Aube Noir

Orob

14/12/2021

Autoproduction

Black Metal progressif, Post Black, France, autant d’indices qui me suffisent largement pour m’intéresser au cas des toulousains d’OROB. En totale autoproduction, ce quatuor sort donc son premier longue-durée, qui ne nous lèse ni sur la quantité, ni sur la qualité. Il faut dire que le rendez-vous était attendu de pied ferme depuis longtemps, puisque les deux premiers et brefs chapitres de cette passionnante saga accusent aujourd’hui huit (Into the Room of Perpetual Echoes) et neuf (Departure) ans d’âge, et surtout, qu’ils laissaient entrevoir un potentiel gigantesque qui ne demandait qu’à être exploité à plein régime. Et c’est chose faite avec ce monstrueux (dans tous les sens du terme) Aube Noir, qui laisse un soleil sombre éclairer faiblement une nouvelle aube, d’un jour nouveau pour une humanité à l’agonie qui a bien besoin d’une bande-son pour illustrer son effroi.

Pierre-Henry Boivert (basse), Thomas Garcia (guitare/chant), Andrea Tanzi-Albi (guitare/chœurs), et Yoan Tameriout (batterie) se sont donc donné les moyens de leurs ambitions pour emballer dans un superbe artwork ce premier album de proportions assez importantes. En flirtant avec l’heure de jeu, le collectif a pris d’énormes risques, d’autant que nombre de leurs compositions accusent un timing plus qu’étiré. Mais croyez-moi ou non, chaque idée est pertinente, chaque développement a sa place, et chaque intervention se justifie d’une créativité bluffante, et d’oppositions patentes.

A la manière de cette génération 2K repoussant sans cesse les limites et floutant de plus en plus les frontières entre les genres, OROB s’amuse des puristes, et joue les mouches du coche, plaçant les pièces du puzzle ave une logique imparable, pour se réclamer d’un mouvement impressionniste qui touche la corde sensible, et qui joue sur les contradictions dans les émotions. Si les titres reposent tous sur des structures rythmiques fortes et imposées, les trames mélodiques et les soudaines montées en puissance se succèdent avec une régularité métronomique, sans sacrifier à l’opération séduction indispensable pour ce genre d’œuvre. C’est ainsi que des riffs incroyablement catchy se greffent sur des évolutions sombres, créant un décalage fascinant, à l’image de ce terrible « Breaking of the Bonds », aussi entêtant qu’une rengaine Heavy, et pourtant noir comme une nuit sans lune…

Le niveau technique des musiciens est évidemment palpable, mais rarement mis en avant. L’osmose et la cohésion sont privilégiées, ce qu’on remarque dès le titre d’ouverture « Spektraal ». A la manière d’un OPETH ancien des grandes années ou d’un VIRUS soudainement moins obsédé par les dissonances, OROB use des contrastes et des tonalités pour créer un canevas en toile d’araignée ne laissant aucune chance à ses proies, privilégiant la fausse lancinance pour soudainement nous fondre dessus à la vitesse de blasts sortis de nulle part.

La créature à quatre têtes et huit pattes a donc bien rodé sa stratégie mortelle, et l’a enrobé dans une superbe production claire et ample, aux guitares larges et âpres, et aux graves profonds. Il n’est d’ailleurs pas interdit parfois d’entrevoir quelques capacités à la SAMAEL, bien que les deux groupes divergent dans la mise en place. Mais avec un chanteur très capable qui joue lui aussi entre les cris et les volutes mélodiques, et un batteur à l’assise incroyable et aux fills toujours placés, l’ambiance est certes mystique, opaque, mais en même temps claire et attirante, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes.

L’optique progressive prend donc largement le pas sur le côté avant-gardiste, presque absent de cette réalisation. Par miracle serais-je tenté de dire, tant le groupe joue constamment sur le fil, mais gardant un lien ténu avec le réalisme musical, qu’il soit de biais et vénéneux comme « Betula », ou Ambient en transition comme ce grondant « Noir ».

