Born to Perish

Destruction

09/08/2019

Nuclear Blast

La première vague allemande de Thrash s’en tire plutôt bien finalement…SODOM, TANKARD, KREATOR sont toujours fidèles au poste, et toujours prompts à sortir des albums dignes, sinon novateurs. DESTRUCTION aussi, puisque ce Born to Perish, dix-septième album du nom ne semble toujours pas annoncer une retraite quelconque, mais plutôt une nouvelle tournée mondiale conquérante. Depuis 1982, Mike tient donc solidement la barre de son navire d’annihilation, toujours flanqué de ce bon vieux et vociférant Schmier, et s’ils sont les deux seuls gardiens du temple originel, ils se sont toujours débrouillés pour s’entourer de fines gâchettes et de frappeurs honnêtes. On retrouve d’ailleurs au poste de soliste Damir Eskić, qui avait brodé quelques interventions sur le précédent Under Attack et désormais intronisé au poste de second, et Randy Black (DUSKMACHINE, LEVEL 10, ex-DECEPTION, ex-ANNIHILATOR, ex-PRIMAL FEAR, ex-REBELLION, ex-W.A.S.P. (live)) à la batterie, ce qui nous donne en soi le line-up le plus compétitif des germains depuis fort longtemps. Après un Thrash Anthems II, fort dispensable publié il y a deux ans, Born to Perish tente donc de redresser la barre de ses onze nouveaux morceaux, qui pourtant ne dépareillent pas dans la discographie de l’institution allemande, respectant le cahier des charges établi dans les années 2000, avec toujours cette relecture moderne de théories traditionnelles, et ce Thrash que le groupe pratique depuis le début de sa carrière, légèrement durci, mais toujours aussi accrocheur dans les faits. Pas d’évolution notable à souligner, si ce n’est certains morceaux composés de façon un peu inédite, à l’image de l’entame tonitruante de « Born To Perish », née de l’imagination rythmique de Randy Black. Mais pas de soucis à vous faire, ce dix-septième chapitre de la saga DESTRUCTION se place sous l’égide directe du seizième effort studio, et en représente une sorte d’évolution tranquille.

Enregistré avec V.O. Pulver (PRO-PAIN, BURNING WITCHES, NERVOSA) aux Little Creek Studios en Suisse, Born to Perish ne bouleversera pas l’ordre mondial de la violence old-school, mais y apportera sa touche personnelle, à base de morceaux fédérateurs et de soli un peu plus rapides que la moyenne. Il semblerait que l’ajout du suisse Damir Eskić ait insufflé du sang neuf dans les rangs germains, et ses interventions en shred boostent des compositions qui ne demandaient que ça pour vraiment exploser. Caché sous un superbe artwork signé par le hongrois Gyula (ANNIHLATOR, GRAVE DIGGER, STRATOVARIUS, TANKARD), ce nouvel effort recèle en son sein certaines des compositions les plus agressives de la carrière du groupe, à l’image de ce monstrueux « Ratcatcher », dont la batterie tire à vue et dont la guitare incendie les rues, massacre appuyé par le chant revanchard de Schmier, trop heureux sans doute de retrouver la violence de sa jeunesse. Se hissant donc à la hauteur des meilleurs représentants de la nouvelle génération, DESTRUCTION se paie un lifting prononcé, tire sur les rides sans risquer le ridicule du jeunisme, et nous convainc de ses chansons variées, mais majoritairement plus rapides que la moyenne. Ce qui n’empêche pas les deux têtes pensantes de toujours apprécier ces longs intermèdes Heavy qui ont fait leur réputation depuis « Incriminated », et « Butchered For Life » de jouer la synthèse complète de l’art allemand pour l’alternance, avec son mélange de mélodies à la TESTAMENT et de coups de puissance plus symptomatiques de la première époque du groupe. En cinquante minutes bien sûr, tout n’est pas totalement convaincant, et le quartet montre parfois quelques signes d’essoufflement, mais de petites bombes comme « Inspired by Death » ou « Betrayal » de prouver qu’ils en ont toujours sous le capot, privilégiant un Thrash simple mais incisif, délicieusement technique, mais assez proche des premiers jets Speed de leur carrière. Pas de nouveau « Mad Butcher » à se mettre sous la dent, mais ces deux inserts s’en rapprochent pourtant de leur allant, trouvant toujours un motif accrocheur à mettre en avant, pour mieux éjecter un refrain typiquement germain, de ceux que les fans reprennent en concert les poings levés et les yeux injectés.

