Fear

Discomfort

27/04/2018

Epidemic Records

Je suis en colère, tu es en colère, ils sont en colère. Les allemands sont en colère, les français sont en colère, les grecs sont en colère, les américains aussi, mais les italiens semblent particulièrement remontés. Oh, en surface, rien n’est pire chez eux que chez leurs voisins européens (mais un peu quand même, surtout avec une coalition de droite menée par la Ligue), et d’ailleurs, si l’envie vous prenait d’aller jouer les touristes transalpins, gageons que vous ne remarqueriez rien de particulier. Non, l’agitation est plus sourde, et plus underground puisqu’il faut bien utiliser le terme. Le peuple a peur, peur de l’avenir, celui d’une Europe qui se désagrège sous le regard impuissant d’Angela, celui d’une Europe que le gouvernement français verrait bien en start-up géante et autonome (mais sous la coupe de la BCE évidemment), et surtout celui d’une humanité qui n’en est plus que de nom, et qui se dirige tout droit vers une impasse économique et écologique. Alors, oui, ils ont des raisons d’avoir peur, tout comme nous d’ailleurs, tout comme toi, tout comme eux. Et cette peur se transforme petit à petit en rage, celle des insoumis, qui finalement, préfèrent le chaos à l’absence de révolte. Et cette révolte se manifeste de façon artistique par la pratique du coup d’état (en français dans le texte, même transposé en Italie), via la parution de pamphlets aussi virulents qu’un pavé lancé à la tronche de la répression. De fait, musicalement, c’est le bordel. Le Hardcore se taille donc la part du lion, lui qui a toujours été le moyen d’expression préféré des agitateurs salutaires. Rien d’anormal donc de constater que le nouvel album des DISCOMFORT est aussi puissant qu’une colère grondante émergeant des rangs serrés d’une manifestation.       

Les vrais savent qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai, et que Fear n’est que le fruit d’un long cheminement interne/externe. Après avoir subi les attaques justifiées de Scorn en 2013, puis de Worst en 2015, les fans se doutaient bien qu’une nouvelle étape allait les faire franchir un nouveau palier, transformant le pire en mépris, puis le mépris en peur. Et cette peur-là tient de la réaction naturelle d’un animal sauvage pris au piège d’un destin inéluctable, qu’il tente par tous les moyens d’éviter, en jetant toutes ses forces dans la bataille. Et même perdue d’avance, elle ne le sera pas sans effusion de sang, sans cris, et sans blessures infligées à l’ennemi. C’est en tout cas ce qu’essaient de nous dire ces dix nouveaux morceaux qui ne rentrent absolument pas en contradiction avec le passé, mais qui capitalisent sur son expérience pour tenter de porter la douleur à une dimension supérieure. On y retrouve l’urgence de l’ultraviolence, le chaos des coups de boutoirs portés, les estocades qui trouent les chairs, et surtout, les sons qui vrillent les tympans. Toujours à cheval entre Hardcore lourd et Chaotic Core sourd, les italiens de DISCOMFORT cherchent justement à sortir l’auditeur de sa zone de confort pour lui prouver qu’il existe une troisième voie, pas forcément diplomatique, mais beaucoup plus réaliste et concrète. Pour la dessiner, ils utilisent des éléments de Hardcore moderne, de Grind contemporain, mais aussi de Mathcore assez peu démonstratif dans le fond, pour tenter de tirer un trait d’union entre les mouvements, et concrétiser cette terreur qu’ils essaient de susciter au sein des factions opposées. Lesquelles ? La société, le mal-être ambiant, l’ordre établi, la fatalité, qui en prennent un coup, tremblent mais ne semblent pas s’effondrer.

