The Emanation of Begotten Chaos from God

Emanation

05/11/2021

Sentient Ruin Laboratories

Attention, Sentient Ruin a encore frappé, et pas forcément là où on l’attendait. On sait que le label de San Francisco ne fait pas son marché au même endroit que ses homologues, mais autant dire que cette fois ci, ils ont écumé le monde et ses non-merveilles pour nous dénicher l’épice la plus spectaculaire de la gastronomie bruitiste. Leur écurie est pourtant riche en olibrius se vautrant dans la fange Noise, mais avec les ibères d’EMANATION, les américains ont frappé très fort…Enfin, « les » ibères, disons plutôt « l’ibère », puisque au sein d’EMANATION, un seul homme officie à tous les postes, ce qui en fait le one-man-band le plus cryptique de la création tout du moins pour ceux n’étant pas rompu à l’exercice douloureux du Drone et du BM le plus expérimental.

CG Santos, né en 1979, est de cette caste de musiciens qui refusent de s’ennuyer chez eux. Partie prenante dans des ensembles tels que TEITANBLOOD, LIKE DRONE RAZORS THROUGH FLESH SPHERE, MATHREM, MIDNIGHT SEQUENCER, XEBREIRO, ou  anciennement MORBID YELL, l’homme est un hyperactif, et surtout, un créatif légèrement torturé sur les bords. Mais tous les amateurs de souffrance musicale le connaissent bien via le médium TEITANBLOOD, qui depuis 2003 propose une savoureuse mixture de Death et de Black. Mais amis, ne vous fiez pas à son CV, car EMANATION reste une entité à part de son parcours, et ne saurait être rapprochée d’albums comme Death, Seven Chalices ou The Baneful Choir. A l’image de nombreuses tentatives Noise obscures, EMANATION privilégie l’expression au propos, et la forme au fond. En résulte donc une oppression naturelle, et une propension à préférer les textures aux plans précis et discernables.

D’ailleurs, l’entame de l’interminable « Cyclic Metamorphosis » en dit long sur les objectifs de CG Santos. Après une courte intro, l’atmosphère s’alourdit, et se rapproche de l’ABRUPTUM le plus mutilé et scarifié. On s’attendrait même à entendre un long cri déchirant d’Evil, tant les deux concepts se rapprochent l’un de l’autre. Mais là où ABRUTUM renonce à toute mise en place pour privilégier l’authenticité de l’improvisation, EMANATION structure ses chapitres, et joue une « musique » qui se rapproche parfois d’une partition déchiffrable.

Sentient Ruin conseille cette nouvelle sortie aux fans d’URFAUST, REVERORUM IB MALACHT, MOËVÖT,

MURMUÜRE, SUTEKH HEXEN, puisqu’il faut bien appuyer le discours promotionnel de quelques exemples. Mais ne soyez pas dupes, The Emanation of Begotten Chaos from God est unique en son genre, et provoque une rencontre entre le BM le plus sombre et underground et les expériences passées de THROBBING GRISTLE ou des SWANS, adoptant la démarche mécanique d’un Industriel fondu dans un chaudron de vilénie noire.     

A l’image du film Begotten d’E. Elias Merhige, The Emanation of Begotten Chaos from God ne propose pas de narration logique, même musicale, et préfère dessiner les contours d’un monde en noir et blanc très contrasté, à peine animé par des silhouettes d’arrière-plan au pas lourd et traînant. Et avec pas moins de quatre segments piétinant la barre des dix minutes voire plus, CG Santos a laissé son imagination s’exprimer via des bandes inversées, du feedback irritant, une rythmique inamovible, quelques lignes de chant sous-mixées, des respirations glauques, et une poignée de riffs sans queue ni tête qui rappellent la gravité des premiers cris de Michael Gira. D’ailleurs, « Ritual Asphyxia » n’est pas sans évoquer avec beaucoup de malice le séminal Filth LP#1, via ce beat sentencieux, ces répétitions maladives, et cette production étouffée par les bruits blancs d’une usine fantasmagorique.

Vous l’aurez rapidement compris, EMANATION ne s’adresse pas à tout le monde, et loin de là. Mais il n’incarne pas non plus le non-sens expérimental des formations les moins tolérables, et garde une expression que l‘on peut comprendre sans réel effort. Encore faut-il tolérer ces itérations irritantes, ces strates qui s’empilent sur nos poumons, et ces gaz répandus avec une intention de nuire.

Ainsi, « Ritual Asphyxia » agit comme un miroir hypnotique, renvoyant votre reflet le moins flatteur, cet alter ego négatif que l’on cache au plus profond de soi. Et si « Immortal Blood Coil » offre une transition en forme de bouffée d’oxygène après une trop longue apnée, « Synesthesia of the Lesser Sphere » vous appuie sur la tête de son Black/Drone/Industriel, mettant en avant une redondance cyclique asse éprouvante pour les nerfs.

Mais c’est évidement « Inorganic » qui incarne le point d’orgue de ce petit jeu de sadomasochisme. Introduit comme une vieille bobine super-8 retraçant façon snuff les exploits d’un dégénéré en proie aux affres de sa psychè, ce morceau aux grondements fréquents à la LUSTMORD incarne à merveille la démarche d’un artiste qui a choisi le moyen du collage expérimental pour livrer le fond de sa pensée étrange. On pense évidemment à toute la vague no-wave de l’orée des années 80, mais aussi à ces side-projects des années 90/2000 dans lesquels s’épanouissaient des musiciens connus en quête d’absolu.

