Entheognosis

Plasmodium

29/12/2016

Satanath Records

Je vous l’avais dit il y a peu, le Black refuse de se cantonner au simple rôle d’épouvantail du passé planté au milieu d’un champ de désolation musicale pour attirer les corbeaux des ténèbres. C’est un style mouvant, qui refuse les attaches, et qui évolue, au point de se transfigurer, pour parfois perdre ses traits les plus caractéristiques et offrir un visage flou, grotesque, effrayant ou intrigant.

Un nouvel exemple de mutation nous est offert ce matin via les services des Russes de Satanath Records, qui depuis la fin 2016, distribuent le premier album des Australiens de PLASMODIUM.

Je pourrais abuser de métaphores pour décrire cet ensemble, mais le mieux est encore de laisser parler ses membres, qui offrent une description de leur vision très personnelle, et pour le moins absconse. Et en VO je vous prie, pour l’intégrité des propos.

«“PLASMODIUM exists to haunt the thresholds of outer knowledge. By means of our continuing experiments into auditory hallucinations, we have formed a vortex as a Tetrahemihexahedron. From its ghastly blazing eye the sounds of matter and time weep through the untempered schizm. It is by our will and sinew that the corruptive metageometric viral code is granted earthly form »

La traduction vous est libre évidemment, mais une chose se dégage de ce laïus pour le moins hermétique. Il est en mots ce que ce disque est en sons. Libre, complexe, décalé, excentré, et finalement, ouvert à de multiples interprétations.

Pourtant, l’adjonction d’inflexions psychédéliques est devenue chose courante dans les styles extrêmes. On commence à en avoir l’habitude, et des groupes comme PORTAL, GNAW THEIR TONGUES ou KHANATE nous ont déjà entraînés dans les dédales d’un amalgame contre nature entre violence abrasive underground et liberté d’agencement.

Pourtant, les Australiens de PLASMODIUM poussent les choses encore plus loin. A tel point qu’on pourrait les croire venus d’un autre monde, un monde qui ne serait pas régit par des règles musicales établies, par des dogmes de construction de composition agencés et cohérents.

Des quatre pistes de cet initial Entheognosis (Entheus, inspiré par une divinité, Gnosis – la connaissance), aucune ne semble devoir répondre à des critères de logique et d’évolution. Toutes résultent d’une inspiration instantanée, comme une jam infernale destinée à faire émerger des sons provenant d’un état de conscience différent, générant de fait un état altéré de perception. Somme toute, une drogue musicale qui ouvre les portes de votre esprit, et vous permet d’accéder à des niveaux supérieurs de compréhension. Compliqué, bavard, mais il faut bien tenter de percer un peu le mystère de ce Black Metal pas vraiment psychédélique, mais terriblement expérimental, et, osons le terme, « d’avant-garde ».

Le quintette (Fuath – incantations, Demoninacht – limbic chaos, Nocentor – reverberactions, Aretstikapha – conjurations et Yen Pox – warp siphon) n’a pas vraiment cherché la simplicité ni la cohérence, et s’est perdu dans ses propres limbes d’inspiration pour proposer à l’auditeur de faire ses propres choix.

Dès lors, les possibilités sont infinies. Vous pouvez prendre l’album dans son intégralité, en piocher des éléments, les réassembler, ou tout rejeter d’un bloc.

Ce qui serait évidemment dommage.

Le tout justement, peut paraître foutoir, bordel à peine organisé autour de quelques idées motrices. D’ailleurs, dès le premier morceau, « Limbic Disassociation », les dés sont jetés. Enormes riffs Sludge, lourdeur suffocante, accélérations sur tapis de blasts et chant arraché aux enfers personnels, breaks imprévisibles, extensions au-delà du raisonnable, feedback, dissonances, le tout vous conduit sur la piste d’un ad-lib lysergique dont on ne revient pas indemne, et qui laisse des séquelles psychologiques assez marquées. Une sorte de jam sans limitation d’imagination, délire bruitiste qui renvoie GNAW THEIR TONGUES et ABRUPTUM dans leur caveau figé pour mieux exploser les conventions de l’insupportable, de l’insoutenable. Et pourtant, on tient le coup, parce que quelque part, tout ceci est fascinant, et parce qu’on aimerait bien ressentir, à défaut de comprendre.

