[Le médium arrive sur place, un charmant pavillon de la bourgade de Liestal]

« Bonjour, depuis combien de temps habitez-vous ici ? »

« Depuis…1994 je crois. A l’époque, tout était tranquille, et l’est resté un bon moment »

« Quand ont commencé les premières manifestations ?

« En 2013. Au départ, rien d’extraordinaire. Comme des discussions que l’on percevait à travers les cloisons, et quelques canettes de bière qui volaient hors du réfrigérateur. Et puis tout ça, depuis quelques jours…Des meubles qui bougent, des verres qui se brisent, les murs qui tremblent, une musique assourdissante qui sort de nulle part, des rires tonitruants… »

« Je vois. Depuis le 21 octobre m’avez-vous dit…Inquiétant tout de même »

« Oui, mais finalement, au-delà des insomnies que ça provoque chez les enfants, la présence n’est pas désagréable…On pourrait même la qualifier d’amicale dans un certain sens…Attendez, ça recommence, écoutez, regardez la photo de mon grand-père qui s’agite sur le mur ! »

[Une énorme déflagration retentit, et le son de guitares saccadées envahit la pièce. Le médium ferme les yeux, et va chercher dans le passé une explication au présent…et la trouve.]

 

« Bien, bien. Madame, monsieur, vous êtes victime de la résurgence d’un POLTERGEIST. Phénomène assez peu courant dans notre pays, mais patent dans votre cas. Et je connais bien celui-là, j’ai déjà eu affaire à lui à la fin des années 80, et jusqu’en 1993… »

Depuis le film de Tobe Hooper, largement épaulé du producteur Steven « Shark » Spielberg, il est de notoriété publique que les POLTERGEIST, ou esprits frappeurs peuvent s’emparer de votre espace vital et se montrer très joueurs dans leurs manifestations. La légende a été prouvée et matérialisée, mais il serait criminel d’omettre de mentionner une autre espèce d’esprits. Les esprits Thrasheurs. Bien moins dangereux que leurs homologues cogneurs, ils sont plutôt sympathiques, quoique beaucoup plus bruyants. Mais laissez-moi vous raconter l’histoire du plus fameux d’entre eux, découvert en Suisse dans les eighties, et dont nous étions sans nouvelles depuis 1993.

Cet esprit-là est formé de cinq entités spectrales plutôt douées musicalement, qui ont débuté leur carrière dans le vortex en 1985, sur les cendres d’une âme défunte, CARRION. Après une poignée de démos pour pouvoir prouver à un monde dubitatif leurs qualités d’incarnation, ces trublions ont partagé leurs vues sur le Thrash médium (sic) via un premier longue durée, Depression, plutôt bien reçu. Quelques virées en compagnie d’autres hanteurs de chaines haute-fidélité plus tard (DESTRUCTION, KREATOR, SODOM, TANKARD, CORONER, HELLBASTARD, WATCHTOWER, VOI VOD, RUMBLE MILITIA), les ectoplasmes ont fini par retourner dans le néant, au grand dam des familles les ayant accueillis chez eux pour partager leur amour d’un Thrash concis et furieux.

Mais en 2013, trois d’entre eux se retrouvèrent pas forcément par hasard, et évoquèrent leurs occupations passées, réveillant de fait l’intérêt des chaumières qu’ils avaient hantées.

La demande fut prise en compte, et le duo d’origine (V.O Pulver – guitare et Andre Grieder – chant) tâta de la répétition pour se chauffer, en compagnie de leur nouveaux compagnons de chambrée (Sven Vormann – batterie, Chasper Wanner – guitare et Ralf Winzer Garcia – basse), ce qui aboutit à leur première matérialisation depuis vingt-trois ans, et ce fameux Behind My Mask qui annonçait la fin de leur aventure spectrale et Trashy.