Pourtant, l’effort est notable, dense, et impressionne. Perfectionnant encore plus leurs recettes, les italiens se rapprochent des CONVERGE, de BOTCH, mais aussi de CANDIRIA, des UNSANE, des NAILS, de CULT LEADER, des PRIMITIVE MAN, tout en lâchant quelques grimaces de circonstance aux MELVINS et à NEUROSIS, histoire d’appuyer pile là où ça fait très mal. Cette musique qui ne supporte pas vraiment la comparaison avec une quelconque pâleur de ton, assourdit, laisse alangui, presque hagard, mais terriblement conscient des réalités. On y sent la véhémence de ceux qui ne fuient pas en avant, mais qui affrontent leur époque avec les armes adéquates. Alors, beaucoup de gravité évidemment, quelques stridences pour l’inspiration, mais aussi des ralentissements, sournois, à l’image sonore de cet insidieux « Longing », placé en fin de parcours pour tester notre résistance et qui porte à ébullition la marmite mise à chauffer à blanc dès l’intro « Fear ». Dualité vocale digne d’un Grind anglais de tradition ou d’un Crust américain en unisson, guitare maladive qui lâche ses riffs les plus contradictoires, tâtant de l’épaisseur pour mieux effiler son tranchant d’impudeur, rythmique polyvalente qui se fixe parfois, pour appuyer les dires, mais qui aime l’équilibre instable de mesures qui inspirent, et le tout sonne comme un cauchemar conjoint entre toutes les références déjà énoncées, sur fond de bande sonore d’une apocalypse programmée. Quelques mélodies anémiées sont disséminées pour rappeler que l’espoir se meurt, mais qu’il halète encore de peur (« Divide », final en Némésis/Catharsis avec une simple guitare en accords de sueur qui s’époumone pour accrocher la demi-heure), mais l’essentiel s’articule autour d’une cohésion titanesque entre tous les acteurs de jeu (« Cold », entrée en matière qui juxtapose une rythmique et une ambiance purement Death à une expression nihiliste typiquement Loudcore), qui témoigne d’une vitesse qui concrétise l’urgence autour d’un Chaotic Core au corps à corps (« Unborn », bruyant, redondant, mais tellement intelligent dans ses répétitions hachées).

Et même s’ils gardent la foi (« Faith », lien entre hier et demain pour un faux rythme main dans la main), même s’ils tentent le coup du siège comme ultime désespoir (« Siege », blasts, harmonie de guitare acide, et changements fréquents pour ne pas laisser la routine s’installer), s’ils comptent les corps une fois l’aube levée pour ne pas se leurrer (« Bodies », UNSANE et BRUTAL TRUTH en infirmiers qui ne pansent aucune plaie), les DISCOMFORT finalement, ne font que matérialiser un destin funeste qui nous attend tous à l’arrivée. Un destin qui accepte la peur comme ultime motivation, mais qui connaît ses desseins aussi bien que n’importe quel oracle. Et de fait, Fear reste certainement l’implication la plus fidèle de musiciens envers leur époque, qu’ils conchient, contre laquelle ils se dressent, mais qui aura raison d’eux comme de nous. Une raison de plus d’être en colère.

                     

Titres de l’album:

                      01. Fear

                      02. Cold

                      03. Siege

                      04. Trapped

                      05. Bodies

                      06. Unborn

                      07. Faith

                      08. Deprive

                      09. Longing

                      10. Divide

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 13/06/2018 à 14:02
80 %    478

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview

Welcome To My Nightmare

mortne2001 26/12/2020

From the past

IXION : entretien avec Julien

JTDP 16/12/2020

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Kairos

Les autres membres du groupes marchent sur des braises, il n'y a qu'à lire les commentaires sur la page FB du groupe, Schaffer se fait qualifier de traitre par pas mal de monde. D'où le communiqué tiédasse du groupe, on condamne, mais on ne cite pas le p(...)

19/01/2021, 11:19

Arioch91

Pour la réaction des autres membres du groupe, soit ils ont le même type d'idées que leur frontman et publient un communiqué pour éviter de se faire gauler, soit il y a un cerveau dans la caboche de ces types et ils réagissent naturellement à u(...)

