Devil Electric

Devil Electric

11/09/2017

Autoproduction

Les barbes, les forêts, les guitares sous accordées et fuzzées à l’extrême, les litanies vocales censées nous faire pénétrer l’épais mur de fumée d’un passé que personne ne se décide à enterrer (et à juste titre), c’est bien joli, mais franchement, depuis quand le Hard-rock vintage ne vous a-t-il pas fait vibrer ? Je veux dire, vraiment fait vibrer, et autrement qu’en calquant ses tics sur les astuces les plus évidentes des glorieux aînés ? Personnellement, je ne me pose plus la question, et pire même, je l’élude pour ne pas avoir à dégainer une réponse désagréable.

Heureusement, certains ne se contentent pas de gimmicks pour nous faire groover, et osent enfin briser le schéma pour proposer de véritables chansons, et non un alignement de poncifs poussifs pour essayer de nous faire croire que 1971 a encore sa place à notre époque. Car ça, nous le savons déjà, l’héritage est suffisamment conséquent pour que nous ne l’oubliions pas…Bon et finalement, qu’est ce qui nous reste sous la dent ? De nouveaux groupes, qui a la différence de la horde de suiveurs, tentent des choses plus osées et paradoxalement plus simples. Et il est assez étrange de devoir aller les chercher à l’autre bout du monde, sous un soleil austral pourtant peu propice au recueillement sur fond de tocsin et de rengaines lugubres.

Mais les DEVIL ELECTRIC n’ont en fin de compte pas vraiment grand-chose de lugubre. Ils sont même plutôt lumineux dans leurs ténèbres. Qu’ils nous avaient déjà présentées à l’occasion d’un premier EP, The God’s Below, publié l’année dernière, en presque confidentialité…

Est-ce le regard presque innocent de la belle Pierina O'Brien qui a convaincu les pontes de Rolling Stone de se pencher sur leur cas ? Le journaliste a-t-il été plus séduit par le faciès enjôleur d’une vocaliste hors-pair que par la musique somme toute assez classique d’un quatuor ne cherchant pas ses références plus loin que le bout de ses encyclopédies personnelles ? La réponse est dans la non question, et finalement, il est assez normal qu’un magazine à grand tirage et à visibilité maximale se soit focalisé sur le cas à part d’un combo qui réfute toutes les théories de stagnation pour justifier de son essence pas si passéiste qu’elle n’en a l’air.

Et tout ça, en gardant en mémoire que la chanson sera toujours plus importante que les arrangements et le reste. Et celles proposées par ce premier longue durée éponyme sont valables, classieuses, étranges, fumeuses, mais surtout, aussi contemporaines qu’elles ne sont nostalgiques, et aussi bluesy qu’elles ne sont Heavy. Et ça, c’est vraiment novateur dans le petit cercle fermé du Hard-Rock entaché de nostalgie bon marché…D’ailleurs, tout est dit ou presque par une superbe pochette aussi opaque qu’elle n’est révélatrice. Des silhouettes qui se dégagent en fond boisé, des musiciens apparents pour une chanteuse qui se voile la face, et refuse d’admettre ce qui n’est que trop évident…Son talent d’une part, mais aussi celui de ses comparses (Christos Athanasias – guitare, Tom Hulse – basse/chœurs et Mark Van De Beek – batterie), et d’un album qui fait la part belle à la multiplicité de ton, et qui pioche un peu partout dans un répertoire immortel pour l’accommoder d’une sauce très personnelle, qui prend dès l’entame majestueuse et groovy de « Monologue (Where You Once Walked) ».

En cinq petites minutes, on sent déjà que les DEVIL ELECTRIC avec ce premier album éponyme se refusent à n’être qu’une sensation passéiste de plus, et tordent le cou aux clichés SABBATH pour les incruster de force dans un contexte moins Doom, plus Bluesy, et à cheval entre Birmingham et Melbourne. Les antipodes réunis, et les climats antagonistes réconciliés ? C’est exactement ça, puisque cette musique très intime persuade les ténèbres de s’accorder à des rais de lumière qui tanne des peaux trop blanchies par l’ombre. Bien sûr, on sent le Doom par tous les pores, mais le vrai, celui des origines, pas celui monolithique qui se contente d’être obsédé par un thème unique répété jusqu’à la nausée.

Et la preuve en est apportée par le grassouillet « Shadowman », qui se traîne d’une rythmique un peu lardée que les QOTSA et KYUSS auraient sublimée d’accords désertiques décharnés. Il n’est d’ailleurs pas incongru de mentionner le Stoner, pour ses accointances Blues, puisque presque tous les titres du LP en sont stigmatisés, des riffs au feeling de Christos aux incantations vocales de Pierina, qui pourtant n’en rajoute pas dans son rôle de prêtresse de funèbres trop sexy vocalement pour être véritablement honnête. Du fuzz quand même, pour boucler la boucle et assurer le décorum, mais surtout, une guitare plus mutine qu’obstinée, et des hits improbables, qui feraient bondir les BARONESS et les KADAVAR sur leur trône, tremblant de peur de perdre leur suprématie en tendant l’oreille sur « Lady Velvet », qu’on imagine entonnée dans un robe gainée de velours, et d’une bouche aussi pleine de promesses que de venin.

Format court, format médium, interludes en contradiction (d’un côté le plombé et malsain « Monolith », que des MASTODON en pleine transe auraient pu encore plus compresser, de l’autre, le sublime de pureté acoustique « Lilith », qui évoque avec tendresse et passion les courbes de ce démon féminin de la nuit, qui vole les âmes en les corps en un ballet d’oubli), longues digressions qui restent passionnantes parce que réfutant tout débordement intempestif (« Acidic Fire », l’un des motifs les plus gluants que j’ai pu me coller depuis longtemps), basse en redondance qui flirte avec les excès d’un CATHEDRAL processionnel, mais moins cadavérique (« The Sacred Machine »), et entame à capella pour une explosion de stupre et de délires bucoliques qui tournent le dos aux villes (« The Dove & The Serpent », conte Doom/Stoner/Hard Blues à rendre les BLUES PILLS fans d’extrême et de pesanteur, et qui suggère Iommi et sa bande plus fidèlement qu’un tribute band), le constat saute aux yeux et aux oreilles, et permet de détacher les DEVIL ELECTRIC de la norme, sans pour autant les laisser seuls dans leur coin. Leur coin de nature justement, est parfaitement en symbiose, et ose un équilibre parfait entre plusieurs tendances, pour finalement proposer un Hard-Rock solide, se référant au passé pour le sentir concerné par le présent. Et les photos jaunies prennent vie, et se colorent de teintes vives, comme cette tenue rouge sang qu’arbore Pierina sur la pochette.

Un disque aussi franc qu’il n’est mystérieux, par ses ambiances, mais aussi par son don évident pour se propulser comme fer de lance d’un mouvement exsangue, qui tourne en rond depuis trop longtemps, à force de refuser de voir la sortie, pourtant juste sous ses yeux. Imiter, même à la perfection, n’a jamais eu aucun intérêt et ça, les australiens avec Devil Electric l’ont très bien compris. Eux, jouent leur truc, qui ressemble à autre chose, et qui pourtant existe par lui-même. Pas trop intelligent, mais juste une ou deux fois, pile au bon moment.


Titres de l'album:

  1. Monologue (Where You Once Walked)
  2. Shadowman
  3. Lady Velvet
  4. Acidic Fire
  5. Monolith
  6. The Dove & The Serpent
  7. The Sacred Machine
  8. Lilith
  9. Hypnotica

Site officiel


par mortne2001 le 31/08/2017 à 17:41
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