Ce qui est assez incroyable sur Aube Noir, c’est cette absence d’acmé, comme si les morceaux ne servaient que le propos d’une longue litanie plus importante que ses psaumes. Et si les plus pointilleux argueront d’une certaine redondance dans les thèmes, les plus objectifs reconnaîtront que la création d’un morceau comme « Aube » n’est pas donnée à tout le monde. Utilisant les codes du Tanz Metal si cher à nos amis allemands, les toulousains défient les petites cases pour s’offrir de grands espaces de réflexion, et nous proposent la leur sur une existence certes pitoyable, mais aventure incroyable à vivre pour qui en accepte les aspects positifs et négatifs.

On danse, on rêve, on s’évade, on observe le cosmos à la recherche de réponses, avant qu’une guitare carillonnante ne nous expulse de notre condition d’être humain pour rejoindre les âmes des étoiles. Et l’écrasant « Ethereal » de dessiner une nouvelle carte céleste, plaçant les planètes comme bon lui semble, pour défier les trous noirs et autres passages vers des multivers étranges. On appréciera particulièrement ce chant de conteur qui n’hésite  pas à tendre vers l’expressionnisme, mais aussi cette dualité de guitares discordantes, soudainement fiancées dans un unisson mélodique presque romantique de noirceur.

Et alors que le chemin était déjà long pur parvenir à la dernière étape, nos guides nous réservent une dernière marche épuisante, et imposent « The Great Fall », chute vertigineuse dans l’abime du Post Black, avec effets sonores, tourbillon de guitare, basse en vol de chauve-souris, cassures et reprises gothiques en grandiloquence, et cette violence toujours en filigrane qui perce le papier à intervalles réguliers, laissant des tâches dignes du fameux test de Rorschach.

Pour un premier album autoproduit, Aube Noir tient du petit miracle. Mais avec onze ans de métier, et des possibilités infinies, il n’est pas surprenant qu’OROB ait frappé un premier grand coup. Un coup qui laissera des traces dans la mémoire, mais qui d’un autre côté obligera le groupe à se surpasser pour la suite des évènements.  

   

                                                                                                                                                                                                     

Titres de l’album:

01. Spektraal

02. Astral

03. Breaking of the Bonds

04. Betula

05. The Wanderer

06. Noir

07. Aube

08. Ethereal

 09. The Great Fall


Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 24/12/2021 à 14:25
88 %    266

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


socialo
@37.173.206.123
31/12/2021, 17:15:14

daube noire

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Voyage au centre de la scène : les K7

Jus de cadavre 23/01/2022

Vidéos

Sélection rédaction Metalnews 2021 !

Jus de cadavre 01/01/2022

Interview

Devildriver

Baxter 26/12/2021

From the past

Voyage au centre de la scène : PENETRATOR

Jus de cadavre 19/12/2021

Vidéos

Unspkble + Rank

RBD 16/12/2021

Live Report

Anna von Hausswolff

RBD 08/12/2021

Live Report

Igorrr + Horskh

RBD 07/12/2021

Live Report

Fuzz in Champagne - épisode 2

Simony 27/11/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Archives MORTUARY

Jus de cadavre 14/11/2021

Vidéos
Concerts à 7 jours
Existance + Rhapsody Of Fire + Manigance 25/01 : Le Ferrailleur, Nantes (44)
Nightmare + Rhapsody Of Fire + Manigance 26/01 : Rock School Barbey, Bordeaux (33)
Nightmare + Rhapsody Of Fire 28/01 : Le Metronum, Toulouse (31)
Nightmare + Rhapsody Of Fire + Manigance 29/01 : Jas'rod, Pennes Mirabeau (13)
Rhapsody Of Fire 30/01 : L'ilyade , Seyssinet-pariset (38)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
RBD

Oui, cela doit avoir un lien avec ce retour de Dark Angel qui semble, cette fois, plus concret que la première tentative... Prions, dans l'attente de la Résurrection...Je n'avais pas réalisé qu'il était resté si longtemps dans Testam(...)

