Demo 2016

Life Of Spite

22/12/2016

Autoproduction

L’histoire commence avec une jolie pochette monochrome qui ne laisse aucun doute sur les intentions malveillantes du combo l’ayant choisie comme emblème de leur démo.

Des fenêtres sombres barrées d’un grillage resserré, tout ça en dit long sur la volonté de ces Anglais de nous confiner dans un espace clos, étouffant, moite, et sans véritable espoir de sortie facile.

Mais j’aime ce genre de conditions extrêmes, car après tout, elles sont à l’image d’une vie n’offrant que peu d’évasion…et d’espoir.

LIFE OF SPITE, c’est l’Angleterre d’aujourd’hui dans toutes ses contradictions. Monarchie, pro et anti-brexit, futur incertain, pour un peu, on se croirait revenu à l’époque de la dame de Fer, lorsque les grèves étaient brisées à grands coups de répression, que l’IRA faisait exploser des bombes un peu partout, et que la jeunesse ne savait plus vers qui se tourner pour espérer un futur un peu plus radieux que les rues dégueulasses d’un Londres plus vraiment de carte postale.

Mais ces quatre-là viennent plutôt de Newcastle, la patrie des démoniaques VENOM, quoique leur musique n’ait rien à voir avec un quelconque Heavy à tendance Black paillard et rigolard.

Non, pour eux, rien n’est drôle, encore moins ironique, et la réalité est blafarde, comme des visages au petit matin partant gagner leur maigre pain quotidien.

Mark, Elliott, Ben et Michael citent dans le texte et les influences INFEST, ACXDC, DESPISE YOU, CROSSED OUT, INTEGRITY, HOAX, MIND ERASER, mais aussi Natalie IMBRUGLIA histoire de se décaler un peu et se réfugier dans l’humour, et jouent une musique aussi poisseuse que rapide, et aussi pesante que pas limpide du tout.

Il est assez complexe de les rattacher à un créneau particulier, puisque leurs morceaux brefs empruntent à tous les courants Core les plus déviants, du Fastcore glauque au Powerviolence gluant, sans cracher sur un brin de Grind pas vraiment virevoltant.

En mélangeant leurs références, il est tout à fait possible d’entrevoir leur optique, qui privilégie les sons les plus compacts et sourds, et qui refuse toute aération salvatrice.

Cette Demo 2016 fait suite à une autre démo, parue en 2016 aussi, et qui se contentait d’une cover noire come le charbon, proposant plus ou moins le même genre d’exactions. A l’époque (il y a quelques mois), seuls deux titres trouvaient refuge sur le support, mais aujourd’hui, ils sont au nombre de cinq, pour onze minutes de souffrance sonore aussi insoutenable en l’état que cathartique. Quelques touches de Darkcore vraiment nauséabond, un Fastcore abordé « à l’anglaise », avec toute la noirceur de la figure imposée, quelques touches d’Anarcho-core pour pérenniser l’héritage Punk des 80’s, et surtout, beaucoup de mouvements, malgré un tempo somme toute assez lent.

Loin de se contenter de balancer cinq torpilles anarchistes à la face d’un gouvernement en sale posture, les LIFE OF SPITE jouent la diversité dans le malaise et multiplient les contretemps, les ralentissements oppressants, et appuient clairement là où ça fait mal, en développant des titres qui accumulent les idées néfastes mais indispensables à une lucidité fatale.

Pourtant, chaque segment est relativement concis et bref, ce qui n’empêche pas ces malades d’y caser un maximum d’idées, toutes plus effrayantes les unes que les autres.

Nous passons sans vergogne ni logique d’un passage Crust/Powerviolence débordant de rage à une maltraitance presque Sludgecore qui colle au corps, et les rebondissements d’une attaque à l’autre se font avec heurts, mais dynamisent une démo qui a pas mal de choses à dire dans un temps imparti.

Et même si elle se termine sur cinq minutes et vingt-quatre secondes de torture stridente et dissonante (« K for Knife », abrutissant de lourdeur et de larsen non-stop, mais point de chute inévitable), cette Démo 2016 offre quatre morceaux qui s’enchaînent sans temps mort, devant tout autant à la scène Powerviolence Anglaise qu’à son homologue Darkcore US.

Interruptions brutalesambiance pesante, gravité extrême des guitares et chant véhément qui crache son message de voix multiples, le tout pour vous faire appréhender toute la violence d’une société une fois de plus en pleine mutation (« Fraud », éprouvant), aveux en toute franchise de cassures de rythmes éreintantes (« No Mercy », encore un petit jeu de dupes entre vitesse et lourdeur qui casse les épaules), up tempo accrocheur qui cache une réelle volonté de brutalité Crust mélangeant les enseignements de DISCHARGE et INFEST (« Amnesia »), et entame digne d’un Sludge nauséeux qui dégénère vite en Thrashcore extrême et sans pitié (« No Mercy »).

Le tableau est donc complet, vous pouvez l’admirer dans toute son horreur.

Certes, tout ça n’est ni très reposant, ni très rassurant. Mais il est quand même plaisant de constater que nos amis Anglais n’ont pas oublié comment nous mettre face à nos responsabilités.

La situation ne semble guère s’être améliorée depuis la fin des années 70, lorsque cette jeunesse était sacrifiée sur l’autel de l’austérité, et les LIFE OF SPITE n’ont à coup sûr rien oublié.

 Une démo qui fait mal mais ouvre les yeux en agressant les oreilles. Et une pluralité de styles sans pareil. Soyons vigilant pour la suite des évènements et un éventuel LP qui ne sera je l’espère guère plus avenant.


Titres de l'album:

  1. Slave Away
  2. Amnesia
  3. No Mercy
  4. Fraud
  5. K for Knife

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 28/01/2017 à 17:43
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