« Je sais pas d’où ils sortent, mais cré vingt dieu, ils bricolent pas les gamins !!! A c’te rythme, ils auraient ach’vé le labour en min d’une matinée boudoudiou !!! »

Il n’est certes pas très porté sur le langage soutenu, mais Marcel, ce bon vieux céréalier de 85 ans bien tapés à diablement raison. Les RESURGENCE ne bricolent pas, et ont vraiment des têtes de gamins. Sauf que lorsqu’ils empoignent leurs instruments, c’est pour jouer, mais pas pour…jouer. En fait, si, mais non, en admettant qu’ils possèdent tous un bagage technique assez impressionnant. Et d’ailleurs, ils ne se privent pas pour nous le démontrer dès le premier morceau de leur premier album, qui en huit minutes fait le tour de la question Brutal-Techno-Death moderne sans trop s’en poser. Mais bordel, quel résumé ! La fougue, l’inspiration, la brutalité, l’arrogance de ceux qui savent qu’ils ont une bonne carte à jouer, du potentiel, ce petit plus d’originalité, en gros, tout ce qu’un esthète exigeant est en droit d’attendre d’un combo juste naissant qui souhaite se faire une place au soleil de la violence ardente. Et faites-moi confiance, ces canadiens-là n’ont pas besoin de jouer des coudes pour gagner la leur, elle est déjà réservée par les élites confirmées. Car en substance, Besieged est l’un des LP les plus étourdissants de cette fin d’année, sauf qu’il est sorti en pleine chaleur de l’été, et que j’ai oublié de vous en parler.

Mais pas Marcel, sur qui on peut toujours compter.

Formé en 2007, ce quintette (Ron Holloway & Bryan Gobbi – guitares, Alex Gain – batterie, Fabian Popovici – basse et Parker Lane – chant) n’est pas du genre pressé, puisqu’en dix années, il n’a même pas pris la peine de publier. Non, ni démo, ni introductif EP, même pas un petit live à la volée, rien de rien, mais il faut reconnaître qu’en tendant l’oreille sur leur premier effort longue-durée, on comprend mieux qu’ils aient eu besoin de temps pour le peaufiner. Dans un registre Death moderne à légères accointances Deathcore, on ne peut guère faire mieux que cette succession de titres enivrants, qui vous secouent comme des pruniers avant de les faire tomber de votre pantalon pourtant déjà assez serré. Rois du riff qui tourne, qui vire et qui part en piqué, de la rythmique concassée qui prend le temps de survoler ses toms pour s’aérer, et de la ligne vocale bien tassé qu’on vous régurgite à la gueule sans précautions, les RESURGENCE sont plutôt des réminiscences de talent qui traîne depuis longtemps dans l’underground de Vancouver B.C, et qui finalement éclate au grand jour, en quarante-sept minutes chrono. Il faut dire que malmenés par de constants changements de line-up, les cousins canadiens n’ont pas été gâtés par le sort, et qu’ils ont en quelque sorte une revanche tonitruante à prendre, qui épouse les formes d’une musique vraiment brutale, mais concrètement fatale. En une poignée de morceaux, les cinq instrumentistes foutent le feu à vos oreilles, en passant en revue toutes les pirouettes stylistiques possibles, des arabesques folkloriques aux écrasements Heavy purement Core, titillant même parfois la corde insensible d’un MESHUGGAH fier d’être mathématiquement arrivé à ce résultat. Lequel ? Celui d’une précision sans faille et d’une bestialité de taille, unissant dans un même élan sauvagerie et précision technique, sans verser dans la stérilité d’un Deathcore trop concentré. Et Dieu sait si je tiens ce genre en horreur. Mais les RESURGENCE heureusement, ne font que le chatouiller, sans trop le réveiller.