19/01/2021, 10:41

Gargan

Très pénible ce genre de commentaire culpabilisant pour les fêtes, et limiter Noel à une fête soit chrétienne, soit consumériste, c'est négliger tout un pan d'histoire et une symbolique riche, qui commence avant et se poursuit bien a(...)

19/01/2021, 10:40

Gargan

ça met surtout en lumière le clivage qui semble irréconciliable de deux Amériques, celle des villes progressistes et celle des champs, trad en parfaite opposition. Les membres restants du groupe ont une attitude très biz, ils n'osent même pas donner l(...)

19/01/2021, 10:28

KaneIsBack

Comme quoi on peut être un musicien talentueux et ne pas avoir la lumière à tous les étages...

19/01/2021, 09:20

POMAH

Vu de l'Europe ca doit être un sacré merdier...M'enfin quel con quand même.

19/01/2021, 09:13

Jus de cadavre

En effet JTDP, il va encore y avoir une histoire d'assurance la dessous. Il va falloir une "interdiction" gouvernementale officielle avant de pouvoir annuler. Si il le font d'eux même maintenant ça risque encore de poser soucis. Mais en attendant, étant don(...)

19/01/2021, 07:17

JTDP

Assez d'accord avec toi Bones. Après de toutes façons, je pense que le but de cette lettre n'est pas tant de vouloir à tout prix organiser l'édition 2021 que de forcer le gouvernement à avoir une position claire, nette et précise (je n&apos(...)

19/01/2021, 01:08

Bones

Très beau message. Mais si le tissu économique et culturel d'un pays peut-être sacrifié au nom de l'incurie à avoir su prévoir/gérer une pandémie, ce ne sont pas les soubresauts d'un festival, qui plus est de Metal, qui vont fa(...)

18/01/2021, 22:45

KaneIsBack

TL; DR

18/01/2021, 20:14

Gargan

j'ai lu "grand raoult musical". 

18/01/2021, 20:13

Simony

Oui c'est le genre de missive qui ne sert à rien. Après ils se battent pour leur job, c'est très bien mais il n'y aura rien en 2021 et même 2022 est trèèèèès hypothétique. Il faut bien comprendre que ça va (...)

18/01/2021, 18:35

metalrunner

Du vent tout ca le résultat sera clair rien nada nothing peau de zob avec une lettre ou mille;

18/01/2021, 18:27

Jus de cadavre

Clair et précis, c'est bien. Même si la ministre (ni même personne en fait) ne sera capable de répondre quoique ce soit d'utile pour le moment hélas...

18/01/2021, 18:16

Gargan

Il va être dans les listes des meilleurs albums 2021 celui-ci haha ! Le sieur Helwin aux fûts, soit dit en passant.

18/01/2021, 09:53

LeMoustre

Sympa, cette vidéo ! D'ailleurs je recommande la compile de Asshole, très complète et d'un bon niveau. Plein d'anecdotes justes comme celle sur la Fnac, par exemple. 

18/01/2021, 09:06

Bones

Vidéo très sympathique et intéressante ! Dans la bande son des années lycée, ce CYTTOYLP.  Je me vois encore trimbaler ma grosse malette de matos d'arts plastiques dans les transports en commun, sur laquelle j'avais reproduit au feutre(...)

17/01/2021, 22:07

Simony

Excellente vidéo comme d'habitude. Avec les documents d'époque, on replonge encore plus au cœur de la bête.

17/01/2021, 18:43

yaccio

bof aussi plat que d'hab'

16/01/2021, 21:13

RBD

Excellente découverte, d'un mid-tempo lourd qui fait penser aux vieux Death, à Morgoth, à Massacre et à toute la vieille Floride en général et à toutes références de Death Metal un peu lent mais inexorable. Un début de ce (...)

16/01/2021, 19:16