocale, lorsque les trois voix montent à l’unisson comme une complicité de saison.

Moi, j’aime beaucoup cette simplicité, parce qu’elle n’est ni minimalisme, ni épure de snobisme. On sent que le but n’est pas de se faire passer pour, mais bien d’être, et des trucs plus conséquents, comme « Learn It », avec ses arpèges de fin d’été, c’est quand même vachement bien. Et même si le chorus finit par vous éclabousser de ses postillons Punk, on s’imagine collé/lové dans les bras de son amour de lycée, pour un bal qui n’a lieu que dans notre tête, mais qui ralentit le vieillissement de nos illusions. Après, peu importe, peu importe qu’un seul quart d’heure nous enchante, peu importe que parfois la batterie rate ses croches, peu importe qu’on se sente en terrain connu, puisque ce qui compte, c’est seulement le plaisir de s’en faire, en compagnie d’un groupe pas dupe, et tout sauf conçu dans un labo de marketing. Et puis les PIXIES sous acides de « I Don’t Know », qui fricotent avec les RITA MITSOUKO, c’est quand même chaud. Les filles chantent, le soleil est là, ça sent l’été, mais aussi une époque troublée. On peut s’amuser sans oublier la réalité, les injustices et les mots déplacés. Et pas besoin d’avoir les seins en feu pour ça. Ou autre chose.                    


Titres de l'album :

                          1.Pocket Pussy

                          2.Who The Fuck

                          3.Bed in May

                          4.Learn It

                          5.I Don’t Know

                          6. La Chanson de Prévert

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par mortne2001 le 07/04/2019 à 17:40
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