Leurs influences ? CANNIBAL CORPSE, PANTERA, DOWN, STRAPPING YOUNG LAD, METALLICA, BLOODBATH, DEATH, autrement dit, quelques noms lâchés en pâture, et d’autres qui carburent. A la nitro évidemment, mais surtout, à la raison. Si le poumon basse/batterie des canadiens bat des mêmes secousses que celui de l’autre, plus connu, coincé dans la cage thoracique de Devin via son projet STRAPPING, la débauche sonore tend à singer les tics des bouchers à la feuille bien dure de CANNIBAL CORPSE, sans pour autant leur emprunter leur absence de pointillisme. Ici, on calibre, on mesure, mais on reste suffisamment authentique pour ne pas sonner trop clinique, malgré une production très policée obtenue en soudoyant les Rain City Recorders de Vancouver B.C. Matt Roach derrière la console à très bien senti le potentiel de ses poulains, et surtout, leur nature profonde, qui les fait osciller entre orgie de blasts en furie et acuité technique infinie, qui souvent cède la place aux sirènes d’une paillardise globale en forme de friandise (« Sodomy By Chainsaw », depuis Chris Barnes, on n’avait pas lu aussi rigolo). Besieged, étrangement agencé est donc loin d’énumérer de solides comptines balisées, et préfère emprunter des chemins plus escarpés pour séduire les déchaînés, en proposant un cocktail de compositions aux durées modulées. Trois morceaux se dégagent du lot, donc le fameux et explosif « Entombed Inside Your Brain » qui en tant qu’entame nous en ramasse une bonne, accompagné dans sa tâche épique par « Thy Divine Convalescence », intrus dans un jeu de quilles ensanglantées, et « All I Have Left » et ses neuf minutes bien pesées.

D’ailleurs, loin d’être gratuites, ces envies de fuite permettent au LP de se montrer sous un jour varié, puisque ce timing élargi offre au quintette quelques idées choisies qu’ils nous présentent avec un bonheur ressenti. Ainsi, le pesant mais mélodique « Thy Divine Convalescence » représente en quelque sorte la première accalmie d’un disque de folie, en choisissant de se laisser porter par un tempo lourd, autorisant les guitares à siffler, à couiner, à soloïser et à digresser plus que de raison, par pure sensibilité. Mais gare à la montée en puissance finale, d’un Heavy envahissant, qui ose le thème ultra redondant pour vous éclater les tympans. Moins linéaire mais pas moins efficace, le terminal « All I Have Left » compte les plaies sans les blesser, et empile les plans sans regrets, pour nous offrir une épopée finale toute en nuances de cruauté, manipulant le Death pour le faire entrer dans un carcan presque BM de sa noirceur, tout en distillant quelques pirouettes techniques assez fascinantes. Une fois encore, on reste subjugué par le chant écorché de Parker Lane, à la limite de la schizophrénie, et synthétisant les expirations les plus violentes de Glen Benton tout en inhalant les émanations toxiques d’un Steve Tucker en pleine crise d’asthme. Le frontman n’en est pas un que de nom, et on l’imagine parfaitement sur scène, en pleine oraison, célébrant à sa façon la vilénie vocale en provoquant un public en extase totale. Sachant se faire silencieux sur les breaks les plus harmonieux, le brillant chanteur ne rechigne pas à laisser la place aux longues parties instrumentales de ces trois fameux titres progressifs, ce qui ne fait que démontrer que chaque musicien connaît parfaitement son rôle.

Mais outre ces trois intermèdes longue-durée, Besieged, ce sont aussi de gros pavés format moyen qu’on vous fracasse à la tronche, tel « Machine », qui de sa terrible intro à la MORBID ANGEL passé au velcro nous larde l’estomac de coups bas. Il peut aussi se faire moins ouvert, et plus opaque, comme à l’occasion du surprenant « In My Grasp », qui de ses mélodies biscornues à la VOÏVOD ouvre nos horizons, avant de les refermer d’une fuite en avant terrifiante de gravité. Alors certes, en dix ans pour un seul album, les RESURGENCE n’auront pas vraiment mérité la palme de la productivité. Mais en accouchant d’un monstre protéiforme rendant au Death moderne ses lettres de noblesse, ils ont gagné celle de l’âpreté, et se posent en sérieux concurrents…d’eux-mêmes. Et Marcel de se gausser en repensant à sa saillie bien torchée. Il avait raison le vieux, les canadiens ne sont pas là pour bricoler. Ils construisent. Et pour durer.


