Des abysses de Padoue a émergé en 1995 une congrégation pour le moins étrange, constituée de dévoués à l’occulte et de passionnés d’un Black Metal refusant d’être édulcoré. L’histoire est somme toute assez banale, mais le parcours lui, est loin de l’être. Tout autant considéré comme un groupe à part entière que comme une assemblée, ABHOR reste un mystère impénétrable de l’underground italien, qui depuis plus de vingt ans suit son propre chemin en faisant fi des modes et coutumes. Productif, le combo n’a pas vraiment traîné sur la route de Compostelle, et peut se targuer en 2018 d’avoir construit une discographie conséquente, constellée de sept albums studio, de démos, de splits et même d’une compilation, ce qui en fait l’un des concepts transalpins les plus productifs. C’est donc avec une certaine fierté que le label allemand Iron Bonehead présente sa dernière œuvre, cet Occulta religiO qui sera donc décliné en tape, vinyle et CD, pour le plus grand bonheur de fans avides d’occulte et de BM sombre et torturé. Faisant suite à Ritualia Stramonium, ce nouveau chapitre d’une histoire ténébreuse ne bouscule pas l’ordre établi par les italiens, et se place dans une continuité logique de leur travail, se focalisant une fois de plus sur des ambiances poisseuses, des atmosphères délétères, et une musique qui refuse tout compromis pour privilégier une approche brute, mais non dénuée d’ambitions. Il est toutefois difficile d’affilier le style d’ABHOR à un mouvement précis, tant leur identité s’amuse avec le flou d’une évolution naturelle, mais pour le moins absconse. Souvent comparés aux entités ABIGOR, LIMBONIC ART, ANCIENT, ou MORTUARY DRAPE, ces musiciens dormant dans des cryptes et rêvant d’un monde engoncé dans les fondements les plus ténébreux de l’étrange ne cherchent pas à s’ancrer dans leur époque, mais bien à défier le temps pour rendre leur musique aussi fascinante qu’opaque, et sous sa pochette sobre mais percutante, Occulta religiO présente un intérêt non négligeable, et se veut aussi bestial que lourd, et aussi emphatique qu’évolutif, à sa façon.

Depuis leur première démo In Tuo Honori Preparatum, publiée à compte d’auteur en 1998, le trio de base (Domine Saevum Graven - guitare, basse, chant, seul membre d’origine, Ulfhedhnir - chant, depuis 1995, et Kvasir - basse, guitare depuis 2004) n’a pas forcément beaucoup dévié de sa trajectoire, mais a accueilli en son sein l’organiste Leonardo Lonnerbach (en 2014), qui lui-même a succédé à certains musiciens connus, dont des membres d’EVOL, autre légende nationale. Si I.gne N.atura R.enovatur I.ntegra en 2001 avait intrigué la communauté, et planté les jalons d’un art noir comme les sciences occultes, le trio ne s’est pas pour autant reposé sur ses lauriers, et a cumulé pas moins de cinq longue-durée successifs entre 2004 et 2015, dont trois en trois ans, ce qui achève de les transformer en entité productive viable. De fait, ce septième LP se pose donc en suite logique, et continue le travail entrepris depuis les débuts, bénéficiant une fois de plus d’une production parfaitement adaptée à ses besoins, et concentrée autour d’un son étouffé, mettant en relief des compositions amples qui ne ménagent pas leurs effets. Théâtralité morbide, dramaturgie musicale, soudaines envolées lyriques, pour une trame de fond beaucoup moins simple qu’il n’y paraît, et qui en appelle tout autant au Doom qu’au BM le plus revêche et rêche, sans pour autant chercher l’effet choc ou la formule instantanée. S’il est certain que les guitares restent souvent campées sur les mêmes positions, si le chant d’Ulfhedhnir ne module que très peu et reste collé aux préceptes des premiers vocalistes du genre (IMMORTAL, DARKTHRONE), et si la rythmique se contente de switcher entre pesanteur et accélérations modérées, Occulta religiO reste un exercice de pureté dans la brutalité qui contentera les plus rétrogrades d’entre vous, sans pour autant sombrer dans le passéisme excessif condamnant l’entreprise au surplace le plus ennuyeux. On trouve même, de çà et là quelques mélodies éparses qui viennent ventiler le tout pour le rendre non moins claustrophobique, mais plus supportable dans la moiteur, ce qui achève de transformer cet essai en œuvre sinon essentielle, du moins assez envoutante pour être intéressante.

Incarnant un versant assez méconnu de l’extrême transalpin, les ABHOR justifient la plupart du temps avec brio leur statut d’outsider de la scène. Difficile en effet de ne pas trouver la progression globale de l’album troublante de statisme, un peu comme si les dogmes les plus inamovibles du genre se trouvaient adaptés à des obsessions intemporelles. C’est sauvage comme le BM primitif peut l’être lorsqu’il se montre assez musical pour ne pas verser dans le Noise ou l’expérimental, mais assez étudié et peaufiné pour ne pas rester qu’une performance tenant plus de la messe noire en pleine forêt. Nous nous voyons même gratifiés de quelques chœurs désincarnés de temps à autres, et d’harmonies un peu plus amères que la moyenne, sur le lyriquement sombre et déviant « Black Bat Recalls », qui pourrait d’ailleurs faire penser à certains travers de leurs compatriotes d’EVOL. Mais loin de se cacher derrière un décor de cirque grotesque pour dissimuler des grimaces de clowns fatigués, le trio italien choisit de s’exposer en pleines ténèbres et d’assumer ses choix, que « Fons Malorum » prouve en unissant les univers de MERYFUL FATE et d’ANCIENT, dans un élan pachydermique de guitares catatoniques, nous ramenant à la glorieuse période des débuts du BM scandinave de son riff traînant et menaçant. Grave, un peu sourd sur les bords, avec une batterie dont la double grosse caisse souffre d’anémie, Occulta religiO égrène ses litanies sans penser à un quelconque impact formel sur son auditoire, mais tablant sur un ressenti réceptif à ces sonorités d’un autre temps. « Engraved Formulas » continue d’ailleurs d’exploiter ce schéma, et ne se meut pas avec plus de rapidité. Il faut dire qu’en choisissant de développer sept morceaux en cinquante minutes de métrage, le trio italien a pris tous les risques, dont celui de la redondance qui frappe parfois à la porte de la cave pour réclamer son dû. Mais ces itérations font partie de la conception, et très souvent le chant vomi de bile d’Ulfhedhnir nous permet d’éviter l’ennui et de rester concentré sur ces motifs circulaires qui tournoient autour du cadavre du BM progressif contemporain comme autant de vautours sur une portée poussiéreuse.

Se montrant aussi épique qu’épidermique, ABHOR garde sous le coude la logique de son avancée, et enrichit son catalogue d’une entrée supplémentaire, faisant honneur au reste de sa production. Il faut certes admettre à l’écoute de ce septième né que le BM n’est pas forcément fait pour regarder vers l’avenir, mais le passé décrit par les italiens est largement assez glauque pour qu’on accepte de s’y laisser enfermer.


Titres de l'album:

  1. Elemental Conjuring
  2. Fons Malorum
  3. Engraved Formulas
  4. Demons Forged from the Smoke
  5. Exemplum Satanicus
  6. Black Bat Recalls
  7. Occulta religiO

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par mortne2001 le 25/05/2018 à 14:19
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J'aime et j'aime pas Machine Head suivant les albums, mais en live c'est très bon.


Très belle pochette.


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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.