A compter qu’il y ait quelque chose à comprendre…

« Reformoculus » ose le trop plein de violence évacué à grands coups de rythmiques BM impitoyables, mais n’hésite pas non plus à y incorporer des éléments de Drone, de Progressif occulte et à secouer le tout de stridences abusives pour en accentuer la patine abrasive.

On pense à un mélange de rigidité Allemande héritée du Krautrock, d’abstraction avant-gardiste de la No-Wave poussée à son paroxysme, le tout plongé dans un grand bain d’acide Death scandinave underground des années 90.

En fait, un point de convergence déstabilisant entre l’art de perdition spatial des HAWKWIND, la déconstruction bruitiste de GNAW THEIR TONGUES, et un traitement austral très personnel de la douleur auditive sans concessions.

Un genre de voyage astral au plus profond de sa propre douleur, pour tenter d’en extraire l’essence de vie. Inextricable ?

Sans doute, et c’est tant mieux.

Et si « Hermaphrodisiac » semble se contenter d’un Drone bouillant et grouillant sur ses premières minutes, sa structure une fois de plus cède sous les coups de boutoir d’un BM malfaisant et cauchemardesque. Longs intermèdes silencieux striés de lacérations de basse et de guitares à l’agonie, rythmique en totale liberté de frappe, et chant qui s’appréhende comme une couche d’arrangements supplémentaires.

En conclusion, « Deuteromitosis », ne dévie pas de la liberté brutale, et se contente de proposer une porte de sortie fermée à clé pour mieux vous enfermer à jamais dans un monde terriblement effrayant, désoxygéné, vous poussant à faire appel à vos sens les plus primaux pour éviter une asphyxie totale…

A proprement parler, Entheognosis n’est pas un « album ». C’est une suite de sons plus ou moins organisés, un médium d’expression sans retenue, qui utilise les codes du BM, du Death, de l’avant-garde Noisy, du progressif occulte, pour tenter de poser sa philosophie sans imposer un cadre trop strict.

Chaque sensibilité étant unique, il est évident que la plupart d’entre vous rejetteront cet effort dans son ensemble, tandis que d’autres y verront un voyage étrange, chaotique, mais terriblement expressif. Une autre somme de connaissances, libre de droits.

 Ou juste cinq musiciens pas comme les autres, qui manient leurs instruments comme Janov manipulait les cris puériles de ses patients en quête de catharsis.


Titres de l'album:

  1. Limbic Disassociation
  2. Reformoculus
  3. Hermaphrodisiac
  4. Deuteromitosis

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 01/03/2017 à 09:00
68 %    1140

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Hatebreed + Crowbar

RBD 18/06/2024

Live Report

Nostromo + Nwar

RBD 03/06/2024

Live Report

Dvne + My Diligence

RBD 29/05/2024

Live Report

Anthems Of Steel VI

Simony 24/05/2024

Live Report

Pessimist + Demiurgon

RBD 14/05/2024

Live Report

Voyage au centre de la scène : ARGILE

Jus de cadavre 12/05/2024

Vidéos

Mercyless + Nervous Decay + Sekator

RBD 08/05/2024

Live Report

Birds in Row + Verdun

RBD 02/05/2024

Live Report

Hexagon Doom Tour

Simony 29/04/2024

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Orphan

Plus vraiment fan du Hellfest depuis longtemps, mais avoir Julie CHRISTMAS à l'affiche c'est royal. D'autant qu'en face c'est Metallica, donc tout les boubourses seront absent.Elle est quand meme à l'origine avec Josh Graham d'une(...)

21/06/2024, 08:55

Humungus

Je pense que DL100 causait du clip...Et là, on peut pas lui donner tort hein... ... ...

19/06/2024, 06:55

Gargan

Plutôt injuste comme commentaire, je m’attendais à qqch de super cheap alors qu’il n’en est rienet musicalement ça se tient (parfois même l’impression d’entendre du Alastis !).

