Nouvelle équation à très peu d’inconnues (parce qu’on n’est pas là pour faire des maths non plus).

Groupe suédois+Hard mélodique+Frontiers= ? 

J’ajoute à cette formule « nouveau » devant « groupe suédois » sans être certain que ça change quoi que ce soit, et nous obtenons donc ?

Une nouvelle tuerie, puisque les scandinaves associés au label italien ont toujours eu le don de se transcender, à moins que le CEO du célèbre indépendant et ses DA aient tant de flair qu’ils ne soient capables à chaque fois de débusquer LE band capable de nous mettre à genoux. La réponse se situerait un peu entre les deux, puisque nous savons depuis bien longtemps que les européens du nord ont un don particulier en ce qui concerne le vintage et l’harmonique, et qu’il n’est donc pas très difficile de faire son marché entre Stockholm et Malmö…Cette fois-ci, les musiciens nous en viennent d’une ville au nom beaucoup moins facilement prononçable, Örnsköldsvik, où ils se sont formés il y a quatre ans. Des nouveaux noms, mais pas forcément des bleusailles, puisque je me doute que leur parcours doit être plus riche que cette introduction longue-durée, mais surtout, une nouvelle envie, en convergence d’un Hard-Rock vraiment puissant, d’un Heavy élégant, et d’un AOR mordant, pour un All Rise qui fait en effet se lever bien des poings et virevolter des chevelures, sans chercher à révolutionner le style, mais en visant une qualité qui perdure. Et c’est exactement ce qu’on attend d’un album de cette trempe, qui nous en colle une bonne en suivant ses influences de près, mais en y mettant la distance suffisante pour ne pas sombrer dans la paraphrase.

Les PERFECT PLAN ont donc élaboré le plan parfait pour un hold-up total qui va ravir les fans de mélodie et de watts. Leur premier effort frise et caresse le sans-faute sans forcer son talent, comptant pour ça sur une technique individuelle éprouvée, et sur un sens de la composition collective relevé. Quintette éclairé (Kent Hilli - chant, Rolf Nordström - guitare/chœurs, P-O Sedin - basse/chœurs, Leif Ehlin - claviers/chœurs, et Fredrik Forsberg - batterie/chœurs), PERFECT PLAN se permet d’unir dans un même élan l’emphase d’un DEEP PURPLE, la classe d’un BLACK COUNTRY COMMUNION, le lyrisme éclectique d’un Jami JAMISON et de SURVIVOR, la légèreté d’un JOURNEY en pleine crise de tubes aigue, et le savoir-faire brûlant du EUROPE des premières années, celui-là même qui était encore obsédé par…DEEP PURPLE. La boucle est donc bouclée, même si quelques noms se rajoutent à cette liste personnelle, dont ceux de TREAT, de WORK OF ART, de W.E.T., et des immanquables TOTO ou GIANT, pour un passage en revue des pirouettes les plus usitées dans le style, mais aux ficelles loin d’être usées. Jouant constamment sur la frontière séparant le Hard-Rock glorieux du FM sentencieux, les suédois font montre d’une habileté incroyable pour convaincre l’auditeur de leur potentiel, auditeur qui reconnaîtra dès les premières secondes le talent d’un ensemble capable lors d’un même morceau d’évoquer le spectre du TOTO de Farenheit et du JOURNEY d’Arrival.