D’ailleurs, Mike le confie lui-même, la vitesse imposée par leur nouveau frappeur l’a obligé à pousser ses limites de saccade au maximum, atteignant son sommet pour ne pas perdre le fil du rythme. Et cette énergie semble jaillir des sillons, montrant le visage d’un groupe qui ne vieillira décidément jamais. Ecrit, composé et mixé en trois mois, cet album sonne donc très frais et dispo, et développe des arguments immédiats, si chers à ce cher Schmier. Lui qui aime par-dessus tout les titres qui frappent fort et vite, et qui s’incrustent dans la conscience à du éprouver un plaisir infini à enregistrer des morceaux comme « Tyrants Of The Netherworld », que bien des jeunes loups pourraient lui envier. On se retrouve d’ailleurs à repenser à des chefs d’œuvre comme Eternal Devastation ou Infernal Overkill à l’écoute de ce petit massacre de trois minutes et quelques, qui renoue avec la magie initiale du groupe, lorsqu’il représentait encore l’espoir de la scène allemande, au même titre que tous les autres groupes cités en amont. De la vitesse donc, mais pas de précipitation la réputation est en jeu, et même les intermèdes plus modérés semblent se jouer d’une quelconque raison, lorsque « Filthy Wealth » résonne de son crossover entre WARFARE et MOTORHEAD, avec toujours en relief ces interventions cramées de Damir qui secouent le cocotier. Certes, tous les riffs ne rentreront pas dans la légende, mais la méchanceté bon enfant dont fait preuve DESTRUCTION est bien plus effective que par certains épisodes du passé, et « We Breed Evil » d’exhaler les effluves d’un satanisme en décorum qui titillait la scène Thrash de l’orée des années 80, avec ces lignes de chant toujours aussi grinçantes et sardoniques.   

   

Ce qui n’empêche pas un brin d’émotion au moment de se rappeler de ses héros, et « Fatal Flight 17 » de permettre à Schmier d’évoquer des souvenirs personnels et de rendre hommage à l’une de ses idoles, Gary Moore. Evidemment, le géant germain n’est pas du genre à s’atermoyer dans un mouchoir usé, et le morceau en lui-même à des allures de rouleau compresseur, mais la reprise en bonus track du « Hellbound » des TYGERS OF PAN TANG, honnête et relativement rigidifiée, permet de tester la culture Rock de nos amis, sans qu’elle n’apporte une réelle plus-value à un album qui n’en a de toute façon pas besoin. Born to Perish, énergique et enthousiasmant, Thrash et Heavy, gras mais plein d’allant ne tire donc pas le signal d’alarme pour DESTRUCTION, et nous reflète l’image d’un groupe toujours aussi vert, dans une configuration qui lui sied à merveille. Un line-up solide, des morceaux qui tiennent la route et qui cavalent, soit exactement ce qu’on attend d’un combo qui depuis bientôt quarante-ans traverse les époques à la vitesse de la lumière, sans nous laisser dans les ténèbres.


Titres de l’album :

                          01. Born To Perish

                          02. Inspired By Death

                          03. Betrayal

                          04. Rotten

                          05. Filthy Wealth

                          06. Butchered For Life

                          07. Tyrants Of The Netherworld

                          08. We Breed Evil

                          09. Fatal Flight 17

                          10. Ratcatcher

                          11. Hellbound

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par mortne2001 le 13/08/2019 à 17:52
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