Electricity For The Coliseum

Rufus Bellefleur

20/10/2017

Dooweet Agency

1929. Perdu dans le gigantisme des mégalopoles Américaines, RUFUS BELLEFLEUR, le fantôme du bayou, erre dans les rues grouillantes de vie, écrit son film Hollywoodien intime, tout en composant son troisième album, Electricity for the Coliseum.

 

La naissante General Electric lui fournit toute l'énergie nécessaire pour assouvir ses fantasmes de rock-star du Krach boursier, préparer l'ascension de monstres géants sur l'Empire State Building, et accompagner le vacarme des chaînes de montage qui émergent de terre. Le son crasseux de la cigar-box guitar rencontre un hip-hop période prohibition, et distille un grunge de contrebande propre à enivrer les gangsters terrés au cœur des bas-fonds, jusqu'aux stars lointaines, cachées sur les collines d'Hollywood. C'est donc en pleine grande dépression que RUFUS BELLEFLEUR et son gang débarquent pour écouler leur StoneR'n'B, cet élixir unique, propre à réveiller les morts, comme à hanter les vivants. 

 

D’ordinaire, je ne reproduis pas les textes promotionnels, d’une parce que ça fait un peu remplissage de feignasse, et de deux, ça sert souvent à masquer un manque de créativité du côté musical. Mais dès lors que cette deuxième option devient caduque, pourquoi se priver, puisqu’en sus, ça me fait gagner quelques lignes ? Et puis, dans ce cas précis, laïus ou pas, les amateurs continueront d’amater, et les fans ne s’arrêteront pas de faner. Oui, nous parlons bien de RUFUS BELLEFLEUR au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, et de ce nouvel album haut en noir et blanc, qui une fois encore, nous plonge dans un univers personnel dont on ne s’extrait que très difficilement. Alors, je ne vais pas faire mon malin, puisque la musique se suffit à elle-même, et je ne tomberai pas dans le panégyrique excessif, en essayant de coller au plus près de ce que je viens d’entendre. Ou de ce que je crois avoir entendu. Parce qu’avec ceux-là, la prose post coïtale n’est jamais facile, tout comme écrire avec le souffle coupé et l’esprit embrumé. Metal addicts, fuyez, ici, c’est l’ouverture qui règne, et surtout, la versatilité, puisque le gang n’a aucunement renoncé à son métissage, et pioche toujours dans n’importe quel style de quoi faire usiner son imagination. Enregistré at home, une fois encore, Electricity For The Coliseum est un moyen métrage pour les oreilles, qui n’auront de cesse de vous remercier pour ce cadeau passionné. En choisissant de financer via KissKiss son nouvel effort, les comédiens/musiciens ont pris le pari de laisser les fans régler une partie de l’ardoise, dans un marché tout sauf de dupes qui leur permet de proposer l’un des LP les plus surprenants de cet automne, sans se situer dans un créneau particulier. Alors parlons-en justement, et pas en mal, forcément.

RUFUS BELLEFLEUR pour les étourdis en villégiature à l’étranger pour cinq années sabbatiques, c’est le projet annexe de deux figures bien connues de la scène du sud. Julien Cassarino (PSYKUP, MANIMAL) et Yuz (FLIGHT CASE, ERBIUM...), désireux de défricher encore plus de terrain en dehors de leurs groupes officiels respectifs ont donc lancé ce concept, vite rejoints par une équipe hétéroclite, composée de Laurent Bechad (ZOMBIE EATERS, Marcellusrex), Bérangere Sentex (FANEL) et Caroline Petriz, qui aujourd’hui atteint un stade de maturité impressionnant, à tel point que les idées bourgeonnent dans la pièce lorsque vous jouez leur disque…Toujours incapable de trancher entre Rock, Pop, Hip-Hop, Metal alternatif et tout ce qui s’ensuit, le gang donne corps à des chansons complètent folles et affranchies de toute contrainte, qui s’inspirent tout autant du Dixieland, que de l’Americana, de la tradition street du Rap, ou de la rigueur d’un Electronic Rock plutôt souple au demeurant, dans une tentative brillante de s’extirper d’un marasme créatif ambiant les collant de trop près à la réalité. Celle des faits, c’est celle de cet Electricity for the Coliseum, qui reprend les choses beaucoup plus loin que Temples, Idols And Broken Bones ne les avaient laissées, et qui se veut prolongement dans la différence, et rencontre improbable entre RUN DMC, FAITH NO MORE, MALEMORT, CARNIVAL IN COAL, les BACKSTREET BOYS, FUN LOVIN CRIMINALS, DEXY’S MIDNIGHT RUNNERS et même SIN pourquoi pas, quand le tempo se mousse pour n’amasser pas rousse. L’affaire sent-elle le roussi et l’assemblage ne tient-il que par un fil d’Ariane un peu trop fin pour lier le tout à son propre destin ? Que nenni, tout semble couler de source, comme celle des alambics qui tournaient à fond lors de la prohibition, et l’alcool musical servi par cette troupe de bars interlopes est du genre plutôt traître, qui coule en bouche mais qui enflamme les sens. Je vous laisserai de vous-même découvrir l’histoire que les troubadours nous ont concoctée, mais elle vaut le détour, et les tours de force et de magie accomplis pour lui donner corps. Sachez simplement que si la pochette est superbe, ce qu’elle cache l’est tout autant.