De ce point de vue, il devient assez ardu de trouver des arguments pour convaincre, puisque le meilleur est encore de vous persuader d’écouter ce disque à plein volume. Nous nageons évidemment en terrain connu, puisque All Rise s’évertue à synthétiser les atouts de tous les artistes précités, sans leur chiper leurs trucs les plus personnels. Mais entre un chanteur qui aurait pu trouver sa place aux côtés de Fergie Frederiksen, de Jami Jamison ou de Steve Perry (voire même de David Coverdale sur les instants les plus pressants), un guitariste qui sait s’affirmer, mais aussi s’effacer, riffer, soloïser, et marquer le temps pour ne pas empiéter sur les vocaux ou le clavier, une section rythmique impeccable, entre frappe de mammouth et survol sans doutes, et une bordée de chœurs de qualité, le bilan est lourd, mais le cœur est léger. On se prend même parfois à essayer de chanter sur des morceaux qui ont des allures de classiques, alors même qu’on les entend pour la première fois. C’est évidemment le signe des grands, cour très réservée dans laquelle les PERFECT PLAN vont vite s’incruster, et de « Bad City Woman » et son up tempo démoniaque sur fond de refrain estampillé AOR l’air de rien, à « Heaven In Your Eyes », qui répète la même recette sans employer les mêmes ingrédients, et qui dame le pion à GIANT et JOURNEY, on reste admiratif devant tant de courage mélodique et d’ardeur décibellique, les suédois évitant avec grâce le piège du trop expansif ou de l’introverti passif. Pas de mièvrerie donc à craindre de musiciens qui ont roulé leur bosse et affirmé leur allégeance à un Rock d’adulte, un Rock émergeant parfois du fin-fond de seventies qui n’ont oublié ni Jon Lord ni Roger Glover, et encore moins David « the voice » Coverdale (« In And Out Of Love », que le EUROPE le plus tardif aurait pu composer sans se couper les tifs), ou un Rock se réveillant d’eighties encore sous le charme d’une combinaison fatale entre riff létal et mélodie orbitale (« Stone Cold Lover »).

Un Rock qui condense, tout en laissant la place, et qui se rappelle des grandes orgues, des guitares baroques et des envolées lyriques pas toc (« Gone Too Far », un autre clin d’œil au WHITESNAKE toujours anglais et pas encore dénaturé par les charts américains détrempés), un Rock grandiose qui funkyse ses thèmes et qui chaloupe un rythme en anathème (« What Goes Around »), ou même un Rock aux abois d’une Pop qui se boit, comme du petit lait, mais qui enflamme la gorge comme un whiskey irlandais (« Too Late »). Et puis tellement d’autres choses, comme cette nostalgie d’une époque où l’énergie pouvait encore en imposer aux querelles de clocher (« 1985 », si avec ça, on ne s’y croit pas…), ou cette façon de survoler sa copie pour offrir un panorama synthétique de tous les courants en vogue depuis l’intrusion du Hard-Rock dans le Billboard (« What Can I Do »). Et puis surtout, la foi, l’oubli de soi, mais aussi des ballades qui souvent ont tendance à s’incruster au banquet pour faire retomber l’ambiance, et qui sont ici occultées au profit de guitares qui se dansent. Beaucoup de hargne donc, une énergie de tous les diables, et une énorme dose de mélodies qu’on retient jusqu’au bout de la nuit, un son évidemment poli, mais pas trop pour rester honnête sur les arêtes, des instrumentistes qui n’ont pas gardé la langue dans leur poche et qui manient le vocable anglo-saxon comme une anguille sans roche, et un résultat qui dépasse des espérances pourtant méchamment élevées, au regard de l’origine géographique du combo et de sa signature sur le label de Serafino. Oui, osons-le dire, les années passent et Frontiers jamais ne nous lasse, nous proposant chaque mois son lot de surprises en restant aux abois, et autant dire qu’en signant les PERFECT PLAN, leur permettant de publier cet All Rise bien aimé, il signore Perugino a une fois de plus fait le bon choix. Le meilleur choix. Une constante désormais.


Titres de l'album:

  1. Bad City Woman
  2. In And Out Of Love
  3. Stone Cold Lover
  4. Gone Too Far
  5. What Goes Around
  6. Too Late
  7. Can't Turn Back
  8. Never Surrender
  9. 1985
  10. What Can I Do
  11. Heaven In Your Eyes

Site officiel


par mortne2001 le 28/04/2018 à 18:06
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