Je n’en sais pas plus que vous de ce côté-là. Après tout, peut-être que quelqu’un, un jour, s’est dit que tout ça n’était pas suffisant. Que le BM, aussi abrasif et antagoniste soit-il, était un genre trop restrictif. Ou alors, tout a peut-être découlé d’une inspiration de clonage manqué, d’un créatif désireux de singer ses aînés et ses idoles, mais qui n’y est pas parvenu.

Après tout, les raisons sont multiples et la cause encore inconnue. Toujours est-il que le monstre s’épanouit, grandit, se veut polymorphe et change sa constitution au gré des inspirations. Mais le fait est que le Post-Black est en train de prendre une ampleur gigantesque, au point qu’il est devenu plus aisé de s’en repaître que de se sevrer des essences d’origines.

Alors autant s’y faire. Dans le cœur de bien des outcasts de la société musicale et philosophique, le Post Black a remplacé le Black comme seule échappatoire possible à la condescendance ambiante.

Un bien, un mal, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que de nombreux groupes se sentent au-dessus de toutes ces problématiques.

Au-dessus ? C’est justement le thème du jour, et rien n’est dû au hasard, faites-moi confiance.

Mais qu’est-ce que le Post Black ? Une dérivation, une extension, une digression, une métamorphose ? Ou tout autre chose, qui finalement, n’a plus que de très lointains rapports avec ses racines fondamentales ? Peut-être les deux, et il est possible que la clé de l’énigme nous vienne de Lituanie. Pourquoi la Lituanie plus que la Pologne ou les Etats-Unis ?

Parce que c’est de Vilnius que nous viennent les AU-DESSUS, qui justement ne sont pas du genre à se poser de questions inutiles.

Une fois de plus, Les Acteurs de L’Ombre ont attendu le bon moment pour signer un groupe hors du commun, à l’empreinte unique et au développement inique. Ils nous proposent donc en production et distribution la deuxième œuvre d’un combo assez particulier, constitué de quatre membres (Mantas – chant/basse, Simonas et Jokübas – guitare et Sarunas – batterie), qui ont déjà plus ou moins expliqué leur démarche via un premier EP/LP éponyme il y a deux ans.

Il aura donc fallu patienter vingt-quatre mois ou presque pour en découvrir la suite plus ou moins logique, qui reprend les choses là où «V » et ses six minutes et trente-six secondes les avait laissées. C’est donc très logiquement par l’entremise de « VI » que nous retrouvons ce groupe qui semble avoir gardé des attaches tenaces avec un BM coriace, même si son riff d’introduction évoque plus volontiers SAMAEL ou SHINING que MAYHEM ou EMPEROR.

Après DELUGE et PENITENCE ONIRIQUE, le catalogue de notre label d’esthètes s’enrichit donc d’une nouvelle signature qui ne vient en rien entacher la réputation des Acteurs qui peuvent s’enorgueillir d’avoir déniché une nouvelle perle, qui prouve que le Post Black, malgré cet effet de mode, ne s’essouffle pas et parvient toujours à trouver de nouvelles limites à franchir.

Et même si End Of Chapter fait la part belle à quelques mélodies maladives et harmonies tendues, sa structure reste profondément ancrée dans une tradition de violence abrasive et de densité thématique.

« Détruire des attitudes sociales ». « Provoquer un état de malaise ». «Encourager la dissonance cognitive et l’autodestruction ».

Pour quoi faire ?

Renaître de nos cendres et affronter un avenir que les AU-DESSUS se plaisent à nous décrire comme une conséquence inéluctable de notre égocentrisme incurable ? Est-ce à dire qu’en tant que spectateurs de ce triste spectacle, nous nous plaçons de nous-même en-dessous de toute capacité de jugement, devant nous abreuver des dogmes étalés par ces sept nouveaux chapitres qui tentent de nous expliquer le pourquoi du comment de notre propre déchéance ?

Possible, mais pas si important que ça finalement.

Ce qui l’est, c’est la façon qu’ont ces quatre musiciens d’arriver à leurs fins. Je parlais assez logiquement du premier segment, « VI », qui finalement résume à merveille cette affaire pas si complexe qu’elle n’en a l’air. Je ne m’engagerai pas sur le terrain de la comparaison, mais j’affirmerai que les fans de Post-Black n’auront aucun mal à reconnaitre leur style favori dans les sillons de cet End Of Chapter. Car il en respecte scrupuleusement les codes, tout en les transgressant d’un retour en arrière qui lorgne du côté du BM des origines pour trouver matière à diversifier son propos.

C’est en tout cas ce que semble indiquer la tempête rythmique et organique « VII », qui en moins de cinq minutes joue les points de soudure entre l’avant et l’après. L’ombre d’EMPEROR et de DEATHSPELL OMEGA n’est pas si loin que ça, et les geignements sourds le disputent aux riffs acerbes, tandis que le duo basse/batterie cogne un mid tempo presque accrocheur pour ne pas noyer le poisson.

« VIII » ose même une pluie torrentielle de blasts comme pour confirmer les postulats précédents, et se veut même largement plus Black que les émanations putrides des côtes Nordiques des années 90. Et même si la structure s’épaissit au fur et à mesure de l’avancée du morceau, la volonté reste la même.

Ne pas céder à la contemplation futile, mais concasser, et avancer coute que coute.     

