On connaissait jusqu’à présent le célèbre Abominations of Desolation des légendes MORBID ANGEL, qui les présentait sous des prémices agressifs, et qui définissait les nouvelles règles à venir du Death Metal des années 90, aussi violent que technique, et parfois proche d’un Black larvé, qui lui aussi n’allait pas tarder à bousculer l’underground. On connaît désormais Atmospheres of Desolation des NOCTAMBULIST, eux aussi américains, et eux aussi situés à la lisière des genres, adoptant toute mesure musicale coercitive pour nous faire plier. Evidemment moins novateur, ce premier album des originaires de Denver n’a pas l’aura majestueuse de son illustre brouillon floridien, et pourtant, il n’est pas vain d’y voir une nouvelle forme de mystique absconse, notamment au niveau de ce mélange entre agressivité permanente et de technique sous-jacente, les rapprochant donc, avec transposition de l’époque bien sûr, de leurs glorieux aînés. Fondé en 2016 du côté du Colorado, ce quatuor énigmatique (RH - basse, Michael Nolan - batterie, Andreas Tee - guitare et Sean McConnell - chant) a patiemment attendu avant de lâcher sur le marché son premier long, nous teasant assez longtemps d’un simple single sur son Bandcamp avant d’oser élargir ses horizons de quelques minutes supplémentaires. Et c’est une fois encore grâce aux bons soins des suédois de Blood Harvest que nous pouvons nous enfoncer dans la boue la plus putride de l’underground, puisque le célèbre label a décidé d’œuvrer dans le sens des américains en assumant leur signature. Et à mon humble avis, et au jugé de leurs références existantes, les scandinaves n’ont pas du regretter longtemps leur décision.

D’une durée assez raisonnable de vingt-sept minutes, ce premier LP de NOCTAMBULIST est pourtant le genre d’œuvre d’une intensité rare, se plaisant à la croisée des chemins, et employant toutes les armes à sa disposition pour sonner le plus grave, le plus violent, et le plus traumatique possible. Leur écurie ne s’y est d’ailleurs pas trompée, en les inscrivant sur les mêmes courses que leurs homologues passés de BLOOD INCANTATION, IMMOLATION ou SULPHUR AEON, allant même jusqu’à leur faire toiser la crinière des GORGUTS, dont ils semblent partager le même goût pour la complexité brutale, sans aller jusqu’à se rapprocher des pics de folie autrefois atteints par Obscura. Mais il est certain que ces quelques références vous permettront de baliser le terrain et de tâter la température du marais avant d’y tremper votre âme, et en six morceaux seulement, le quatuor s’impose en forçant, mais sans forcer, si vous saisissez la nuance. Pourtant, l’approche est simple, mais redoutablement efficace. Une alternance d’ultraviolence et de passages plus malsains, les deux optiques bénéficiant des mêmes soins pervers, et se reposant sur un son plus que consistant, que bon nombre de combos de Death contemporains pourraient envier. A la rigueur, il est même possible parfois d’y voir une analogie avec les terrifiants TERRA TENEBROSA, qui abandonneraient provisoirement leurs vices Ambient pour épouser la cause BM, puisqu’on sent en filigrane cette même envie de choquer par la profondeur et l’obscurantisme. D’énormes riffs donc, qui épousent la vitesse hallucinante d’une rythmique infatigable, un peu comme si INCANTATION se greffait sur l’axe basse/batterie des 1349, le tout emballé dans une ambiance infernale, avec flammes vous chatouillant la plante des pieds et démons frappant à votre porte. C’est donc très épais, très brutal, mais pas bestial pour autant, et d’une froideur incroyable, d’une maestria technique que le frappeur Michael Nolan confirme de sa fluidité épileptique, et d’une cruauté vocale sans égale, avec le timbre rauque et granuleux de Sean McConnell qui égrène ses litanies horrifiques.

Et comme pour bien affirmer ses positions, le groupe nous offre une intro sans ambages, qui met en avant ses déviances les plus dissonantes, laissant Sean hurler comme à la grande époque de Justin Broadrick et « Multinational Corporations ». « Dimming Lights Illuminate » couvre donc de ténèbres le spectre sonore, tamise le soleil au point de le noyer dans la nuit, et « Abnegation » de nous en demander beaucoup pour encaisser le choc frontal, et assimiler la quantité de données assénées. Blasts tempétueux, fills, rolls, écrasements, stridences, dissonances, couches de chant en magma bouillonnant, pour une fournaise qui s’apparente aussi à une prison de glace, quoique les américains ne se rapprochent en aucun cas des hivers scandinaves. Semblant tirer des enseignements des cours ancestraux de DISEMBOWELMENT, en les surmultipliant d’une énergie parfaitement sidérante, Atmospheres of Desolation s’acharne à dépeindre un panorama de violence sourde, jonché de ruines, de cadavres, tableau post-ap d’une bataille menée contre la modération qui n’a plus que ses cendres pour continuer de brûler. Et loin de se contenter de foncer dans les rangs tel un char d’assaut tournant fou, NOCTAMBULIST construit ses batailles, élabore ses plans, et fait preuve d’une grande intelligence dans sa campagne, nous compressant les sens de ses affolements immédiatement suivis d’accalmies vénéneuses. On se demande même si les MARDUK passés à la toile émeri SUFFOCATION ne seraient pas capables d’une telle sauvagerie, le tout s’apparentant parfois à un War Black plus sadique que la moyenne, tout en évoquant les côtes sud-américaines les plus dangereuses.  

Passant au pilon toutes les scories de l’extrême, les quatre américains nous assomment de leurs plans se succédant à une cadence folle, et chaque morceau, tout en étant clairement et logiquement relié au précédent, fait preuve de suffisamment d’autonomie pour faire avancer la machine. Il n’y aurait bien sûr aucune pertinence à tous les disséquer, puisque tous répondent plus ou moins aux mêmes théories, mais l’emphase peut être mise sur la métonymie globale du final évolutif « Habitual Falsehood », qui se propose de résumer l’optique en plus de six minutes. Mais impossible de passer sous silence les harmonies faussement cathartiques de « Atmospheres of Desolation », qui se voient souillées de vocaux à la limite de l’inhumanité, et qui confèrent au morceau une patine occulte inquiétante, mais fascinante. Un art consommé pour transformer des idées déjà existantes en avancées novatrices, une volonté dans la densité qui le confine à l’obstination morbide, et un pavé que l’on déguste concentré, à l’image de cette pochette monochrome qui en dit beaucoup plus long qu’elle n’en a l’air. Une nouvelle signature qui enrichit encore plus le parcours du label suédois Blood Harvest, et surtout, un premier album en déclaration d’intention, qui laisse augurer de lendemains pas si ensoleillés que ça du côté de Denver…    


Titres de l'album :

                            1. Dimming Lights Illuminate

                            2. Abnegation

                            3. Atmospheres of Desolation

                            4. Jubilant Cataclisym

                            5. Denial of Autonomy

                            6. Habitual Falsehood

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par mortne2001 le 24/06/2019 à 17:36
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