25/01/2022, 00:41

Arioch91

Il était surtout sous exploité dans Testament, lui et Steve DiGiorgio.Normalement, Dark Angel avait des dates en 2021 qui ont été repoussées cette année. Sans doute est-ce la raison qui l'a poussé à quitter Testament ?Et n(...)

24/01/2022, 19:26

Jus de cadavre

Un des meilleurs batteur Metal au monde selon moi. Sans vouloir être méchant, et même si j'aime bien le groupe, il devait un peu se faire chier dans Testament... Enfin je dis ça, je dis rien.En tout cas il a sacrément perdu du poids ces dernière(...)

24/01/2022, 19:18

Jus de cadavre

N'ayant pas connu la période cassette, même si j'en ai utilisé pour copier des cd (mes débuts avec un walkman encore à cassette...), je n'ai aucune attache à ce format que je trouvais ni pratique, ni de bonne qualité sonore. Je pense (...)

24/01/2022, 19:11

Kerry King

10 ans dans un groupe, c'était du jamais vu avec le pere Hoglan. 

24/01/2022, 18:35

Gargan

Il a l'air d'être tout gentil, pour du Deicide. Fronce les sourcils ! 

24/01/2022, 17:12

Gargan

Je rejoins le commentaire précédent. J’ajoute que, l’artwork ayant une place particulière dans le métal, plus la surface est importante… une partie pour moi de la raison de l’affection du vinyl.

24/01/2022, 15:01

Gargan

Je croyais que c’était une réformation d’un autre Sarcasm suédois (qui faisait du thrash), tant pis

24/01/2022, 14:53

Simony

Selon moi, cela tient plus de la hype. Par contre, à titre perso, j'aime bien ce format, la nouvelle démo de DIONYSIAQUE, par exemple, au format K7 c'est nickel, j'ai certains albums de Black Metal aussi comme ça, cela permet effectivement de distribuer pou(...)

24/01/2022, 08:29

Simony

L'épisode N° 3 est disponible ici :Sommaire

23/01/2022, 18:24

Simony

Chronique totalement partagée, j'avais écouté l'album par curiosité en trainant sur le Bandcamp de Iron Bonehead et il possible qu'il fasse parti d'un futur achat chez ce label que j'apprécie particulièrement pour l'authentic(...)

22/01/2022, 16:19

Humungus

"Faut dire que Ghost ont pas mal pompé sur BÖC"Sans oublié KING DIAMOND et DEATH SS.En ce qui me concerne : Le premier album (KÜÜÜLT !!!) pis c'est tout.

22/01/2022, 13:47

Invité

"Ixaltirud" est la première émanation du projet, une chanson évocatrice, avec un son méditerranéen et ésotérique.

22/01/2022, 10:19

Simony

Je suis également très client de leur musique, de leur univers très soigné, mais là j'avoue que ça me laisse de marbre. Ca ne m'empêchera pas de me pencher sur cet album une nouvelle fois mais avec beaucoup de réticences... 

22/01/2022, 10:06

Nekro Sapiens

@Hoover, faut dire que Ghost ont pas mal pompé sur BÖC. D'où la comparaison. Contrairement à tout le monde ici, je suis assez client de leur musique

22/01/2022, 09:55

Hoover

J'ai jamais compris le succès de ce groupe. Quand je pense qu'il a été comparé à Blue Öyster Cult...

22/01/2022, 07:40

dafg

Marketing metal

21/01/2022, 19:04

Tétard Véloce

21/01/2022, 12:06

Vinnie Logan Paul

La blague continue et ça ne s'arrange pas.

21/01/2022, 11:53

Gargan

Clip moche et ça manque cruellement de riffs.

21/01/2022, 11:01