Je le concède, je ne suis pas toujours très attentif. Il m’est impossible de suivre l’actualité de tous les groupes qui en font partie actuellement, et parfois, au détour d’une chronique choisie au hasard d’une production toujours plus pléthorique, je dois faire face à des surprises auxquelles (comme la définition du mot l’exige…) je ne m’attendais pas. Ainsi, en optant pour le nouvel album de TRAUMA, j’étais loin de me douter qu’il s’agissait bien du fameux TRAUMA des années 80, celui-là même dont James et Lars ont subtilement subtilisé le bassiste babos aux longs cheveux et qui a signé les lignes rythmiques mélodiques de leurs trois premiers LP. Pour être totalement honnête, j’ignorais jusqu’au fait que le groupe s’était reformé il y a quelques années, et encore plus qu’ils avaient publié un longue-durée de retrouvailles en 2015, Rapture and Wrath, sur lequel je n’avais même pas posé un regard ou la moitié d’un tympan. Du coup, je m’apprêtais à traiter cette sortie comme une autre, avant de réaliser que l’histoire allait certainement me rattraper. Et c’est exactement ce qui s’est passé, pour plusieurs raisons, dont la qualité extraordinaire de l’album en question. Parce que capitaliser sur une gloriole passée est une chose, mais la faire fructifier à postériori de plus de trois décennies en est une autre. Et le défi remporté par les américains n’en est que plus remarquable, puisqu’As the World Dies fait incontestablement partie des plus grandes réussites de ce mois de mai, pourtant chargé en émerveillement brutal et mélodique. Et comme les TRAUMA ont toujours aimé associer les deux, le petit miracle n’en devient que plus logique.

Après tout, en pleine déferlante old-school, nous avions grandement besoin qu’un des acteurs de l’époque, même mineur (et avec deux démos et un seul LP, Scratch and Scream, le mot n’est pas exagéré) viennent fourrer son nez dans les affaires contemporaines histoire de rappeler que les anciens ne sont pas toujours les moins malins. Et après écoute retardataire du précédent album qui était passé à ma trappe, je peux confirmer que le quintette (Don Hillier - chant, Joe Fraulob & Steve Robello - guitares, Kris Gustofson - batterie et Greg Christian (TESTAMENT) - basse) n’a pas vraiment ralenti la cadence ni relâché la pression, puisque ce troisième chapitre d’une histoire entamée à l’orée des 80’s est tout aussi intense et efficace que n’importe quel glaviot craché avec assurance par une jeune garde qui manque parfois d’expérience. Les californiens eux, capitalisent dessus, sans se reposer sur leurs petits lauriers, et nous offrent donc une démonstration par Heavy x Thrash qu’ils sont toujours capables de tirer le style vers le haut, et de se montrer aussi véhéments que lyriques. As the World Dies, doté d’une production époustouflante, fait donc la part belle à un équilibre entre harmonies et puissance, et nous déroule le tapis rouge nous menant directement aux marches du festival de la Bay-Area, sans se renier, mais en s’adaptant aux canons d’une époque qui est toujours la leur. Se reposant sur un niveau technique assez remarquable, le quintette délivre un Thrash délicatement mâtiné de Heavy corsé, et aligne les compositions homériques, sans laisser place à des respirations dispensables histoire de reprendre la sienne. A l’image d’un FLOTSAM & JETSAM croisant le fer avec les ICED EARTH, TRAUMA dans sa version 2018 rappelle une union parfaite entre le METAL CHURCH le plus inspiré et le METALLICA le moins dégagé, et impose en dix compositions une vision traditionaliste mais moderne du Metal en vogue en Californie dans les mid eighties, le tout adapté à un son que les plus jeunes sauront apprécier.    

Pas de temps mort, et parfois, des sommets atteints dans l’inspiration, qui nous entraîne sur la piste d’un Progressif actif, lorsque l’unisson des mélodies et d’une rythmique bénie nous emporte dans un tourbillon d’émotions (« Last Rites »). Damant le pion au passage à certains dinosaures qui aimeraient bien nous faire croire que, mais qui n’en ont plus les moyens, les américains exposent leur vision sans ambages, et entament leur travail de sape par une déclaration d’intention aussi tonitruante qu’ambivalente, via un très franc mais très intelligent « The Rage », qui place la leur au premier plan, et qui nous ébouriffe de son talent. En se reposant sur l’un des riffs les plus classiques et redondant du répertoire, TRAUMA fait le bon choix, en laissant l’organe assourdissant de Don Hillier faire le boulot en transcendant une attaque de guitare formelle, mais efficace. On se prend même à repenser aux miraculeux CRIMSON GLORY, réactualisés par une volonté farouche de ne pas sonner passéiste, et en un seul morceau, As the World Dies se montre plus vivant et vivace qu’une grande partie de la production pléthorique annuelle. Mais loin de se contenter de formules éprouvées histoire de faire passer la pilule du passé, ce LP aux chromes rutilants se permet quelques pirouettes intéressantes, tissant un trait d’union en pointillés entre Power Metal surgonflé et Thrash maîtrisé, se souvenant avec acuité des recettes employées lors de l’heure de gloire d’un style à cheval entre agressivité et assise prononcée.

Et l’ombre d’OVERKILL n’est jamais très loin d’un soleil surchauffé, lorsque les rayons de « From Here To Hell » nous inondent d’une chaleur rassurante. Crosover à peine dissimulé pour une danse endiablée, à faire passer les ANTHRAX pour une gentille assemblée d’assureurs timorés, c’est un indice supplémentaire de la facilité qu’ont les californiens à se glisser dans la peau d’un aîné toujours aussi jeune et assuré. Dès lors, les cartouches sifflent à nos oreilles et les douilles tombent au sol, de « Gun To Your Head », qu’on aurait pu aisément trouver sur Sound Of White Noise à « Run For Cover » qui aurait fait le bonheur d’un public assistant à un bœuf entre les LOUDNESS et LAAZ ROCKIT, en passant par le plus sombre et alambiqué « Asylum », compact et collégial. La réussite n’en est que plus brillante, et la versatilité dans la cohérence stupéfiante, et on reste bluffé mais séduit par une telle facilité, qui rappelle d’ailleurs celle dont ont fait preuve les ARMORED SAINT sur Win Hands Down. Mais ce sérieux et cette solidité n’empêchent pas un brin de fantaisie bienvenue, et qui se manifeste au travers de l’irrésistible et syncopé « Cool Aid » et son phrasé déjanté, annonçant avec un esprit ludique le final « Savage », qui complète le tableau d’un dernier tour de piste de héros.

Il serait vraiment étonnant que dans quelques années, on ne se souvienne encore uniquement des TRAUMA comme du groupe dans lequel Cliff Burton a joué un jour. Certes, l’anecdote sera toujours vivace, mais face à la qualité des albums publiés trente ans après sa mort, le public sera bien obligé de reconnaître que le quintette de Californie avait des qualités bien plus personnelles pour se faire remarquer. Et As the World Dies, considéré en tant que tel, fait partie des plus grandes surprises de 2018, sans avoir à prendre en compte certains faits qui n’ont que peu d’importance. Sauf en tant que détails de l’histoire…     

          

Titres de l’album:

                        01. The Rage

                        02. From Here To Hell

                        03. As The World Dies

                        04. Gun To Your Head

                        05. Last Rites

                        06. Run For Cover

                        07. Asylum

                        08. Entropy

                        09. Cool Aid

                        10. Savage

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par mortne2001 le 14/06/2018 à 14:07
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