Walking Corpse Syndrome

Mortar

11/07/2019

Autoproduction

Finlande, parfum rétro, regards en arrière, technique old-school, du connu, reconnu, mais toujours apprécié, voilà donc comment résumer le premier long des teigneux MORTAR. Avec un pseudo qui ne laisse planer aucun doute, des intentions claires et une musique qui ne l’est pas moins, ce quatuor joue donc la franchise, et nous propose un méchant retour en arrière, lorsque le Death Metal avait encore tout à prouver, mais s’en foutait royalement et préférait foncer droit devant. Fondé en 2017 du côté de Lahti, MORTAR ne cherche donc pas midi à quatorze heures, mais souhaite remettre au goût du jour d’anciennes notions en combinant les inspirations, et n’hésite pas à citer des œuvres comme To Mega Therion, Reign In Blood, Leprosy ou Symphonies of Sickness pour situer sa démarche. Si bien évidemment, ce Walking Corpse Syndrome est encore loin d’atteindre la qualité des pionniers susnommés, on sent l’authenticité, la violence, et la crédibilité est donc le vecteur majeur de ce premier longue-durée à la production qui pue la mort et la cruauté. Animés des meilleures intentions, les finlandais tentent donc de résumer un créneau de cinq ans de brutalité musicale, s’ancrant entre les balises 86/91 du genre, histoire de couvrir la grande histoire de leurs petites histoires. Petites par la taille et la durée, puisque les morceaux ne dépassent que très rarement les quatre minutes (deux fois d’ailleurs), mais conséquentes par la puissance, qui ne se dément pas pendant plus de trente minutes. Death dans le fond, Death/Grind dans la forme, assez proche d’ailleurs de la mouvance nineties, mais avec de sérieuses réminiscences de l’école 80’s via quelques ambiances délétères empruntées à DEATH, notamment lorsque le tempo ralentit.

Et comme tout le monde le sait, l’extrême d’une époque a été influencé par celui d’une autre époque, et c’est donc vers SLAYER, CELTIC FROST que tout le monde se tourne au moment de prôner des valeurs nostalgiques. Mais avec un abattage sérieux, un investissement de tous les instants, et une folie tangible qui émane de leurs morceaux, les MORTAR nous offrent donc une entrée en matière (après un EP éponyme en 2017) très crédible, qui s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans la tendance actuelle. Ce qu’on apprécie le plus, outre cette production un peu sèche qui embrasse le passé, ce sont ces soudaines accélérations qu’on adorait déjà sur les deux premiers albums de DEATH, et qui agissent comme de soudains coups de rein qui brisent les cervicales auditives. Les riffs, propres, tronçonnés mais sans abus de HM-2 pour ne pas sonner trop bateau et scandinave, agissent comme les propulseurs qu’ils doivent toujours être, et le chant, classique mais sans exagération fait bien le lien entre la frappe matte et nette (son de batterie estampillé DARKTHRONE sur Soulside Journey ou du DEATH de Leprosy) et les attaques saccadées mais mélodiques de la guitare. Quatre musiciens (Olli Ripatti - chant, Juha Koivistoinen - basse, Taito Soramäki - batterie, et Juha Merilaakso - guitare), qui parfois appuient un peu trop sur la corde sensible de notre amour (« Frozen Casket », titre et atmosphère, riff plaqué d’enfer, caisse claire, tout est frappé du sceau de ce bon vieux Chuck), mais qui le font avec tellement d’honnêteté et de fermeté qu’on se laisse finalement tenter, d’autant plus que leurs titres sont truffés d’idées et de breaks bien amenés.

Et lorsque la machine s’arrête au bout de trente-trois minutes, le fan de Death se trouve fort marri que les finlandais n’aient pas surenchéri. D’autant plus qu’avec une entrée en matière aussi féroce que « Easy Target » (une sorte de démarquage de « Infernal Death », avec quelques inserts Grind du plus bel effet), immédiatement suivi d’un bel hommage à la redondance et au lyrisme morbide de Tom Warrior (« No Glory (The Vilest Group Under the Sun) », dont le riff rappelle de loin « The Heart Beneath » de Vanity/Nemesis), et automatiquement enchaîné au putride et nauséabond « Another Year, Another Scar », plus symptomatique de l’école des Sunlight Studios (avec encore des fulgurances Grind du plus bel effet), il y a en effet de quoi apprécier cette tranche de violence compacte, et regretter le peu de rab’ qu’on était en droit d’attendre. Et sans fausse prétention, mais avec une réelle humilité effective, les quatre musiciens parviennent à faire le lien entre les époques, à combiner la force du Thrash, la bestialité du Death et la folie du Grind, pour nous offrir un joli trip intégral dans les abysses de l’enfer musical, avec un lexique qu’ils maîtrisent sur le bout des doigts. Inutile donc d’attendre une révolution qui ne viendra pas, puisque tel n’est pas le but, mais avec des plans qui claquent, un chant qui varie et hurle bien, une section rythmique à la cadence analogique délicieuse, Walking Corpse Syndrome a tout du zombi mort plusieurs fois entre la fin des eighties et le début des nineties, mais qui marche à la vitesse d’un ninja fondant sur sa proie.

