Dix-sept ans d’absence, ou comment se faire oublier avec élégance. C’est peu ou prou le leitmotiv que l’on pourrait attribuer au concept italien ALTAR OF PERVERSION, qui depuis From Dead Temples (Towards the Ast'ral Path) son précédent LP n’avait pas jugé utile de donner suite. Oh, bien sûr, nous avions eu droit à de petites oboles, sous la forme d’un split en 2005, et d’Adgnosco Veteris Vestigia Flammae, un EP édité en 2006, mais rien de vraiment consistant, juste des pis-aller, précédant un silence total. On pensait le duo (Cultus - guitare/basse/chant et Laran - batterie) disparu dans les limbes d’enfers personnels, et la réponse était d’ailleurs assez proche de cette hypothèse…Et si la tête pensante du duo a tenté de nous convaincre que le voyage entre les deux longue-durée fut si long pour cause d’immersion totale dans une quête non garantie d’un espoir de retour, il faut nuancer ses propos par les siens propres, lui qui a aussi affirmé avoir connu quelques problèmes personnels, et une instabilité de line-up plutôt classique dans les faits. De la fiction donc, histoire de pimenter l’absence, mais aussi quelques données plus prosaïques pour justifier l’écart temporel entre les deux œuvres du groupe, qui nous en revient aujourd’hui de sa Toscane pour nous lire son journal de bord, qui comme vous le constaterez n’a pas été laissé vierge de pages blanches immaculées…S’il est certain que presque deux décennies ne pouvaient être comblées de façon lapidaire, et en considérant le fait que le Black Metal a horreur du vide, nous étions quand même loin de nous douter que les italiens allaient aborder leur comeback en nous offrant presque deux heures de musique…Cent-treize minutes exactement, pour un second LP rempli à ras-bords de sons, d’idées, de breaks, et de variations. Publié en version triple LP et double CD, Intra Naos est donc un pamphlet conséquent, qu’on n’aborde pas vraiment l’esprit tranquille et le verbe dégagé, craignant sans doute d’avoir du mal à en faire le tour sans oublier quelque chose en route. Car loin de privilégier une optique facile de remplissage évident, ce deuxième tome s’autorise un survol quasiment exhaustif du BM des origines, tout en multipliant les allusions à ses digressions, évoquant l’avant-garde, mais pas forcément l’expérimental, tutoyant l’évolutif sans sombrer dans le progressif, et prônant un certain maniérisme sans oser l’emphatique assumé. Le bilan ? Un énorme pavé difficile à digérer une fois avalé, mais qui se montre conséquent, et qui satisfera les fans les plus exigeants d’un extrême tout sauf condescendant.

This great work is a compelling journey into the world of Pan-European Satanism, as defined and exemplified by the Order of Nine Angles, and as such, conceptually and lyrically, the album’s framework is thoroughly unique. Altar of Perversion have literally traversed the acausal abysses and realms to come back with experiences that have been moulded into these songs. The music is a result of these real-life magickal and sinister workings 

 

Pour les non-anglophones et les fainéants, ces quelques lignes promotionnelles se veulent plus ou moins explicatives de l’ampleur et de la genèse du projet. Sans vouloir rentrer dans des détails redondants, il faut y comprendre que l’essence même d’Intra Naos se situe en convergence des abysses les plus profonds du satanisme européen, et que le temps qui fut consacré à sa conception ne le fut pas en vain. Comme précisé plus en amont, il convient de modérer cet enthousiasme conceptuel de quelques données plus factuelles, mais il est certain par contre que la dimension de ce second LP est gigantesque, et à l’échelle de sa production. Celle-ci est à proprement parler dantesque, et fixée sur une fréquence que les analystes ont autrefois rattachée à l’art de la musique, et qui est de fait censée éveiller des sensations épidermiques, propres au ressenti le plus viscéral. Une accumulation de notions complexes, qui ne situeront pas précisément les contours d’un disque qui se veut éminemment dense et pluriel, et qui par sa durée aura de quoi rebuter les plus modérés. S’il est toujours facile de remplir un album au maximum pour donner aux fans de quoi se rassasier, il faut aussi varier son propos pour ne pas risquer l’indigestion. Mais avec six titres dont le plus court tape les treize minutes, et le plus long piétine les vingt-cinq, les deux italiens ont pris tous les risques, et surtout celui de se montrer un peu trop roboratifs et répétitifs. Je ne cacherai pas que cet écueil est parfois frappé de plein fouet, tant certaines pistes évoquent les précédentes par un choix de plans sensiblement similaires…Mais deux heures de musique étant ce qu’elles sont, il eut été difficile de trouver l’inspiration nécessaire pour les truffer d’inédit, et malgré les dix-sept années séparant les deux LP, on retrouvera les ALTAR OF PERVERSION presque dans le même état que celui dans lequel ils évoluaient lorsqu’ils nous ont quittés. Lequel ? Un mélange de rigidité faciale typiquement scandinave entremêlé de grimaces psychédéliques euro-américaines prononcées, pour une symphonie outrancière rappelant au bon souvenir des KATHARSIS et autres GOATFIRE, tout comme l’arrière-garde nordique des figures de légende, IMMORTAL en tête de liste. L’attente valait-elle le détour temporel exagéré ? Quelque part oui, mais autant avouer que le groupe malgré son ambition aurait gagné à condenser son propos, quitte à publier deux tomes à quelques mois d’intervalle.

