Burning Witches

Burning Witches

26/05/2017

Autoproduction

On ne va pas se la jouer surpris, les groupes entièrement féminins existent depuis belle lurette, et la question stupide de savoir si elles sont capables de développer autant d’énergie que leurs homologues masculins est caduque depuis longtemps, et n’aurait d’ailleurs jamais dû être posée.

Les filles dans le Heavy Metal ont beaucoup de choses à dire, et à apporter. Mais leur sensibilité n’a rien de différente de celle des hommes bardés de bracelets cloutés et de cuir bondé, et leur approche de la musique est exactement la même, et donc sujette à critique.

Quelles critiques ? Succomber à la facilité, se contenter de compositions réchauffées, faire preuve de complaisance eut égard à un niveau technique approximatif, et penser qu’un gros riff bien carton peut suffire à construire une chanson béton.

Les suissesses de BURNING WITCHES n’ont pas ce genre de problème, puisque leurs guitares sont salement affûtées, et que leurs compositions ont bénéficié d’un temps de maturation largement assez long pour les transformer en hymnes à la gloire d’un Heavy Metal plein de panache et de flamboyance.

Mais un petit regard vers le passé vous aiderait sans doute à replacer les choses dans leur contexte ?

Alors allons-y.

BURNING WITCHES a été fondé en 2015 à Brugg, Suisse, par la guitariste Romana Kalkuhl, qui souhaitait alors s’entourer de musiciennes pour compléter un line-up entièrement féminin.

Jeanine Grob, une vieille amie fut recrutée en tant que bassiste, avant que Romana ne rencontre la chanteuse Seraina Telli à un festival. Cette dernière apporta toute son expérience acquise à la Music Academy, mais aussi au sein de son groupe SURRILIUM, et les deux nouvelles associées en profitèrent alors pour se mettre à composer ensemble.

Une fois la bonne batteuse fédérée (Lala Frischknecht), et Aléa embarquée à la seconde guitare, les BURNING WITCHES furent enfin au complet, et Romana osa se fendre d’un courrier adressé au légendaire Schmier de DESTRUCTION pour le convaincre de superviser le projet d’un premier album, financé via la plateforme Pledge Music.

Ce dernier ne se fit pas prier pour accepter le challenge, et se vit donc bombardé producteur du premier LP éponyme des ladies, dont les trois premiers morceaux furent confiés aux bons soins de V.O Pulver aux Little Creek Studios (PANZER / PRO PAIN / DESTRUCTION). Le résultat ?

Un Heavy Metal qui flirte souvent avec le Power, mais dont les racines sont à aller chercher du côté des sacro-saintes années 80, dans la discographie des légendes que sont JUDAS PRIEST ou ICED EARTH, les rois incontestés du Heavy salement burné et dopé au Thrash léger.

Si quelques esprits chagrins me diront tristement que cinq musiciennes au physique avenant ne suffisent pas à faire un bon combo de Heavy, je répondrai vertement que cinq poilus hirsutes ne suffisent pas non plus à constituer un combo de Thrash solide.

Alors une fois la question superfétatoire du physique évacuée, il convient de se concentrer sur un potentiel technique indéniable qui rappelle d’ailleurs celui des égéries de Shrapnel PHANTOM BLUE, dont la musique se rapproche d’ailleurs parfois de celle des BURNING WITCHES, tout comme celle des MEANSTREAK, dans un registre toutefois moins connoté Heavy/Speed/Thrash.

Et ne vous laissez surtout pas abuser par l’ouverture tonitruante de « Black Widow », qui cavale bon train dans une osmose « Painkiller » des JUDAS et « Going Mad » des PHANTOM BLUE, puisque les inclinaisons des suissesses les emmènent plutôt sur le terrain du Heavy d’airain, style qu’elles manipulent à loisir avec un brio incontestable.

Dès lors, la démonstration prend des allures de constatation, puisque dès le morceau éponyme, la messe est dite et les sorcières conduites au bûcher des vanités Heavy. Si vous étiez en manque d’hymnes, « Burning Witches » vous rassurera quant au potentiel toujours aussi fédérateur de cette musique unique, et vous opposera des couplets enflammés à un refrain hautement mélodisé, et strié d’interventions à la tierce que MAIDEN n’aurait pas reniées.

Le but avoué du quintette, à savoir jouer un Heavy en faisant briller toutes ses facettes est atteint sans problème, puisque les nouvelles sirènes nous entraînent vers les récifs en usant de toutes leurs armes. Que leur Metal soit mordant et agressif comme un chant nous rendant passif d’un Jorn Lande ou d’un ANGRA à vif (« Bloody Rose »), ou qu’il se veuille plus nuancé et mâtiné d’une sensibilité typiquement NWOBHM (« Dark Companion », qui rappelle même nos BLIND GUARDIAN chéris tout en dégénérant ICED EARTH aguerris), il apparaît imperfectible et bénéficiant d’un traitement poli dans les moindres recoins, sans pour autant atténuer sa portée énergétique.

On n’évite bien évidemment pas les clichés d’usage, mais les demoiselles y mettent tellement de cœur qu’on cède sans résister (« Metal Demons », plus loud and proud que ça, ça me parait difficile…), surtout lorsqu’elles enchainent sur une manipulation mélodique classique, mais séductrice en diable (« Save Me »).

Histoire de bien enfoncer le clou dans le cercueil du Heavy qui n’est pas prêt de se laisser mettre en terre, on fait un petit détour du côté du Power à la DRAGONFORCE (« Creatures of The Night », avec toujours ces harmonies de guitare à la MAIDEN/HELLOWEEN), avant de se taper un délire total à base de grandiloquence horrifique au troisième degré (« We Eat Your Children »).

Bien sûr, tout ceci est éculé avant même d’avoir été énoncé, mais la partie n’étant pas truquée et basée sur un bluff mal géré, il n’y a aucun mal à se laisser entraîner dans cette sarabande endiablée. Et même si parfois, l’inspiration reste au placard pour quelques minutes un peu trop réchauffées (« Creator Of Hell »), on reste sur la bonne impression d’un épilogue burné (« JawBreaker », merci Rob, K.K et Glenn pour tout ce que vous avez apporté au Heavy enfumé) pour refermer ce premier chapitre un sourire prononcé sur le visage illuminé.

La production de Schmier respecte tout à fait les codes du Heavy passé, tout en y apportant une patine contemporaine brillante, sans jamais tomber dans les artifices ou les excès. Il est évident que les BURNING WITCHES capitalisent sur un amour indéfectible envers une musique imperfectible, puisque ses limites en ont été atteintes depuis fort longtemps, mais le plaisant intermède qu’est Burning Witches nous ramène à l’époque où les voisins allemands de WARLOCK parlaient eux aussi de chasse aux sorcières sur fond de Metal sans bannière.

D’originalité il n’est point question. Mais de rébellion et de Metal en fusion, si. Et même protégés d’un Malleus Maleficarum en acier béni trempé, les anciens pourfendeurs de sorcellerie auraient eu bien du mal à mettre à terre ces cinq nouvelles égéries à la foi sincère et Heavy.


Titres de l'album:

  1. Black Widow
  2. Burning Witches
  3. Bloody Rose
  4. Dark Companion
  5. Metal Demons
  6. Save Me
  7. Creatures of The Night
  8. We Eat Your Children
  9. Creator Of Hell
  10. The Deathlist
  11. Jawbreaker

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par mortne2001 le 09/06/2017 à 17:18
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