Je l’avoue, j’ai toujours été salement admiratif de ces artistes capables d’enregistrer de tels albums juste pour le fun. C’est très révélateur de qualités indéniables, mais aussi d’une générosité qui les pousse à partager leurs meilleures idées avec nous, sans tenter de nous refourguer des b-sides que même Michael Kiske refuserait avec mépris. Et si le potentiel de Julien et Yuz a déjà été largement entrevu lors de démonstrations antérieures, il atteint ici un point de maturation incroyable, qui laisse pantois, au fur et à mesure de ce déroulé qui nous entraîne sur la piste de personnages pas si imaginaires que ça…La folie s’impose, mais ne dénature pas des compositions solides, qui s’écoutent et s’apprécient en tant que telles, à l’image de « Iron Snake », qu’on aurait pu dénicher sur une collaboration cachée entre MARILYN MANSON et MORPHINE, avec cette distorsion grasse comme un jambon, et ce phrasé malicieux et presque enterré dans le mix. L’apport des voix féminines, bien loin de remplir le rôle de simple caution de charme, apporte une note de fraîcheur à l’ensemble, même si Caroline et Bérangère ne se font pas prier pour jouer de la moue harmonisée. Alors, on suit les pérégrinations de RUFUS dans les dédales d’une ville d’imagination, lui qui se heurte à des percussions sauvages et électriques, forcément (« Great Is My Depression »), ou à des rencontres fortuites avec des légendes à honorer de suite et de fuite (« The Exorcism of Danny De Vito », sorte de Ragga Indus Electro sans complexe). Parfois, l’ambiance prime et les dérives s’impriment, autour d’un tract Electro-Pop lâché sur le trottoir (« Wrong Direction », si les RED HOT étaient moins vieux et moins cons), et de temps à autres, c’est l’action qui déprime et qui se lance dans une valse sans hésitation entre Rap, Hardcore et Rock qui met tout le monde d’accord (« Ghost Criminal », les URBAN DANCE SQUAD et CONSOLIDATED taillent le bout de gras pour savoir qui a le plus de cicatrices sur les bras).

Final euphorique en usine à lumière qui turbine dans la nuit («In Between Two Wars »), pour un seul constat qui se pose sur la table et impose le résultat, Electricity For The Coliseum est un gigantesque chaudron dans lequel des magiciens ont versé des potions pour doser un filtre d’amour qui vous fera succomber chacun votre tour. Un album en séduction libre majeure, qui ne propose que le meilleur, pour vous extirper du pire d’une normalité qui fait fuir. Aucun respect pour les codes, et la cravate de travers, RUFUS BELLEFLEUR se repointe la bouche en cœur pour nous vendre ses salades, qu’on assaisonne d’une bonne rasade de grosse humeur, ou l’inverse, et qui nous fouette de ses accents libérateurs. Auriez-vous préféré une situation plus claire ?

