Ça commence comme un inédit des COAL CHAMBER période éponyme, version slave, avec un chouïa de SOAD par-dessus. Les riffs sont énormes, le chant écorché mais expressif, la rythmique échevelée, et le verbe magnifié. Et ça continue comme un délire des DILLINGER ESCAPE PLAN repris par FANTOMAS, mais joué en background par les SPINESHANK. En gros, ça vous embarque dans plein de directions différentes, sans qu’on puisse vraiment identifier le truc, et encore moins le localiser…ou presque. On sent quand même que tout ça vient de l’est, sans vraiment savoir pourquoi (enfin si, parce qu’on le sait en fait), mais on pressent surtout que c’est quelque chose de manifestement original, et entraînant, mais pas exempt de défauts. Et quand on cherche à en savoir plus, on se retrouve à faire face à une fin de non-recevoir, mis à part un Bandcamp qui ne dit rien, et une page Vk qui ne dit pas grand-chose. Mais comme j’adore ne pas dire grand-chose, je vais quand même vous répéter par écrit ce que j’ai lu avec mes yeux, et écouté avec mes oreilles. Les énigmatiques NANSEN KILLS A KITTEN viennent donc de Moscou, sont visiblement quatre (Mitia - chant, Anton - guitare et Jack - batterie, plus Oleg qui a enregistré la basse), et sont très heureux de vous présenter leur premier EP avec du chant, puisque si j’ai bien capté le truc, leur précédent (EP III, mais était-ce le troisième ?) se voulait instrumental. Ah, au fait, ce nouvel effort s’appelle Georgytch, et les mecs en gros se revendiquent d’un Hardcore chaotique tirant sur le Metalcore. Et visiblement, ou auditivement, c’est la vérité. L’autre, c’est qu’ils font un maximum de bordel en casant un maximum de figures, mélodiques, rythmiques, et tantriques, mais ça, vous vous en rendrez compte en dégustant le brouet en question.

Et croyez-moi, le machin est du genre roboratif. Il faut dire qu’il est truffé d’arrangements, de plans, de séquences, que ses travellings ne sont pas du genre à jouer le slo-mo, et qu’il parvient en à peine une grosse dizaine de minutes à laisser le chaland avec plus d’interrogations absconses que de réponses. Comme je le disais en citant quelques noms bien trempés, ces russes cherchent à noyer le poisson dans l’Absolut, et semblent en perpétuelle recherche d’absolu. Si les références usitées en premier paragraphe sont bonnes, on peut leur adjoindre les services des UNSANE, de MUSHROOMHEAD, des CONVERGE évidemment, avec quelques clins d’œil en direction de GAZA, des ZEUS, des REFUSED, mais aussi une grosse louche de l’évènementiel Irony Is A Dead Scene de la collaboration bénie DEP/Mike Patton, sans que Georgytch n’en atteigne le niveau de violence, de surprise, de turpitudes, et disons-le, de qualité schizophrène. Pourtant, le quatuor s’est donné un mal de chien pour susciter un parallèle avec les formations les plus barrées, et puisque la synthèse est une figure qui me sied, j’affirmerais que l’union la plus évoquée est donc celle illégitime entre les SOAD et DEP, pour cette folie de ton, cette irrévérence de fond, et ce bricolage noisy baston. Si tout n’est pas pertinent, tout est assez dément, et la guitare s’en donne à cœur joie en jouant dans tous les registres, des cocottes en son clair jusqu’aux riffs plombés d’enfer, estampillés Metalcore jusqu’aux mécanismes, mais bien huilés pour ne pas sonner trop opportunistes. La rythmique est elle aussi l’un des points forts du combo, qui se repose souvent sur son chaos pour avancer, tandis que le chant, très éructé aurait gagné à être modulé pour nous enchanter. Mais de fait, et parce que ceci vaut bien cela, l’ensemble sonne déroutant mais puissant, et donc apte à vous faire du rentre-dedans. Au moins pendant douze minutes.

D’ailleurs, le groupe semble apprécier la concision. Pas de morceau de plus de trois minutes, des juxtapositions en copié/collé assez fascinantes (« Cannibal Planet », je n’ai toujours pas pigé où ils avaient réussi à dénicher cette faille spatio-temporelle permettant de sauter de la planète Fusion à la galaxie Mathcore expérimental sans vieillir de cent ans en dix minutes), mais surtout, aucune restriction instrumentale, comme si les PEROPERO tapaient le bœuf avec nos CARNIVAL IN COAL, sous la supervision de nos autres COMITY. Ça braille, ça joue, ça se veut un peu avant-gardiste pour deux sous, mais ça réveille les voisins même au trente-sixième dessous (« Alien Brides Invaders », un pont central à fracasser ta grand-mère, digne d’un coït fugace entre SLIPKNOT et GNAW THEIR TONGUES). Par contre, s’ils veulent passer pour des saints, il va falloir arrêter de faire dérailler le train, de leurs explosions d’harmoniques souillées par des riffs atomiques, et de ces boucles de basses bioniques (« Iwannabesaint »), et s’ils visent la logique, stopper net l’ironie d’une sixième piste intitulée « Track 1 » (aussi Techno-Thrash que CORONER en villégiature, mais aussi bordéliquement atavique qu’un pain collé à Ben Weinman par les REFUSED). Mais je ne crois pas beaucoup me tromper en disant que la logique est le cadet de leurs soucis, puisqu’ils semblent tout autant viser le premier prix de conservatoire que le conseil de discipline pour comportement dangereusement alarmant. De très, très bons élèves méchamment dissipés, passant de classe en classe sans parvenir à se fixer, mais tirant de solides enseignements des cursus Mathcore, Metalcore, Fusion, et Avant-garde. Soit la quintessence de l’underground qui s’affirme en tant que tel, et qui fait vibrer, tout comme il peut violemment irriter. Il convient donc de ne pas choisir son camp, juste pour les emmerder, et de savourer le cocktail détonnant qu’est ce Georgytch, assurément unique sur le marché actuellement, encore hautement perfectible (stylistiquement, pas techniquement, là-dessus, les musiciens n’ont plus grand-chose à apprendre), mais déjà recommandable. Souhaitons juste un peu plus de rigueur la prochaine fois, peut-être en version longue-durée, pour ne pas trop s’éparpiller, et nous laisser plus perdus que désorientés.


Titres de l'album:

  1. Mechanical Romance
  2. Lower Than Hell
  3. Iwannabesaint
  4. Alien Brides Invaders
  5. Cannibal Planet
  6. Track 1

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 25/02/2018 à 14:09
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