American Dream

Diamante

07/05/2021

Autoproduction

Il n’est pas exagéré de dire que le public Metal a un gros problème avec ces jeunes chanteuses qui triturent les styles pour les faire leur. Généralement, la sortie d’un album de ce genre déclenche une pluie de commentaires acerbes, allant du traditionnel et lapidaire « c’est de la merde », au plus élaboré et swing « c’est presque aussi crédible que Fred Durst qui fait l’acteur ». J’ai défendu bec et ongles pas mal de ces jeunes artistes féminines, arguant du fait qu’elles faisaient avancer les choses, et qu’elles osaient mélanger la Pop au sacro-saint Metal, en dépit du purisme exacerbé de ce public qui déteste l’ouverture sous ses atours de tolérance. J’ai encensé POPPY pour son mélange hétéroclite et son univers de poupée Manga gothique, j’ai écrit les louanges de SCARLET qui m’apparaissait comme une porte de sortie Alternative/Metalcore assez crédible, et il y a quelques années, j’avais dit le plus grand bien de Dirty Blonde, le premier EP de DIAMANTE, que j’avais jugé suffisamment agréable et novateur pour être défendu sur la place publique, au risque de me faire lapider. Quelques années plus tard, et malgré une interview qui n’eut jamais lieu avec l’artiste, je reviens avec mon clavier pour vous parler de cette jeune californienne d’adoption, qui continue son chemin seule, comme une grande, et sans le soutien d’un gros label.

Trois ans après son premier album, Coming In Hot, DIAMANTE revient donc avec la suite de ses aventures, sous la forme d’un second LP de trente-six minutes, bourré de chansons courtes que les amateurs de Metal alternatif jugeront comme autant de hits potentiels. La musicienne a suffisamment affiné son approche pour savoir exactement ce qu’elle veut, et ses tournées avec BREAKING BENJAMIN, THREE DAYS GRACE, CHEVELLE, ou SHINEDOWN lui ont permis d’acquérir le professionnalisme suffisant pour savoir exactement ce que ses fans souhaitent entendre. Et si je ne connais pas ses fans, je peux quand même affirmer au vu du soutien dont bénéficie la chanteuse qu’ils seront enchantés par cet American Dream qui incarne quelque part ce fameux rêve américain dont les artistes et apprentis parlent tant à l’orée de leur carrière. Une forme de reconnaissance au pays des merveilles, et une façon de souligner la difficulté de s’affirmer en tant que tel dans un pays qui regorge de stars en devenir.

Je ne vais pas le cacher, ce second album de DIAMANTE est une sacrée déception pour moi, comme si la chanteuse était rentrée dans le rang pour s’accorder un formalisme généraliste assez dérangeant et proposer un produit à même de séduire les masses. Dès le premier tube formaté pour les radios du Net et le live, « American Dream », on comprend que les choses vont être prévisibles, et que le cheminement de l’album sera anticipé sans aucun mal. Aussi réussi soit-il, ce premier morceau rappelle les plus grands tubes de la scène Alternative des années 2000, avec ses guitares calibrées pour ne pas sonner trop brutes, ses arrangements synthétiques, et cette alternance de chant susurré, hurlé, ou chanté à pleins poumons. Exit la fraîcheur et l’originalité, bonjour l’anonymat d’une musique interchangeable avec celle de n’importe quel autre groupe de la même scène, et la déception n’en est que plus grande. Pourtant, avec des titres courts et portés par des refrains efficaces, la musicienne a choisi la formule la plus concise, mais son refus obstiné de sortir des balises rassurantes transforme ses chansons en classiques déjà entendus des centaines de fois, un peu comme si Christina Aguilera se mettait au Metal pour être à la page. L’analogie est particulièrement frappante sur la ballade « Unlovable », archétype de sensibilité bon marché au piano générique et au chant sans réelle émotion.

Bien sûr, parfois, on tente de déborder du cadre et proposer des choses plus « provocantes », mais même à ce moment-là, les grosses guitares cliché, les facilités d’arrière-plan ne permettent pas d’être crédible, même si quelques sons empruntés à la scène R n’B donnent le sentiment d’écouter quelque chose de son temps sur le facile « UnFuCk YoU ».

Pour faire simple, les chansons passent, l’espoir d’écouter quelque chose de différent trépasse, malgré les efforts pour varier l’approche des guitares et l’ambiance (« Obvious »), alors on se concentre sur les rares passages un peu excentrés, acceptant la tonalité de fond comme fil rouge, mais toutes ces mélodies se ressemblent trop pour espérer nous extirper de notre léthargie, et écouter autre chose qu’un simple produit habilement manufacturé.

Je plaçais pourtant beaucoup d’espoir en cet American Dream, espoir très rarement exaucé, si ce n’est sur le jumpy « I Love Myself for Hating You » suffisamment Teen pour me donner le sourire et l’envie de danser, et malgré les featurings fameux, dont celui des BREAKING BENJAMIN sur « Iris » des GOO GOO DOLLS, une jolie surprise cachée en fin de métrage, le bilan est quand même méchamment moyen, et les sentiments ressentis assez tièdes et ternes.

