Alors que je regardais hier le dernier épisode de la seconde saison de The Exorcist, je me demandais, dans un accès de fièvre, quel pourrait être le comportement d’un musicien déjà barge à la base après un cas de possession constaté par le Vatican. Deviendrait-il encore plus taré, bavant non des jets de bile fielleux mais des lignes mélodiques un peu foireuses à la face du prêtre, et lui donnant de ses nouvelles de sa sœur, qui prépare des cookies aux blettes en enfer ? La question est purement anecdotique, mais je me triturais le cerveau pour tenter d’y apporter une réponse. Demandons-nous ce qui arriverait à un Mike Patton ou un John Zorn en cas d’intrusion démoniaque dans leur organisme originel mais pas vraiment pur. Ou interrogeons-nous sur le comportement d’un des membres de GWAR en cas d’incrustation de Pazuzu dans ses neurones déjà fort agités et aux connexions synaptiques aléatoires. Le résultat serait à n’en point douter assez effrayant, mais peut-être pas si éloigné de la réalité que ça. Et puisque le débat est lancé et les exemples énoncés, extrapolons sur le sort des POLKADOT CADAVER, attachés sur un lit, et aspergés d’eau bénite. Leur corps à n’en point douter serait soumis à des convulsions, ils se mettraient sans doute à parler en langues, et leurs yeux rouleraient de plaisir face à cette roublardise paillarde laissant les officiels de l’église chancelant et choqués de tant de démence. En gros, les membres du groupe n’auraient pas un comportement foncièrement différent de celui qu’ils adoptent lorsqu’ils enregistrent un album, et ce, depuis la séparation de DOG FASHION DISCO. Et en mettant de côté la parenthèse sympathique d’EL-CREEPO, acceptons le fait que Todd Smith répandent ses idées de manière égale selon ses projets qui finalement s’unissent dans un même élan de folie, tout en gardant prise avec une lucidité altérée, puisque le bonhomme n’est quand même pas tout à fait normal…  

On connaît ses travers, depuis très longtemps, mais au sein de POLKADOT depuis 2007, et le séminal barré Purgatory Dance Party, qui plaçait la barre très haute, barre d’ailleurs qui n’est jamais redescendue depuis, et que les musiciens franchissent à chaque fois via la technique dite du « fosbury statique », qui consiste à regarder le monde en sautant sur le dos, position très pratique pour laisser le cerveau s’inonder de sang et déformer la perception. Mais qui dit nouvel album, dit nouveau concept, et cette fois ci, le trio (Todd Smith: chant/guitare/claviers, Jasan Stepp: guitare/clavier/programmation/violoncelle et Brian White: basse) nous propose de naviguer dans les méandres d’un esprit envahi d’une entité démoniaque, désireuse de se faire une place au soleil du marasme humain, en troussant quelques hymnes à la débauche sonore en passant. Ces hymnes sont toujours aussi contagieux de leur folie et de leur bonne humeur, et ce Get Possessed des CADAVER ne se distingue pas vraiment de leur production passée, mis à part le fait que ces dits morceaux sont nouveaux. Mais la technique est toujours là même, refuser les convenances, et mixer dans un même vomi les influences de MINISTRY, FAITH NO MORE, MR BUNGLE, DOG FASHION DISCO bien sûr, et une myriade d’autres accès de bordélisme aigu, apte à séduire les plus flingués d’entre vous, qui ne crachent pas sur une musicalité débridée et quelque peu ordonnée. Et oui, car chez les américains, on aime foutre le bordel, mais on aime aussi le structurer. Et quelque part, provoquer des rencontres entre le SUICIDAL TENDENCIES de « Possessed To Skate », le MINISTRY de Rio Grande Blood, et le KMFDM de « Drug Against War » fait partie de leurs prérogatives, qu’ils développent sur un truc aussi épidermique et antinomique que « Get Possessed », sorte d’Electro-Thrash Indus qui crache sur tout ce qui bouge, et qui blasphème dans les bouges. Furieux, essentiel, véreux, pluriel, les POLKADOT CADAVER ne changeront donc jamais de vision, et prendront toujours autant de plaisir à mélanger les styles pour perfectionner le leur, qui est arrivé à maturation depuis fort longtemps. Mais nous ne sommes jamais à l’abri des surprises…