Il ne fallait pas faire confiance à une équipe de monte-en-l’air de l’inspiration qui ne cherchent que le hold-up parfait de vos aspirations…


Titres de l'album:

  1. Intro
  2. Iron Snake
  3. A New Witch In Town
  4. Love With A Machine Gun
  5. Ghost Criminal
  6. Money Can Buy
  7. The Exorcism Of Danny De Vito
  8. The Night
  9. Great Is My Depression
  10. Boogeyman
  11. The Lemonade Gang
  12. Wrong Direction
  13. In Between Two Wars

Facebook officiel


par mortne2001 le 11/11/2017 à 18:06
85 %    607

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Fuzz in Champagne - épisode 2

Simony 27/11/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Archives MORTUARY

Jus de cadavre 14/11/2021

Vidéos

Chiens + Unsu + BMB

RBD 09/11/2021

Live Report

Lofofora + Verdun

RBD 01/11/2021

Live Report

Fuzz in Champagne - épisode 1

Simony 26/10/2021

Live Report

Fange + Pilori + Skullstorm

RBD 25/10/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : SUPURATION

Jus de cadavre 17/10/2021

Vidéos

Déluge + Dvne

RBD 29/09/2021

Live Report

Blood Sugar Sex Magik

mortne2001 25/09/2021

From the past

Benighted + Shaârghot + Svart Crown

RBD 22/09/2021

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
grinder92

Tant que c'est Bill Steer à la guitare, ça apportera quelque chose...Surgical et Torn ne sont pas révolutionnaires. Apportent-ils quelque chose comme avaient pu le faire Necroticism et Heartwork ? Personnellement, je ne pense pas. Fallait-il s'abstenir ? (...)

01/12/2021, 18:39

Johnny KKmetal

Oui le dernier Carcass semble diviser les gens.Même si c'est un bon disque, je suis de l'avis de Korgull en pensant qu'il n'apporte rien 

01/12/2021, 18:05

Simony

Bien sur cher Hummungus !

01/12/2021, 17:30

PORNOPUTE

Les mémoires d'un escroc ! Race maudite!

01/12/2021, 16:57

RBD

Boucherie ou pas, les avis sont tranchés en tout cas.

01/12/2021, 14:11

JOhnny KKmetal

Un grand merci à Simony pour le partage

01/12/2021, 13:50

Humungus

En son temps, pourras-tu STP annoncer dans les news la date du futur show ?

01/12/2021, 11:33

Humungus

Malheureusement pour moi, tout comme le précédent album, c'est je trouve pas assez Doom...Mais bon... C'est quand même bien torché hein.

01/12/2021, 11:29

@Arioch91

@LeMoustre, moi c'est tout l'inverse. Blood In m'a laissé de marbre complètement. Même le morceau avec Kirk Hammett ne m'a laissé rien de mémorable. Mais ce Persona Non Grata, c'est déjà mieux.Bon après... Gary(...)

01/12/2021, 08:52

Arioch91

<MAUVAISE_LANGUE>Les Mémoires de Paul Stanley ? 608 pages ?Vu tout ce qu'il a dû se sniffer, je suis surpris que ça tienne en autant de pages !

01/12/2021, 08:47

Satan

Assurément la pochette la plus chère de l'Histoire!

29/11/2021, 12:11

LeMoustre

Très déçu au final, Blood In Blood Out est tellement plus sympa que ce disque qui ne m'a fait ni chaud ni froid

29/11/2021, 11:51

dafa

quelle daube

28/11/2021, 19:47

RBD

Je suis en retard, mais c'est un document précieux pour son authenticité. Ce type d'interviews dérapantes sur des radios associatives étaient la règle à cette époque pour les groupes de cette première vague du Death français(...)

27/11/2021, 14:38

Mamoushka

Si Vivian Slaughter est UN MUSICIEN, le rédacteur est UNE TRUITE

26/11/2021, 19:05

Humungus

J'étais passé totalement à côté de cette "news"...J'aurais dû poursuivre sur ma lancée.

26/11/2021, 08:38

Humungus

Erratum : Vivian Slaughter est une femme.(C'est d'ailleurs la femme de Maniac)

26/11/2021, 08:32

Eric

Merci du plaisir d écouter cette musique

25/11/2021, 17:59

Saddam Mustaine

Meme Hellhammer a laissé les parties de Varg sur le premier album de Mayhem, le pere Mustaine c'est le mec le plus rancunier au monde mdr obligé Ellefson lui a fait une crase qu'on ignore. 

24/11/2021, 18:26

Chemikill

Oui c'est en tout cas lui qui a fait la tournée avec eux. 

24/11/2021, 14:02