Ambivalence. Voici une sortie qui relèvera du plus anecdotique pour la plèbe alors qu’elle constitue la surprise d’importance la plus fameuse de notre époque. Comprenez bien qu’on ne peut vous en vouloir de ne pas connaître les ARES KINGDOM, et pourtant, cette méconnaissance tient tout autant de la faute de goût que de l’ignorance de l’histoire de l’underground. Avec maintenant quatre albums à son actif, ce groupe originaire de Kansas City dans le Missouri fait office de référence, d’autant plus que son histoire lui permet d’accentuer la qualité de sa musique. Car loin d’être des inconnus, les fondateurs de cette entité haineuse ne sont rien de moins que d’anciens ORDER FROM CHAOS, qui à l’orée des années 90 bousculait la hiérarchie Death de son empoigne et de sa férocité. Une poignée d’œuvres non référentielles, mais fameuses, et un split, avant que Mike Miller (batterie) et Chuck Keller (guitare) ne se décident à écrire un nouveau chapitre, sous une forme légèrement différente, mais avec la même foi au cœur. Ainsi donc naquit ARES KINGDOM en 1996, et un an plus tard, une première démo éponyme vit le jour, précédant de neuf ans le premier longue-durée, ce Return To Dust que les plus pointus ont vite fait d’ériger en entrée en matière tonitruante. Depuis, des disques qui n’ont jamais fait retomber la pression, Incendiary en 2010, puis The Unburiable Dead en 2015, avant quelques années de silence à peine dérangées par une compilation et quelques EPs discrets. Mais en 2019, le trio (complété depuis longtemps des quatre cordes et du gosier d’Alex Blume, intégré en 2001) revient à la charge avec un quatrième tome pour le moins inattendu dans la forme, mais terriblement convaincant et hargneux dans le fond.  

Superficiellement parlant, By the Light of Their Destruction a tout d’un simple nouvel album du trio. Il se présente sous une pochette séduisante, et fait preuve du même allant Death/Thrash que ses prédécesseurs. Pourtant, sa conception fut pour le moins inhabituelle, Chuck Keller allant piocher dans les tiroirs d’un de ses projets annexes de quoi nourrir la machine créative. Il extirpa des coffres de son histoire personnelle des morceaux inachevés de son side-project Black Ambient VULPECULA, pour les retravailler via une approche sensiblement parallèle, et ainsi en faire des titres convenant parfaitement à l’orientation de sa créature principale. C’est ainsi que le Death à forts relents Thrash d’ARES KINGDOM se vit légèrement allégé et altéré par la vision plus cosmique de VULPECULA, sans que le fan ne sente trop de différence avec les œuvres antérieures. Et en choisissant de faire du neuf avec du vieux, le principal compositeur a accompli un prodige et digéré des miracles, puisque By the Light of Their Destruction est sans doute ce que le trio a proposé de plus concis et complet depuis ses débuts. Je le disais, pas de bifurcation divergente à attendre, mais plutôt une volonté de propulser le prosaïsme d’ARES KINGDOM dans une dimension parallèle. On retrouve toujours cette énergie diabolique à la frontière des extrêmes, mais les quelques mélodies, les évolutions, les progressions sentent le désir de pousser la perfection dans la brutalité à son paroxysme, ce que l’entame barbare mais chirurgicale de « The Hydra Void » prouve de sa longue intro débouchant sur un chaos organisé digne des meilleurs années du Thrash Death de la fin des années 80. Bousculés par une fournaise de riffs enchevêtrés et sublimés dans l’horreur par la voix rauque et ferme de Blume, l’auditeur se rendra compte à quel point l’ancienne génération de brutalistes dame le pion à cette jeunesse avide de nostalgie, qui ne pourra jamais substituer au flair de ses aînés son culot opportuniste. On sent la rage suer de tous les pores, et l’envie de prouver qu’après plus de trente ans de carrière, l’envie est toujours là, ce que confirme « Burn, Antares (Scorpius Diadem) » de ses harmonies Néo-Death scandinaves torturées par des guitares assassines et une rythmique nucléaire.

Le son global, profond mais avec cette sècheresse appliqué à la batterie qui rend chaque coup de caisse claire létal, enrobe parfaitement des compositions entièrement vouées à la bestialité la plus ouverte, sans pour autant sombrer dans les travers bruitistes routiniers de ce genre de travaux. On n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace, et en profitant de quatre ans pour ciseler les contours de ce quatrième LP, le trio a largement eu l’occasion de gommer toutes les erreurs sans niveler les aspérités, et il ressort de By the Light of Their Destruction une démonstration de force qui laisse admiratif. Loin de se contenter de plaquer un thème hargneux sur un beat teigneux, les trois américains ont truffé leurs morceaux de breaks, de cassures, au point d’évoquer un mélange haineux entre ORDER FROM CHAOS, MORBID ANGEL, DESTROYER 666 et INCUBUS, ce qui en dit long sur l’intensité qui se dégage de l’ensemble. Et entre des chœurs diaboliques à transformer Glen Benton en petit chaperon rose (« Dark Waters Eridanus », un machin aussi intense devrait être remboursé par la sécurité sociale), et des ralentissements malsains rappelant le sadisme de la vague floridienne de Death de la fin des 80’s (« Eighteen Degrees Beneath »), le tableau dégouline de stupre, de sang, et de violence parfaitement ouverte, mais terriblement concise et intelligente. Soli incontrôlés qui vous lacèrent les tympans, accélérations fatales, plans qui se montent les uns sur les autres comme des démons à l’assaut d’une cathédrale, et seule la coupure centrale « Allegory » permet de reprendre son souffle.

En scindant son LP en deux parties (face Antarès et face Bones), le groupe renoue avec la tradition inspirée des EXCITER, sans pour autant créer de frontière tangible. En effet, la seconde partie du LP n’a rien à envier à la première en termes d’intensité, osant même l’exagération (« The Bones of All Men »), pour mieux nous plonger dans un bain de lave en fusion (« Iconologia »). Il est incroyable de constater que la force de persuasion des riffs ne perd aucunement en inspiration pendant quarante minutes, comme si Chuck Keller n’avait conservé que la quintessence de son imagination pour mieux nous étonner de sa créativité. Débordant de thèmes qu’on prend en pleine gueule, By the Light of Their Destruction est bien plus qu’un simple album, il est le résumé d’une carrière entièrement vouée à la méchanceté instrumentale, et par extension, son acmé, enterrant la concurrence sous une épaisse couche de chaux vive. Et si un seul album de Death Thrash devait occuper vos journées cette année, ce serait évidemment celui-ci. Quelle claque mes aïeux !            

 

Titres de l’album :

                         1.The Hydra Void

                         2.Burn, Antares (Scorpius Diadem)

                         3.Dark Waters Eridanus

                         4.Eighteen Degrees Beneath

                         5.Allegory

                         6.The Bones of All Men

                         7.Iconologia

                         8.Talis Chimera Est

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par mortne2001 le 14/06/2019 à 16:21
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Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

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