Difficile toutefois de ne pas se montrer admiratif face à cette débauche de moyens, et ces structures complètement décomplexées, n’admettant aucune limite. Et il est aussi facile d’appréhender Intra Naos comme un tout, que comme la somme de ses parties. Celles-ci sont évidemment conséquentes, suggérant parfois une mémoire bloquée sur les ténèbres des CELTIC FROST et autres DARKTHRONE, et relativement peu complaisantes mélodiquement parlant. Beaucoup de brutalité, mais aussi des déviances prononcées, pour un festival de riffs concentriques ou anémiés, distordant l’harmonie pour la restreindre à un mode d’expression. Une alternance constante de tempi qui passent allègrement d’une chevauchée sauvage à une contemplation de ruines de l’humanité, et finalement, une incarnation d’un concept retranscrit plus fidèlement qu’on aurait pu le croire. Car au-delà de son aspect monumental, cette œuvre se veut aussi introspection ultime, et plongée dans les abimes de la pensée monothéiste. On ressent à chaque variation les étapes franchies, de ces guitares tournoyant comme des vautours à ces blasts incarnant le pas rapide de montures parcourant l’inconnu, en passant par ce chant se voulant narrateur sans complaisance d’aventures occultes, et de recherches absolues. Peut-être pas (et certainement d’ailleurs) le chef d’œuvre ultime d’un style qui en aura produit quelques-uns incontournables, mais un sacré retour à la hauteur d’une réputation que From Dead Temples (Towards the Ast'ral Path) avait solidement contribué à créer. Et il suffit de se plonger sans retenue dans le terminal et interminable « Through Flickering Stars, They Seep » pour comprendre à quel point le travail fut long, pénible et contraignant (ce que Cultus a confirmé lui-même), tant l’empilage de ces couches sonores, et la juxtaposition de ces textures a résulté d’une concertation fastidieuse, aboutissant certainement à un enregistrement par bribes. Impossible en effet de traiter un tel volume de musique sans y mettre les deux mains, et le résultat honore la patience de deux hommes que rien n’a semblé pouvoir arrêter.

De fait, il est difficile de savoir si c’est la musique elle-même qui inspire le respect, ou bien les efforts qu’il a fallu concéder pour y parvenir. Chacun trouvera sa réponse dans les deux heures d’Intra Naos, mais personne ne pourra rester indifférent face à un tel monolithe de haine et de misanthropie pourtant si généreuses.


Titres de l'album:

  1. Adgnosco Veteris Vestigia Flammae
  2. She Weaves Abyssal Riddles and Eorthean Gates
  3. Behind Stellar Angles II
  4. Cosmic Thule, Inner Temple
  5. Subcosmos Archetypes
  6. Through Flickering Stars, They Seep

Page groupe label


par mortne2001 le 14/04/2018 à 14:02
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Et bien messieurs, merci pour cette explication qui me permettra d'aller me coucher moins con ce soir...


@Humungus : une résidence (residency en anglais) désigne le fait pour un musicien ou un artiste de se produire pendant une certaine période au même endroit. On parle alors d'artiste en résidence.


La résidence c'est lorsqu'un artiste loue une salle pour y répéter son concert en vue d'une tournée. C'est une répétition en grandeur nature en quelques sortes


1) ManOfShadows + 1 !
2) C'est quoi "la résidence" ?


Bonne nouvelle. Je n'attendais pas un nouvel album de leur part si tôt.


J'ai eu peur ! En lisant les deux premières lignes et en voyant la photo, c'est mon cœur qui a faillit s’arrêter de battre. Murphy est un vocaliste unique et légendaire. Bon courage et bon rétablissement à lui.


C’est pas trop tot


Pas un petit passage par chez nous, dommage...


A noter qu'il s'agit d'un EP (5 titres) et non du 3ème album des chiliens à proprement parler.


Oui le morceau en écoute est... éprouvant ! Bien plus violent que certains groupes de métal. Je suis pas sur que ce soit pour moi par contre...
PS: Elle donne une interview dans le dernier New noise.


Ouch... je n'ai écouté qu'un seul morceau et pourtant je suis sur les rotules. C'est d'une intensité rare. Cathartique. Quand elle hurle, on a juste envie de hurler avec elle, encore plus fort pour... je ne sais pas vraiment en fait ! Tout bonnement impressionnant. Et éprouvant !
Merci mec(...)


Enjoy The Violence !