Titres de l'album:

  1. Entombed Inside Your Brain
  2. Machine
  3. Sodomy by Chainsaw
  4. In The Mirror
  5. Thy Divine Convalescence
  6. Your Time Has Expired
  7. In My Grasp
  8. All I Have Left

Facebook officiel


par mortne2001 le 23/12/2017 à 14:06
88 %    348

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Backyard Babies

Silver & Gold

Pestilent Death

Chapters of Depravity

Torch Runner

Endless Nothing

Noctambulist

Atmospheres of Desolation

Gods Forsaken

Smells of Death

Mass Destruction

Panic Button

Vigilance

Enter The Endless Abyss

Conjurer

Sigils

Pagan Altar

Judgement of the Dead

Coventrate

Roots of all Evil

Ember

Ember & Dust

Towering

Obscuring Manifestation

Calamity

Kairos

Deathspell Omega

The Furnaces Of Palingenesia

Pectora

Untaken

Warchest

Sentenced Since Conception

Sangue

Culś

Wormwitch

Heaven That Dwells Within

Wings Of Decay

Crossroads

Tour Report - BARE TEETH Asie 2019 Part. II

Simony / 26/06/2019
Punk Rock

Tour Report - BARE TEETH Asie 2019

Simony / 23/06/2019
Punk Rock

Pitfest

Mold_Putrefaction / 08/06/2019
Crust

Warm-Up Hellfest

JTDP / 07/06/2019
Hellfest

Concerts à 7 jours

+ Gorgasm + Cenotaph

03/07 : Quartier Libre, Reims (51)

Photo Stream

Derniers coms

J'aime beaucoup le premier album mais je suis passé à côté du deuxième. Vu le côté classique mon intérêt dépends aussi beaucoup de l'humeur du moment. Mais Willetts à retrouver un peu de voix j'ai l'impression.


Bof. Bof depuis toujours. La relève de Bolt-Thrower n'est pas assuré sur ce coup-là. Sans grand intérêt ce groupe et surtout une déception car j'en espérais beaucoup.


Le son était aussi radical que leur musique... Le genre de concerts où le circle-pit n'a pas sa place en somme, et où le public se prend juste un mur du son qui le paralyse.


Excellent ! Tout ça nous fait rêver et voyager avec vous. Merci !


Le morceau passe bien mais rien d'extraordinaire pas même en terme de old school. Video faite par un veteran de retour d'Iran d'après ce que je lis à la fin, le geste y est mais je doute de son intêret au vu de sa qualité que je trouve très passable.


Excellent !!! on y est totalement ! vivement la suite !


"On a le choix dans les saveurs proposées : 54 ou 58 degrés, l’un étant aussi dégueulasse que l’autre. Le premier shot goûte le pneu et râpe bien le gosier, le deuxième passe nettement mieux vu que le premier a annihilé ton sens du goût et cautérisé de ta langue jusqu’à ton estomac(...)


En effet, ça avait l'air ! Vu qu'un seul morceau en passant devant la Temple, mais ça ne faisait pas mine du tout !


Leur prestation au Hellfest fut d'une rare intensité.


En tout premier lieu, pardon de préciser que sur la photo choisie, on voit l'autre fou dangereux de Karl Logan qui pourtant ne fait plus partie du groupe. Si on veut le voir, c'est maintenant vers les archives de la police américaine qu'il faut se tourner...
En second lieu, Manowar est égal(...)


... et ce fut une des plus grandes prestations de ce Hellfest 2019. Personnellement je ne fus pas surpris car la dame exerce une musique d'un très très haut niveau, que ce soit émotionnellement ou techniquement parlant.
Par contre, je (ne) remercie (pas) tous les crevards et autres irrespec(...)


Surtout que officiellement c'est oas Entombed, c'est avec Hellid qui a reformé le groupe avec deux anciens époque Clandestine.


Un commentaire qui fait plaisir à lire, merci lolo pour ce retour.


Album acheté la semaine dernière à la suite de la lecture de cette chronique (+visionnage des deux deux clips disponibles, certes).
Je dois encore creuser mais les premières écoutes sont plus que prometteuses.

Un grand merci au chroniqueur, dont la plume m'a donné envie de m(...)


On a tous raison, sur le fil de coms, mais n'étant pas un fan absolu des albums d'Entombed depuis perpette (allez, Wolverine Blues reste le dernier indispensable à mon sens) disons que ce titre suscite de l'intérêt. Après, il est placé en opener, alors, de là à penser que c'est le meilleur t(...)


Bien, efficace, mais en effet pas très original...


J'y entends Grave époque Soulless vers 1'40, mais c'est vrai que le morceau est pas mal. De là a créer un intérêt pour l'album ?


Truc entendu 14 779 fois donc rien d'exceptionnel, mais ça envoi.


Idem, agréablement surpris...


Il est bien ce titre ! Etonné agréablement je suis.