Pas de remplissage, des clins d’œil poussés aux instigateurs de CELTIC FROST (« Disrupt Lives / Killing Time by Killing People », lent, lourd, avec quelques cuillères à café de Chuck S. pour relever), des mid tempi qui frappent et se retiennent (« Concrete Domain »), et un final orgiaque (« With the Truth to the Grave »), c’est du tout bon et du bien faisandé pour continuer l’été. Qui promet de sentir un peu des jointures au niveau de la Finlande.   

     

Titres de l’album :

                      1.Easy Target

                      2.No Glory (The Vilest Group Under the Sun)       

                      3.Another Year, Another Scar          

                      4.Payback

                      5.Disrupt Lives / Killing Time by Killing People     

                      6.Waste Disposal       

                      7.Circling Down the Drain   

                      8.Concrete Domain   

                      9.Frozen Casket        

                      10.With the Truth to the Grave

Bandcamp officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 08/03/2020 à 14:57
78 %    827

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Le week-end de la Vierge de Fer

Simony 03/07/2022

Live Report

Discography 1985/2022

mortne2001 02/07/2022

La cave

HELLFEST 2022 / Part 1 / Du jeudi 16 au dimanche 19 juin

Jus de cadavre 30/06/2022

Live Report

Interview de NESTOR

Chief Rebel Angel 25/06/2022

Interview

The Ocean + PG Lost + Psychonaut

RBD 10/06/2022

Live Report

NECROWRETCH + HEXECUTOR + LORD GALLERY / Rennes (Ubu)

Jus de cadavre 01/06/2022

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Buck Dancer

"J'aime beaucoup la configuration du Trabendo, la scène en contre-bas permet de voir ce qu'il s'y passe où que l'on soit dans la salle" Je pense tout le contraire, où que l'on soit dans la salle on voit rien du tout je(...)

04/07/2022, 17:20

Arioch91

Je n'ose imaginer le boulot passé à rédiger une telle rétrospective !Respect total et merci beaucoup !

03/07/2022, 19:41

Olivier

Merci pour cette très belle bafouille ! J'adore N.D. depuis ses débuts, mais je suis surtout un fan des premières années, et pour moi, la première fracture intervient lorsque Lee quitte le navire - je ne suis pas très fan de la voix de Ba(...)

03/07/2022, 18:38

Buck Dancer

Vraiment très sympa cette rétrospective d'un groupe qui le mérite largement et bravo pour le travail ! Perso j'ai découvert Napalm ave l'EP " Mass Appeal Madness", d&apos(...)

03/07/2022, 14:07

RBD

Seigneur, quel travail ! J'écoute Napalm depuis plus d'un quart de siècle, c'est l'un des deux ou trois groupes de niveau professionnel que j'ai vu le plus. Mais jamais je n'aurais osé me lancer dans un exposé pareil. Rien que pour ç(...)

03/07/2022, 12:06

Simony

Putain !!!!!!! Alors moi j'adore Utopia Banished, c'est l'album qui m'a fait découvrir NAPALM DEATH c'est certainement pour cela, c'est aussi pour ça que j'ai pas de suite compris ce qu'était Scum lorsque j'ai voulu remonter les al(...)

03/07/2022, 10:06

NecroKosmos

Superbe travail !! Moi aussi, je suis un fan ultime de NAPALM DEATH. Je suis leur carrière de près depuis que j'ai découvert le groupe à la sortie de FROM ENSLAVEMENT... et n'ai jamais décroché malgré leurs prises de risques ou changement(...)

03/07/2022, 07:22

Benstard

Ouais pareil , la production est générique a mort, bon c'est quasiment tout les groupes comme ça , mais entre la guitare avec ce son de gratte en mode pédale brancher sur une table de mix et la batterie avec la caisse claire ultra numérique...mais bon ce gr(...)

02/07/2022, 14:45

afass

Generic and boring.

01/07/2022, 23:16

Arioch91

Achat prévu !

01/07/2022, 20:10

Harry Klein

Je trouve les idées "zombie truc" affreusement rincées mais le morceau est effectivement très bon et appétissant. 

01/07/2022, 09:48

LeMoustre

Parfait ça. Achat direct comme prévu 

01/07/2022, 09:39

Simony

Commande faite, je ne sais pas si notre cher Mortne2001 connait ça... C'est le Thrash que j'aime !

01/07/2022, 09:08

Jus de cadavre

Hé oui c'est vrai ! Mais bon c'est la force du Hellfest : son affiche de malade qui à chaque fois te fait dire "aller j'y retourne !"

30/06/2022, 22:53

RBD

Hé, JdC, je croyais que tu ne voulais plus retourner au Hellfest, ha ha !! Le covid a changé bien des choses. Nous avons tous très faim.Je ne suis pas étonné, autrement, de l'excellente impression laissée par Agressor, ça m'a fait (...)

30/06/2022, 14:55

Simony

Totalement d'accord avec toi Jus de cadavre, c'est du tout bon avec cet esprit simple et efficace que j'aime beaucoup dans ce groupe.

30/06/2022, 14:43

Jus de cadavre

Simple, basique, efficace. 

30/06/2022, 11:53

Jus de cadavre

Cette prod encore ! Un petit côté Thrash de bâtard ce titre, avec un son de tronçonneuse. Le pied.Super nouvelle en tout cas, ça sent un top de fin d'année cet album... 

30/06/2022, 11:43

Gargan

Le petit clin d'oeil sur la police de caractères

30/06/2022, 11:35

M\'Z

Merci beaucoup pour le repartage, je mets le lien d'écoute sur toutes les plateformes digitales :

30/06/2022, 09:11