Du travail très bien fait, un joli packaging, des morceaux qui parleront aux fans de Metal moderne et subtilement…non-Metal, mais un vide créatif et une tentation trop forte de rentrer dans le moule pour paraître plus consensuel, alors qu’on attendait de DIAMANTE une véritable déclaration d‘intention de sa propre personnalité, extravertie et unique.  Le genre de diamant qu’on trouve au Manège à Bijoux, joli, brillant, mais désespérément anonyme dans la masse de pierres précieuses du marché. 

   

                                              

Titres de l’album:

01. American Dream

02. Ghost Myself

03. Serves You Right

04. Obvious

05. Unlovable

06. Wake Up Call

07. UnFuCk YoU

08. I Love Myself for Hating You

09. Iris (feat. Breaking Benjamin) (GOO GOO DOLLS Cover)

10. Hopeless

11. Obvious (Acoustic)


Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 28/12/2021 à 18:24
70 %    148

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Sélection rédaction Metalnews 2021 !

Jus de cadavre 01/01/2022

Interview

Devildriver

Baxter 26/12/2021

From the past

Voyage au centre de la scène : PENETRATOR

Jus de cadavre 19/12/2021

Vidéos

Unspkble + Rank

RBD 16/12/2021

Live Report

Anna von Hausswolff

RBD 08/12/2021

Live Report

Igorrr + Horskh

RBD 07/12/2021

Live Report

Fuzz in Champagne - épisode 2

Simony 27/11/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Archives MORTUARY

Jus de cadavre 14/11/2021

Vidéos

Chiens + Unsu + BMB

RBD 09/11/2021

Live Report
Concerts à 7 jours
Nightmare + Existance + Rhapsody Of Fire 24/01 : Le Petit Bain, Paris (75)
Existance + Rhapsody Of Fire + Manigance 25/01 : Le Ferrailleur, Nantes (44)
Nightmare + Rhapsody Of Fire + Manigance 26/01 : Rock School Barbey, Bordeaux (33)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Jus de cadavre

Ils nous enterreront tous ces cons là ! Même Drucker fera pas le poids !

19/01/2022, 19:20

foja

masters. jamais vraiment

19/01/2022, 19:15

Simony

J'avoue qu'elle est pas de moi, c'est Jus de cadavre qui avait proposé ce style pour SCORPIONS et j'ai trouvé que ça leur allait bien

19/01/2022, 18:10

pierre2

"Never Retired Hard Rock Masters, Allemagne"J'avoue, j'ai ri - merci !

19/01/2022, 15:11

Humungus

Merci grin.(sic)

19/01/2022, 13:36

grinder92

@humu : tu cliques sur le tag "Druid Lord", ça te proposera cette chronique et également celle-ci : http://www.metalnews.fr/chroniques/grotesque-offerings 

19/01/2022, 10:35

Simony

C'est un des groupes dont j'attends leur nouvel album, le titre partagé m'avait beaucoup plu, à creuser car la chronique donne clairement envie.

19/01/2022, 08:12

Humungus

Comment fait-on pour retrouver ta chronique de leur deuxième galette ?

19/01/2022, 07:29

Humungus

Une de mes découvertes de l'an dernier...Hâte de foutre une oreille sur cet album putain !

19/01/2022, 07:26

Simony

En rappel avec The Number Of The Beast, The Evil That Men Do, Iron Maiden et Sanctuary....   

18/01/2022, 23:20

Kerry King

Un concert de Maiden sans Fear of the Dark c'est pas vraiment un concert de Maiden.

18/01/2022, 19:02

Simony

Merci Gargan, c'est corrigé.

18/01/2022, 14:32

Gargan

C'est leedET. Suis curieux d'écouter les autres titres, en espérant qu'ils gardent l'urgence de l'extrait mis en avant. Aucune info sur le line-up, mis à part le type de mare cognitum au chant.

18/01/2022, 10:32

Simony

Idem pour moi Eyziel, pas convaincu du tout de ce second extrait. A voir dans la globalité de l'album comme tu dis.

18/01/2022, 08:02

Simony

Ben moi je prends cette idée. Ils l'avaient fait pour A Matter Of Life And Death et c'était vraiment bon. Et comme ce dernier album me plait beaucoup... why not ? Reste à savoir si la date de juin à Paris aura bien lieu...

18/01/2022, 08:01

eyziel

Je l’attends énormément mais je ne suis pas super convaincu des morceaux dévoilés, surtt dark horse. Après on verra un album de Messa ça s’écoute d’une traite. 

17/01/2022, 22:48

Jus de cadavre

Je l'ai trouvé efficace mais très impersonnel. La prod générique au possible y est pour beaucoup.

17/01/2022, 19:13

LeMoustre

Il est très bien ce titre.

17/01/2022, 17:37

Goughy

Le saviez-vous ?2 morceaux (le 1 et le 11) se trouvent sur aussi l'album de reprises d'Helloween "Metal Jukebox"Je ne sais qu'en déduire : influence majeure de ces morceaux sur la scène heavy/speed ? ou perception "différente" (...)

17/01/2022, 16:31

faga

Groupe sucoté

16/01/2022, 21:26