En dehors de ces considérations de mise en scène, il convient de traiter les esprits frappeurs de POLTERGEIST avec tout le respect qui est du à leur ancienneté et leur abnégation. Fers de lance de la deuxième vague de Thrash Suisse, bien après le FROST et un poil plus tardifs que les CORONER (discographiquement parlant bien évidemment), le quintette a quand même eu le temps de frapper suffisamment fort sur les parois pour se faire remarquer sur la scène européenne, et laisser une trace durable dans la mémoire des fans.

Depression, un peu noyé en 1989 dans la production pléthorique de l’époque, fit une petite carrière en tant que série B de l’extrême modéré, mais c’est avec de nouveaux moyens et de nouvelles ambitions que les Suisses reviennent secouer les conventions et faire voler les poêlons à travers le salon. Signature sur Pure Steel Records, dix titres flambants neufs, et un son, d’actualité, pour un ton, d’agressivité.

Les Suisses n’ont jamais été réputés pour jouer avec la vitesse des objets qu’ils font voler à travers les volets, mais plutôt pour leur équilibre entre souplesse de déplacement et harmonie de communication, se situant de fait dans la lignée des MEGADETH, APOCALYPSE et autres LAAZ ROCKIT/TESTAMENT/PARADOX, et les accointances avec la scène Thrash mélodique Allemande ont toujours été viables dans leur cas.

La tradition n’est pas rompue par cet excellent Back To Haunt, qui s’il revient effectivement pour hanter, le fait plutôt gentiment, sans laisser un tas de plasma suintant dans son sillage.

La recette n’a pas changé depuis trente ans même si le son s’est épaissi, et on retrouve avec joie ce subtil mélange entre Thrash de bon aloi et Heavy, qui ne refuse jamais de répandre les notes d’une habile mélodie.

Les Suisses partagent le timing entre attaques incisives et rapides, (« Back To Haunt » et son riff d’intro tonitruant à la EXODUS, « Gone And Forgotten », qui introduit avec intelligence le partage entre speederie et franchise Heavy, chœurs très germains à l’appui), et prises de position plus appuyées, un peu troubles mais bien agencées (« The Pillars Of Creation », très TESTAMENT de l’époque médiane). En gros, ils passent en revue trois décennies d’un Thrash Heavy qui n’a jamais vraiment choisi son camp, mais qui détermine avec précision son champ d’action. Pas de tergiversation, ni d’hésitation, juste des morceaux en béton qui pilonnent avec modération, mais s’incrustent dans votre crâne avec délectation.

Les idées sont parfois diluées et accouchées dans la douleur, mais lorsque l’up tempo donne de la saveur (« Faith Is Gone »), les reproches cèdent sous la chaleur d’une musique accrocheuse qui développe des thèmes savamment imbriqués qui avancent sans broncher (« Shell Beach », climat progressif et arrangements vocaux…hantés, avant qu’un lick diabolique ne ruine l’heure du thé).

La redondance guette parfois (« And So It Has Begun », qui malgré un départ costaud tombe dans le lourdaud), mais le final évolutif « Beyond The Realms Of Time » laisse sur une note étrange, avec ses lignes vocales désincarnées qui débouchent sur un couplet alambiqué et un couplet déchaîné, nous remémorant les meilleurs moments de BLIND GUARDIAN….

[Le médium repart du charmant pavillon de la bourgade de Liestal]

   

« Alors finalement, vous êtes surs de ne pas vouloir les chasser de chez vous ? »

« Non…On s’est habitué à leur présence, et puis… »

« Oui ? »

 « Et puis ils sont plutôt gentils et leur musique un peu bruyante, mais sympathique. Et puis nous sommes en Suisse vous savez, ici, nous sommes plutôt du genre accueillant…»


Titres de l'album:

  1. Back To Haunt
  2. Gone And Forgotten
  3. Patterns in the Sky
  4. And So it Has Begun
  5. When The Ships Arrive
  6. The Pillars of Creation
  7. Faith is Gone
  8. Free From Today
  9. Shell Beach
  10. Beyond The Realms Of Time

Site officiel


par mortne2001 le 02/11/2016 à 10:47
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