18/06/2024, 22:28

Gargan

La pochette évoque un retour au sources, mais ça ne me fera pas oublier phantoms, qui reste indétrônable.

18/06/2024, 22:20

Kiss the Goat

Un renouveau dans ce qui se fait en français 

18/06/2024, 21:43

DL100

Ah ouais, quand-même... C'est hautement ridicule et pathétique là...

18/06/2024, 12:07

Gargan

Hmmm j'ai tendance à préférer cette version, c'est mal. J'ai le sentiment que c'est plus lisible et pêchu et - heureusement - le son des toms est préservé, le genre de détail qui devait persister. Vont-ils nous refaire le coup po(...)

17/06/2024, 09:04

RBD

C'est une bonne surprise. Kerry n'a eu évidemment aucun mal à bien s'entourer mais ses partenaires ont apporté une pêche supérieure aux derniers Slayer. Ce Thrash à fond est mieux inspiré que celui de "Repentless" sans(...)

16/06/2024, 18:58

Humungus

De ces deux extraits proposés, il ne ressort effectivement pas grand chose...En tous cas, beaucoup moins que sur la réédition de "Morbid visions" qui m'avait bizarrement beaucoup plu l'année dernière.En même temps, et je s(...)

16/06/2024, 08:52

Moshimosher

Franchement, très bonne surprise ! Et vraiment content pour eux qu'ils puissent continuer ! Malgré la vie, la mort continue et c'est bon !!! \m/

15/06/2024, 20:44

Arioch91

L'édition originelle est intouchable, avec un son qui lui est propre et qui l'identifie dès les premières secondes. Sans oublier ce son particulier des toms d'Igor, comme sur le Pleasure to Kill de Kreator.Avec ce réenregistrement, on est loin de (...)

15/06/2024, 19:42

Humungus

Ouais... ... ...Bah à l'écoute de ce titre, cela ressemble comme deux gouttes de foutre à NIFELHEIM hein.Et à du très bon NIFELHEIM qui plus est !De fait, étant über fan de ce groupe, j'attends cette galette avec impati(...)

15/06/2024, 09:11

Moshimosher

Bon, par contre, l'extrait me laisse dubitatif...

15/06/2024, 06:37

Moshimosher

En tant que grand fan, je suis partagé... mais bon, pourquoi pas ! Surtout que j'ai tous les albums d'Edge of Sanity (Until Eternity Ends compris) et une bonne moitié des Nightingale... donc, qui sait... s'ils sont aussi en digital, je pourrais me laisser tenter par c(...)

15/06/2024, 06:33

RBD

Les concerts ne sont qu'une partie de ce petit festival. La dernière fois il y avait des conférences, des "masterclass", un marché aux puces, etc. Ce n'est pas évoqué ici mais je m'attends à retrouver tout cela. La progra(...)

14/06/2024, 11:18

Gargan

Pas un groupe de métal « trad » pour des « états généraux », ça donne vraiment beaucoup d’envie et de crédibilité…

14/06/2024, 07:43

metalrunner

Merci pour la redécouverte Ravage in peace c est trop bon

13/06/2024, 20:13

LeMoustre

Oh la torgnole thrash !Ah oui on sent bien l'influence du Dark Fuckin' Angel période Don Doty a plein nez. Le tempo effréné, les vocalises dans l'esprit. Parfait Achat direct cash de chez cash.J'adore, tout a fait pile poil ma cam(...)

11/06/2024, 20:30

Arioch91

Écouté ce matin en mode découverte tout en bossant, pas l'idéal mais pas le choix.Au premier ressenti, j'ai pensé à un croisement endiablé entre le Darkness Descends de Dark Angel et le Pleasure to Kill de Kreator. On a connu pire (...)

11/06/2024, 12:28

Humungus

"System Shock est un sérieux prétendant au titre d’album Thrash de l’année"Itou mec !!! !!! !!!Pour ma part, je vois plus dans ce superbe album la patte des "Trois Grands Teutons" (KREATOR, DESTRUCTION &(...)

11/06/2024, 11:01