Les surprises ne viennent pas forcément des rythmiques qui récitent des versets de la bible à l’envers, que l’on connaît si bien pour leur vitesse de débit et leur côté blasphématoire prononcé (« Couldn't Move Far Enough Away »), ni des arrangements électroniques qui s’acoquinent avec le malin pour lancer des invectives salaces de bon matin (« Dead Beats », entré en matière Folko-Thrash-Electro, que même Patton en pleine redescente de Frosties n’aurait pas pu produire le colon bouché), encore moins des points d’accès Punk qui rappellent que tout être possédé à tendance à retomber en enfance et faire pipi au lit (« Stewards of a Syphilitic Emperor »), et pas non plus des lyrics toujours aussi barges écrits par Todd dans une crise d’incarnation polyglotte (« Cocaine's Gone, Party's Over »), mais plutôt des rares passages mélodiques compréhensibles qui rapprochent nos olibrius aux yeux qui roulent d’un groupe presque mainstream. Oh, ne cherchez pas un morceau qui place ce postulat en exergue, il n’existe pas. Ces passages sont fugaces et la comparaison un peu culottée, mais avec un LP de la trempe de Get Possessed qui justement vous en colle une bonne, on se raccroche à ce qu’on peut pour ne pas sombrer dans un univers parallèle fait de crucifix, de jurons pas vraiment mignons, et de chœurs d’église passés à l’envers histoire de faire chier les ligues de morale. Ici, la morale de l’histoire est qu’il faut se sentir libre de faire ce que l’on veut, et peu importe si cette absence de contrainte passe par un abandon de soi au profit de l’esprit diabolique d’un démon lubrique.

Le trio n’a pas changé, et il ne changera jamais, ce que démontre « Skin In The Game », d’abord crooné, puis chanté d’une voix affirmée, et prônant une sorte de Heavy Metal branque mais presque classique, à cheval entre les SNOT et INFECTIOUS GROOVES, le tout sous supervision médicale des NOTRE DAME. Claviers envoutants, chant suave et charmant, riffs presque soft et pourtant bien méchants, et surtout, des breaks que Mike Patton aurait pu placer sur un cauchemar de ses FNM. Beau bilan non ?

Et si les enfoirés vous conseillent le lavement à l’essence, avant de vous pencher en avant pour allumer le briquet (« Gasoline Enema, Bend and Light »), c’est pour mieux profiter d’un dernier pet flambé qui va tout cramer, y compris vos poils et votre rondelle. Cette dernière des POLKADOT CADAVER tourne rond et une fois encore, ne cache rien de son professionnalisme derrière un comportement faussement potache. Le trio est toujours aussi affuté techniquement, leurs compos sont toujours aussi démentes, et même si le jeu est maintenant connu, on y participe toujours avec autant de plaisir, un peu comme la pauvre Regan qui confondait crucifix et sextoy. Et puis, les mecs sont possédés depuis longtemps pas vrai ? Alors, plus grand-chose à faire dans leur cas, sinon assister au joyeux spectacle de leur déchéance, en espérant qu’ils fassent encore pire et mieux la prochaine fois.


Titres de l'album:

  1. Dead Beats
  2. Couldn't Move Far Enough Away
  3. Powder Pink Baby Coffin
  4. Robot Assisted Suicide
  5. Get Possessed
  6. Brain Eating Amoeba
  7. Stewards of a Syphilitic Emperor
  8. Cocaine's Gone, Party's Over
  9. Skin in the Game
  10. Gasoline Enema, Bend and Light

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par mortne2001 le 02/01/2018 à 17:19
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