Lancinances, répétitions, logique non-évolutive, EMANATION est une stagnation maladive, qui trouve sa catharsis dans les quinze minutes du final « Sands of Totemic Silence ». Intro délicate aux notes apaisantes et éparses, avant l’ultime charge Noise en impasse qui finalement, contre toute attente, dessine les contours d’une porte dérobée vous délivrant du cauchemar.  

Certainement pas le produit le plus facilement négociable du catalogue Sentient Ruin, mais un exercice de style fascinant, disponible en version double LP, qui permettra une immersion totale.  

                                                                                                                                                                        

                                

Titres de l’album:

01. Cyclic Metamorphosis

02. Ritual Asphyxia

03. Immortal Blood Coil

04. Synesthesia of the Lesser Sphere

05. Inorganic

06. Sands of Totemic Silence


Bandcamp officiel


par mortne2001 le 03/12/2021 à 17:32
78 %    70

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Sélection rédaction Metalnews 2021 !

Jus de cadavre 01/01/2022

Interview

Devildriver

Baxter 26/12/2021

From the past

Voyage au centre de la scène : PENETRATOR

Jus de cadavre 19/12/2021

Vidéos

Unspkble + Rank

RBD 16/12/2021

Live Report

Anna von Hausswolff

RBD 08/12/2021

Live Report

Igorrr + Horskh

RBD 07/12/2021

Live Report

Fuzz in Champagne - épisode 2

Simony 27/11/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Archives MORTUARY

Jus de cadavre 14/11/2021

Vidéos

Chiens + Unsu + BMB

RBD 09/11/2021

Live Report
Concerts à 7 jours
Nightmare + Existance + Rhapsody Of Fire 24/01 : Le Petit Bain, Paris (75)
Existance + Rhapsody Of Fire + Manigance 25/01 : Le Ferrailleur, Nantes (44)
Nightmare + Rhapsody Of Fire + Manigance 26/01 : Rock School Barbey, Bordeaux (33)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Jus de cadavre

Ils nous enterreront tous ces cons là ! Même Drucker fera pas le poids !

19/01/2022, 19:20

foja

masters. jamais vraiment

19/01/2022, 19:15

Simony

J'avoue qu'elle est pas de moi, c'est Jus de cadavre qui avait proposé ce style pour SCORPIONS et j'ai trouvé que ça leur allait bien

19/01/2022, 18:10

pierre2

"Never Retired Hard Rock Masters, Allemagne"J'avoue, j'ai ri - merci !

19/01/2022, 15:11

Humungus

Merci grin.(sic)

19/01/2022, 13:36

grinder92

@humu : tu cliques sur le tag "Druid Lord", ça te proposera cette chronique et également celle-ci : http://www.metalnews.fr/chroniques/grotesque-offerings 

19/01/2022, 10:35

Simony

C'est un des groupes dont j'attends leur nouvel album, le titre partagé m'avait beaucoup plu, à creuser car la chronique donne clairement envie.

19/01/2022, 08:12

Humungus

Comment fait-on pour retrouver ta chronique de leur deuxième galette ?

19/01/2022, 07:29

Humungus

Une de mes découvertes de l'an dernier...Hâte de foutre une oreille sur cet album putain !

19/01/2022, 07:26

Simony

En rappel avec The Number Of The Beast, The Evil That Men Do, Iron Maiden et Sanctuary....   

18/01/2022, 23:20

Kerry King

Un concert de Maiden sans Fear of the Dark c'est pas vraiment un concert de Maiden.

18/01/2022, 19:02

Simony

Merci Gargan, c'est corrigé.

18/01/2022, 14:32

Gargan

C'est leedET. Suis curieux d'écouter les autres titres, en espérant qu'ils gardent l'urgence de l'extrait mis en avant. Aucune info sur le line-up, mis à part le type de mare cognitum au chant.

18/01/2022, 10:32

Simony

Idem pour moi Eyziel, pas convaincu du tout de ce second extrait. A voir dans la globalité de l'album comme tu dis.

18/01/2022, 08:02

Simony

Ben moi je prends cette idée. Ils l'avaient fait pour A Matter Of Life And Death et c'était vraiment bon. Et comme ce dernier album me plait beaucoup... why not ? Reste à savoir si la date de juin à Paris aura bien lieu...

18/01/2022, 08:01

eyziel

Je l’attends énormément mais je ne suis pas super convaincu des morceaux dévoilés, surtt dark horse. Après on verra un album de Messa ça s’écoute d’une traite. 

17/01/2022, 22:48

Jus de cadavre

Je l'ai trouvé efficace mais très impersonnel. La prod générique au possible y est pour beaucoup.

17/01/2022, 19:13

LeMoustre

Il est très bien ce titre.

17/01/2022, 17:37

Goughy

Le saviez-vous ?2 morceaux (le 1 et le 11) se trouvent sur aussi l'album de reprises d'Helloween "Metal Jukebox"Je ne sais qu'en déduire : influence majeure de ces morceaux sur la scène heavy/speed ? ou perception "différente" (...)

17/01/2022, 16:31

faga

Groupe sucoté

16/01/2022, 21:26