« IX » calme le jeu avant d’en arriver aux dizaines, et ose une litanie harmonique maladive, qui profite d’une production ample et brute pour imposer sa crudité. Une fois de plus, les accents Post Bm sont prononcés, mais pas plus que la vilénie instrumentale BM qui profite de chaque interstice pour exiger une violence de circonstance. Tout en restant catchy, les AU-DESSUS multiplient les plans en équilibre tout en restant stables, et finalement, ce morceau et son thème central qui s’incruste dans les oreilles représente l’acmé de ce premier longue durée aussi surprenant que rassurant. Non, le Post BM n’est pas qu’une itération irritante et pseudo zen, non il n’est pas qu’une extension bâtarde et finalement plus Post Metal que Black Metal, il représente bien un nouveau pan de possibilités, ce que le quatuor prouve à chaque instant. Rester cohérent, attaquer sans relâche et admettre l’évidence. La société est brutale, mais l’espoir existe toujours, d’où cette cohabitation permanente entre passages en vélocité assourdissante et segments en porte-à-faux mélodique.

Les dix minutes bien tassées de « X », bien qu’élargies au-delà du raisonnable, le restent justement, et tombent sous les coups de boutoirs d’un Black terrifiant d’animosité. Riffs qui tournoient sous un ciel noir, anémie mélodique, et progression qui ose les pauses, et tente le coup d’arpèges souffreteux, avant de se soigner d’un final grandiloquent et osons le terme, « symphonique », sans pour autant verser dans le pathos.

Et si « XI » joue l’ouverture via la redondance d’un riff rappelant le FROST de Monotheist, dont il aurait pu être le meilleur morceau, « XII (End Of Chapter) » propose une conclusion logique qui une fois de plus place la destruction musicale en précepte inaliénable. La voix de Mantas (qui a signé tous les textes, l’enregistrement, le mixage et le mastering) atteint des sommets d’aphonie, avant qu’une conclusion à la puissance écrasante ne nous ramène vers le silence.

Il est tout à fait possible de résumer End Of Chapter à sa magnifique pochette signée du formidable artiste graphique Metastazis. Voir en cet album une fin en soi, qui annonce un renouveau, une renaissance. Celle d’un enfant dont la jeune âme va passer de l’autre côté et renier la souffrance, dans la beauté, mais qui paie son tribut au rameur pour en atteindre les rivages rassurants. Ne plus y voir, pour ressentir. Assumer le passé pour mieux revenir. La fin d’un chapitre, ou le commencement d’un nouveau, pour une histoire de vie et de mort dont les explications planent AU-DESSUS de nos têtes.


Titres de l'album:

  1. VI
  2. VII
  3. VIII
  4. IX
  5. X
  6. XI
  7. XII (End Of Chapter)

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 22/05/2017 à 16:49
85 %    845

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Noohmsul
membre enregistré
13/07/2017 à 18:03:23
Assez d'accord avec la chro ! J'avais écouté deux extraits (les 2 derniers morceaux) sur Youtube il y a quelques moi et avais prit une petite claque. J'avais commandé l'album dans la foulée et je n'ai aucun regret, il est excellent !
Je vais suivre ce groupe de très près, si la progression reste la même leur musique va devenir vraiment géniale.

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C'est ce que j'ai fait quand vu çà hier soir... J'en avait presque oublié cet album, avec cette basse massive.

Par contre jamais été fan de soulskinner...


Tout bonnement un de mes groupes de référence en matière de Black Metal.
Enorme perte.
Foutez vous un p'tit "Crossing the fiery path" en son honneur bordel !


En effet Mr Bungle n'en sera pas, ce qui du coup rend l'affiche bien moins alléchante voire même sans réel intérêt notable (la plupart des groupes pouvant être vus ailleurs).


Normal ça, moi pas savoir me servir de la ponctuation !
Tu as écrit : "Malheureusement, tous les groupes apparaissant sur celle-ci ne seront pas présent en 2020"... et apparemment cela devrait être le cas de Mr Bungle.


Pour surfer sur la vague du film, qui bâcle l'après 1989.


J'ai lu la news.
J'ai ri.


Pathétique, mais pas étonnant de leur part. A mon avis tout cela était planifié de très longue date...


J'adore le groupe mais ces histoires de tournée d'adieu puis de tournée de retour sont tellement ridicules. Là, avec ces conneries de contrat en plus, on touche le fond.


Désolé Buck Dancer, mais j'ai rien compris à ta phrase...


Ah ah ah !
Qui l'eût cru hein ?!
Pis cette affiche… Manque plus que RATT pour me voir combler (SIC !!!).


Belle chronique. La conclusion est superbe. Il s'agit effectivement d'un très bel album, sombre mais dont l'élan musical n'empêche pas l'espoir. Thématiquement, surtout pas musicalement, je le rapprocherai étonnamment des derniers Hangman's Chair, pour le côté urbain désespéré. J'y retrouv(...)


Humungus et MR BUNGLE dois faire partie de ces groupes qui ne seront pas présent...Ou alors des dates supplémentaires commencent à s'ajouter ? Mais d'après Patton seulement les concerts aux Etats-Unis sont prévus .


Autre précision (et de taille !), cette affiche est une pure spéculation d'il y a plus d'un mois du site Musicall.
Malheureusement, tous les groupes apparaissant sur celle-ci ne seront pas présent en 2020...


Et bien il n'est nullement question de timing dans cette news, non ?
Merci par contre pour la précision pour la journée du jeudi que je n'avais pas vu ;)


Je ne voudrais pas vous faire peur mais le festival ne se déroule pas sur 3 jours mais su 4, à savoir du 18 au 21 !
Et le timing n'est pas encore dispo, on sait juste qui jouera quel jour.

https://www.graspop.be/nl/line-up/schedule/vrijdag/


+1.


Enorme la pochette. Et l'album sans être une tuerie, s'écoute ma fois sans sourcilier...