Il va bientôt falloir instaurer un degré de classement des groupes Death old-school. Ceux qui vénèrent le gros son suédois, ceux qui privilégient la finesse US, et beaucoup plus bas, beaucoup plus profond, ceux qui ne vivent que pour respirer un air putride encombré de particules fines, et qui se niquent les poumons de la putréfaction musicale la plus underground. Ces vrais de vrais, qui ne peuvent concevoir le style que sous son aspect le plus hermétique et vil, et qui réfutent tout principe d’évolution et de technique. A ce petit jeu de régulation hiérarchique, les mexicains obtiendraient une bonne place dans les abysses de l’horreur, eux qui abordent le Death sous sa nuit la plus sombre et cryptique. Car autant vous prévenir de suite, si vous pensez qu’AUTOPSY était un parangon de technique et d’ouverture d’esprit, de sales corrompus prêts à vendre père et fils pour obtenir un succès commercial conséquent, alors MORBID MESSIAH deviendra certainement votre groupe de référence, que vous citerez en conférence pour placer les débats sur le terrain de l’éthique immonde. Non que ce groupe soit plus bruyant que la moyenne, non que sa musique ne soit qu’un raout infâme et odorant, mais en partant du principe que les combos se voyant parrainés par Godz Ov War productions puis Memento Mori ne font pas partie des plus tolérants, vous saurez à quoi vous attendre en termes de production soignée et de compositions léchées. Et vous aurez parfaitement raison de vous attendre à un déluge de primitivisme poussé, puisque les mexicains abordent leur carrière comme un inéluctable chemin vers la mort, que quelques détails désagréables viennent agrémenter.

Fondé en 2015 par la percussionniste Anubis Sandoval, fraichement installée à Guadalajara, MORBID MESSIAH est une assemblée de barbares partageant les mêmes vues sur un Death Metal très basique, sourd, diffus, mais assez efficace dans les faits. Vite rejointe par Roberto Trejo (guitare) et Jose Rivas (chant), la batteuse infernale put compléter son duo rythmique par l’adjonction de Guillermo Lopez (basse), et enfin se lancer dans la quête d’enfers un peu plus glauques que la moyenne. Dès lors, et avec une formation en quatuor, la troupe se permit donc l’enregistrement d’un premier EP au titre à la franchise admirable, très justement baptisé In the Name of True Death Metal en autoproduction, avant que les Godz Ov War n’en éditent une version tape limitée à cent exemplaires. Le destin des lascars était donc placé sur les bons rails, et c’est avec un plaisir sadique que nous accueillons aujourd’hui le fruit de leur réflexion sous la forme d’un premier longue-durée, ce Demoniac Paroxysm, qui lui non plus ne fait pas grand cas de ses ambitions. Un simple coup d’œil à cet artwork délibérément morbide suffit à comprendre que les quatre musiciens ne sont pas là pour finasser, encore moins pour rigoler, et les neuf pistes de ce premier jet sombrent vite dans l’ignominie anti-musicale la plus absolue, se revendiquant d’influences pas plus complaisantes que leur propre philosophie.

Quelles influences ? Plutôt underground évidemment, comme l’attitude générale, et il n’est pas surprenant de constater que la bande d’embaumeurs de joie de vivre avoue une fascination pour des croque-morts de la trempe de SADISTIC INTENT, POSSESSED, INCANTATION, GROTESQUE, MORTEM, DEATH ou IMPRECATION, dont on retrouve des traces patentes tout au long de cette demi-heure vouée à tous les aspects les plus craspecs de la vie. La vie, la mort, les deux se mélangent, et si parfois, on hésite à savoir de quel côté on se situe, les MORBID MESSIAH ont choisi leur camp depuis longtemps, et s’adressent à nous en live d’un petit cimetière rural ou d’une vieille morgue à l’agonie, égrenant leurs litanies de quelques grognements diffus et autres cassures rythmiques touffues. Disposant d’un son parfaitement ignoble, laissant les graves à la porte du mausolée pour faire la fête des médiums grésillant et irritant, permettant aux guitares de retrouver ce fameux son de tronçonneuse que les adeptes de plaisirs masochistes aiment tant. Guitares qui se répandent donc en riffs circulaires du plus bel effet, la plupart du temps similaires, alors que la rythmique concassante offre un tir de barrage non-stop, rarement interrompu par des breaks diffus, qui ne font qu’ajouter à la teneur mortifère globale. Tout ceci est donc très laid, rappelle méchamment les premières exactions de CENOTAPH ou SHUB NIGGURATH, avec ce petit plus personnel de linéarité voulue qui ne vous permet pas de reprendre votre souffle.

Evidemment, ceux qui ont compris depuis longtemps que le Death pouvait et savait se montrer mélodique et évolutif hurleront à la supercherie, tandis que les esthètes de la table de dissection crieront au génie face à ce monolithisme ambiant qui refuse de compromettre son approche artistique en acceptant l’effet du temps. Il est d’ailleurs possible de croire à l’écoute de ce Demoniac Paroxysm que ce temps s’est arrêté il y a quelques dizaines d’années, mais l’impression n’est pas désagréable, même si le LP se présente en un bloc indivisible, à peine souligné de quelques nuances difficilement perceptibles. Mais loin de la débauche sud-américaine paillarde, ici c’est la froideur qui prime, un peu comme si les mexicains enthousiastes ne concevaient leur Death que sous son jour le plus blafard. Un petit matin d’exécution, une épidémie de peste, et beaucoup de résignation dans la conviction, ce qui aboutit à des morceaux certes quasiment identiques, mais tous animés d’un esprit malsain. Et une fois l’intro horrifique de rigueur passée, « Charred Devastation » plonge directement dans le cœur des débats, et en revient avec quelques illusions en moins, mais avec la maîtrise d’un Death glauque, putride, suintant de tripes et de peur. On pense évidemment aux premières douleurs infligées par AUTOPSY, pour cette basse à l’économie qui claque, et cette guitare qui reste obnubilée par des motifs monochromes, et évidemment aux économistes de SADISTIC INTENT, qui eux aussi préféraient se focaliser sur ce que le style pouvait proposer de plus repoussant. Pas foncièrement désagréable dans le fond, assez répétitif dans la forme, ce premier album est à voir comme le témoignage d’une passion, mais aussi comme un exercice de style réussi, qui nous ramène aux origines d’un genre qui alors se complaisait encore dans la pathologie chronique et autres déviances sadiques.

Pas forcément indispensable, encore un peu trop massif, mais annonciateur d’une suite qui pourrait se valoir moins systématique.     

 

Titres de l'album :

                         1. Rise of the Rottenness

                         2. Charred Devastation

                         3. Graveyard Headhunter

                         4. Devoured by Darkness

                         5. Breath of the Ominous

                         6. Crawling in Guts

                         7. Fetid Bloodbath

                         8. Howling from the Grave

                         9. Morbid Messiah/Morbid Invocation

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par mortne2001 le 06/10/2018 à 17:21
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