Avant l’explosion, il y a toujours des signes avant-coureurs. Un volcan ne laisse pas jaillir sa lave du jour au lendemain, et une faille ne se déchire pas sur la Californie sans avoir donné des indices aux sismologues. On peut toujours interpréter des traces laissées au hasard de la nature, pour peu qu’on y soit attentif, et que la problématique s’approche de vos centres d’intérêt. Ainsi, lorsque le second LP des lituaniens d’AU-DESSUS a percuté le marché de plein fouet, les observateurs les plus pointus savaient que ce cataclysme avait déjà secoué la planète Post Black de plein fouet lors d’un premier incident plus intimiste, publié à compte d’auteur. Ce fameux premier album éponyme que peu alors avaient cru bon de remarquer posait en effet les jalons d’une déconstruction à venir qu’on pressentait gigantesque, mais dont on avait encore du mal à mesurer les effets. Mais comme dans tout historique de catastrophe naturelle, il est possible de revenir en arrière pour essayer de comprendre ce qui a pu nous échapper, et qui aurait dû en temps et en heure nous mettre le bruit à l’oreille, histoire de se montrer moins surpris des dégâts constatés. Sans tourner autour du pot, End Of Chapter avait confirmé en son temps toute la sagacité d’une maison de disques qui n’a jamais cherché à privilégier la quantité au détriment de la qualité, mais qui a toujours préféré jouer la parcimonie pour laisser des traces indélébiles dans le cœur des fans de musique extrême. A cette occasion, nous avions découvert un quatuor lituanien aux armes affûtées, à la véhémence assumée, mais aussi aux velléités progressives très affirmées, ne se départissant pas pour autant de ses plus bas instincts BM, histoire de rester affilié à une certaine cause de brutalité. Mais on savait. On savait qu’un jour les masques allaient tomber et que les vrais visages Post allaient se révéler. Mais la période dont je vous parle aujourd’hui ne fait pas partie de cet avenir prospectif. Elle s’ancre dans un passé pas si révolu que ça, et pas si ancien d’ailleurs, puisque trois petites années seulement nous séparent de l’entame de l’histoire. Alors, Au-Dessus, le premier jet, brouillon magique ou copie impeccable rendue avec fierté ? Les deux. Et plus encore.

Les Acteurs de l’Ombre ont donc décidé de retirer de façon très limitée ce fameux premier éponyme, qui permettra aux néophytes de mieux aborder le cas du quatuor. Mille trois-cents exemplaires en digipack de luxe et trois-cents vinyles gatefold pour tenter de percer le mystère de Mantas (chant/basse), Simonas (guitare), Jokubas (basse) et Sarunas (batterie) et en savoir un peu plus sur leurs débuts déjà perfectionnistes et hautement professionnels. Si les plus rompus à l’exercice du Post BM contemporain trouveront tous les indices nécessaires pour jauger de la qualité et des possibilités d’un groupe à part, les néophytes s’étonneront de constater que le style pouvait alors rester associé à la crudité la plus extrême sans nous fatiguer de longues litanies introspectives sans queue ni fourche. Mais les originaires de Vilnius savaient déjà ce qu’ils voulaient, et connaissaient déjà la direction qu’ils souhaitaient emprunter, tout en laissant quelques portes ouvertes au passage, et au cas-où. Les fidèles de End Of Chapter ne seront donc pas étonnés de retrouver ces guitares lancinantes, évoquant les plus grandes références du genre, et ne seront pas plus surpris de constater que l’art de la construction en complémentarité faisait déjà partie des dogmes des lituaniens. AU-DESSUS, loin de se borner à schématiser leur démarche artistique, en livraient déjà une version très peaufinée et presque imperfectible, en permettant au BM le plus sombre et agressif de se fondre dans un « après », non plus mélodique ou supportable, mais différent, et plus profond et complexe. Néanmoins, et puisqu’il faut bien être honnête, entre les longs segments typiques de leur optique et les inserts plus introspectifs et éclectiques, le déroulement est non intuitif, mais bien mathématique, même s’il reste suffisamment viscéral pour garder cette patte répulsive apte à fédérer les plus bruitistes. Alors, le chemin parcouru entre ce premier chapitre et le second est-il proportionnel à la distance de créativité constatée en trois seules années ? Oui et non, puisqu’il convient plus de parler de peaufinage et de polissage que d’une réelle percée ou d’une avancée un peu trop spectaculaire pour être honnête…

Mais il reste difficile de décrire un premier album à des fans qui le connaissent déjà. Sauf peut-être en précisant que le nouveau packaging leur donnera certainement envie d’acquérir l’objet en question, et que la gigantesque production ne trahit aucunement les ambitions du groupe. Quant à ceux qui n’avaient pas pu ou su voir venir ce nouveau leader d’une scène fort encombrée, je vous envie. Vous allez pouvoir vous plonger dans le passé récent d’un concept qui n’a que peu d’équivalent sur la scène internationale, et vous faire les dents et l’esprit sur des compositions aussi délicieusement alambiquées que sadiquement torturées comme ce final gargantuesque « V », qui sert justement de trait d’union à AU-DESSUS pour lier les deux segments de son œuvre naissante. Plus inspiré par un mélange d’EMPEROR et de DEATHSPELL OMEGA que d’une vague divagation en arpèges acides usés jusqu’à la corde, ce titre épilogue est symptomatique de la marge de progression du groupe, qui savait déjà avec quelle facilité il allait enjamber les frontières de style pour les brouiller un peu plus. On y trouvait déjà ces énormes riffs sombres et apocalyptiques, ces cassures de rythme impromptues, cette progression globale les rapprochant des institutions les plus ambitieuses de leur propre chapelle, et surtout, le chant dominateur de Mantas, le maître à penser qui montrait déjà en 2015 toute l’étendue de ses capacités. Mélodies amères, structures heurtées mais logiques, breaks imprévisibles, cheminement ardu, tous les indices étaient là pour laisser présager d’un chaos gigantesque qui allait nous laisser au bord du gouffre, simplement retenus de la chute par quelques harmonies en cordes fines de rappel, alors même que la terre tremblait d’attaques de guitares revanchardes et mortifères.

Et finalement, l’explosion eut lieu, quelques deux années plus tard. Quelques-uns l’avait prédite, d’autres la subirent de façon soudaine. Mais le choc fut le même, puisque personne ne parvint à passer Au-Dessus. Sachant qu’en plus, d’autres déflagrations grondaient en-dessous.      

        

Titres de l'album:

                        1.I       

                        2.I.II   

                        3.II     

                        4.II.II  

                        5.III    

                        6.III.II

                        7.IV    

                        8.IV.II

                        9.V

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 23/08/2018 à 14:37
85 %    461

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J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


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