Infierno y Gloria

Juggernautt

18/03/2018

Autoproduction

Le hasard, la chance, le coup de pouce, un destin favorable…Autant de facteurs qui expliquent pourquoi certains groupes bénéficient du soutien d’un label indépendant ou d’une major, tandis que d’autres ne peuvent compter que sur leurs propres moyens pour avancer. Je le sais, la justice et la logique ne sont pas des paramètres à prendre en compte au moment de comprendre pourquoi certains artistes médiocres peuvent se reposer sur des lauriers de distribution et de promotion à grande échelle, toisant de leur superbe usurpée la masse grouillante de combos qui eux, mériteraient une logistique à la mesure de leur talent…Ainsi vont la vie et le business, mais en écoutant ce matin le premier longue-durée des mexicains de JUGGERNAUTT (à ne pas confondre avec les 150 groupes baptisés JUGGERNAUT, avec un seul T), je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine injustice face au mépris affiché par les structures qui auraient mieux fait d’adopter leur cause plutôt que celle d’une étoile filante à la mode. A l’heure où les side-project lourdingues de stars en mal d’attention se retrouvent au catalogue de labels confirmés, je m’insurge quant au fait que cet Infierno y Gloria ne puisse compter que sur la ferveur des fans et l’éthique des webzines pour exister et bénéficier d’un écho plus que mérité. Car il le mérite, sans contestation possible, et à tous les niveaux, puisque de sa sublime pochette aux couleurs chatoyantes à ses compositions tout aussi brûlantes, ce premier témoignage discographique peut prétendre au haut d’un panier un peu trop encombré par des sorties déjà périmées avant d’avoir été écoutées.

Mais personne ne peut réécrire l’histoire, tout au plus en influer le cours, alors autant parler des choses les plus importantes, à savoir l’intérêt que représente ce prologue dans la carrière d’un groupe plus que méritant. Les JUGGERNAUTT nous en viennent donc de Guadalajara, se sont formés en 2012, et n’ont pour le moment publié qu’un seul EP (El Principio del Caos en 2013), avant de se lancer dans le grand bain du longue-durée, qu’ils traversent sans bouée, sans avoir pied, mais avec un panache incroyable et un flair remarquable. Fascinés par l’orée du genre qu’ils admirent, ces cinq musiciens (Ángel Ramírez & Emmanuel Acero - guitares, Mario Acero, - guitare/chant, Manuel García - basse et Mark Dragunov - batterie) avouent des penchants prononcés pour la première vague Thrash US, METALLICA et MEGADETH en tête de liste, à laquelle il conviendrait d’ajouter les noms de TESTAMENT, de DEATH ANGEL, d’ANTHRAX évidemment, mais aussi des HEATHEN, FORBIDDEN, soit la quintessence absolue d’un Thrash ténu, qui trouve encore aujourd’hui un écho non négligeable auprès de la jeune génération. De la puissance donc, mais aussi de la modulation, pour un festival de guitares déchaînées, soutenues par une rythmique évolutive et un chant hargneux intuitif. Au menu, un mid tempo global terriblement efficace, des idées pertinentes, quelques surprises notables, mais surtout, un désir de faire le lien entre l’ancien et le nouveau, histoire de ne pas surfer sur une vague old-school qui a déjà honoré ses plus glissants représentants.

Pourtant nos amis mexicains du jour n’ont pas joué la facilité. En adoptant une posture durable, et en laissant parler leur inspiration au-delà de l’heure de jeu, les JUGGERNAUTT provoquent la redite pour stimuler la créativité, et s’en tirent admirablement bien. Tirant leur épingle du jeu en multipliant les rythmes, en durcissant des riffs déjà bien velus à la base, et en se reposant sur le talent individuel de solistes qui n’ont pas oublié les enseignements de Dave Mustaine et Rob Cavestany, le quintette nous offre une démonstration de modulation, passant d’une agressivité assumée à une ambivalence revendiquée, leur permettant de tenir la montre sans avoir à balbutier des liaisons tirées par les cheveux. Travaillant leurs ambiances au même titre que leur démence, les originaires de Guadalajara nous offrent donc l’un des meilleurs LP du cru, en jouant crânement leur carte, mais en visant des ambitions un peu plus élevées que la moyenne. Et pour être honnête, de cette production étonnamment brillante et profonde en passant par cette fluidité diabolique, Infierno y Gloria fait honneur à son titre, et prône la véhémence d’un enfer de violence et la gloire d’un Thrash miraculeux, nous ramenant aux heures légendaires des pamphlets les plus célébrés du genre, sans pour autant piquer leurs idées l’air de rien dans les poches des vieux sages. Ne reculant devant aucune possibilité d’enrichir leur musique, les JUGGERNAUTT n’hésitent pas à diluer leur Metal incandescent dans un bain de jouvence purement Hardcore, frisant même en plus d’une occasion les limites d’un Rock mutin qui confère à leur colère un aspect très chafouin. Et lorsque le mélange atteint son apogée, nous sommes livrés en pâture à des exercices de style qui tournent à la démonstration, lorsque « Panico » parvient à synthétiser dans un même élan la magie des LUDICHRIST et la brutalité contrôlée des DEATH ANGEL. Mais à vrai dire, et pour rester objectif, chaque portion de ce premier album a de quoi satisfaire votre faim de riffs malins et de rythmiques en coup de fusil dont chaque plan s’imbrique au précédent avec une facilité déconcertante.

Pourtant, avec plusieurs segments piétinant allégrement les sept ou huit minutes, le risque était élevé, mais le résultat s’avère payant. Nous constatons d’ailleurs que le mimétisme respectant METALLICA fonctionne à plein régime (« Detengamos Las Balas », le genre de tuerie que Master of Puppets aurait béni), et que le décalage ANTHRAX permet de headbanguer comme un damné (« Infierno y Gloria », Benante et Ian seraient fiers de leurs rejetons illégitimes revenus de l’enfer). En découpant leur LP en deux parties bien distinctes en matière de durée, les mexicains ne se sont pourtant pas facilité le travail, mais même en version longue, leur Thrash convainc vaille que vaille. Et le miracle opère de la première à la dernière seconde, puisque les guitares cherchent et trouvent les motifs les plus féconds (ce riff redondant à l’extrême sur « Criminal » en est une preuve indéniable), et que le tout se termine par un feu d’artifice de violence et d’aisance, via l’épique « El Principio Del Caos », et ses dix minutes de délire total qui laissent l’imagination exploser de toute part. Les instants les plus lapidaires permettront aux afficionados des attaques éclairs de se satisfaire, et « Humanidad » et son motif circulaire d’intro de sustenter les plus enragés, puisque le quintette à tout prévu pour nous combler.

Et la question initiale de revenir comme un boomerang en pleine face. Comment un tel groupe doit-il encore compter sur lui-même pour avancer, alors même que son premier LP a de quoi ridiculiser bien des formations acclamées ? Je ne comprendrai donc jamais la logique de promotion des disciplines artistiques, qui préfère laisser dans l’ombre des groupes qui méritent l’exposition, tout en l’offrant à des seconds couteaux qui auraient dû raccrocher depuis longtemps. Une injustice de plus contre laquelle se battre, pour permettre aux JUGGERNAUTT de savourer ce succès qu’ils ont amplement mérité.                

Titres de l’album:

              01. Tu Sangre en Mi Flecha

              02. Vellocino

              03. Humanidad

              04. Ghost

              05. Panico

              06. Detengamos Las Balas

              07. Infierno y Gloria

              08. Debilidad de Ares

              09. Criminal

              10. El Principio Del Caos

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par mortne2001 le 09/06/2018 à 18:33
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