God of Debauchery

Seven Spires

10/09/2021

Frontiers Records

Un site anglophone a déclaré ceci :

« Durant cette pandémie, de nombreux groupes se sont repliés sur eux-mêmes, et ont pleuré ces tournées perdues. D’autres au contraire, ont profité de ce cloisonnement pour continuer à avancer et à créer ».

J’ai trouvé la formule assez malhabile, et fausse de surcroit, puisque justement, la majorité des groupes en activité ont capitalisé sur cet isolement forcé pour produire de la nouvelle musique, et même sortir des albums qu’ils ne pouvaient promouvoir. Il est donc injuste de pointer du doigt les quelques musiciens n’ayant pas eu la force de se remettre au travail, désespérés parfois de voir leur dernier album tomber aux oubliettes pour faute de promotion. Mais il est certain que ceux ayant continué à avancer ont eu bien du mérite, le flou sanitaire entourant leur avenir n’étant pas propice à une vision claire de leur carrière. Prenons exemple sur les américains de SEVEN SPIRES, qui quelques mois à peine après leur second longue-durée nous proposent déjà leur troisième, étape cruciale s’il en est. 

Emerald Seas, déjà sorti sur Frontiers en février 2020, est tombé pile au mauvais moment. Quelques semaines plus tard, la planète marchait en circuit fermé, comme les salles qui ont bloqué leurs portes à leur grand dam. Il était donc impossible pour le groupe de Boston, Massachusetts, de partir sur les routes défendre sa création, même si ce cher Donald a abordé la question de la COVID avec une légèreté désarmante. Mais un an et demi à peine après cette étape importante, le quatuor s’en revient avec un nouveau chapitre de son histoire dans ses bagages, un chapitre qu’ils pourront jouer en public, et qui risque fort de les propulser dans la dimension supérieure.

On le sait, les SEVEN SPIRES sont les musiciens de tous les excès. Leur Metal symphonique extrême ne supporte aucune restriction d’influences, et aucune limite d’inspiration. Au travers de leurs deux albums, les américains ont démontré qu’ils étaient capables de changer de masques encore plus rapidement que SLIPKNOT, et de produire une musique unique, faite d’exubérance, de versatilité, et de liberté créative. Solveig définissait encore timidement les contours du concept, mais Emerald Seas allait beaucoup plus loin, et il n’est donc pas étonnant de découvrir aujourd’hui un pavé de la taille de God of Debauchery, que les bostoniens jettent à la face des gendarmes de la pondération.

Pensez-donc, pas moins de seize morceaux pour soixante-dix-sept minutes de musique, les proportions sont progressives et dantesques, et la crainte d’une panne d’inspiration globale planait au-dessus de cette réalisation avant son écoute. Après tout, après avoir accouché d’un album un an et demi plus en amont du calendrier risquait de déclencher une poussée aux forceps, ou tout du moins une césarienne pas forcément agréable. Mais après quelques minutes et quelques morceaux, ce nouvel album se révèle dans toute sa démesure et sa richesse. Déjà fortement polymorphe, SEVEN SPIRES est maintenant une créature imprévisible, capable de se métamorphoser en groupe de Black Metal symphonique très crédible, ou en ensemble de Heavy Metal moderne pur et dur. On trouve donc de tout sur ce God of Debauchery, et finalement, une grosse partie de sa philosophie pourrait se résumer à ce titre d’ouverture monstrueux, « Gods Of Debauchery ». Tous les potards dans le rouge, une rythmique bombastic qui nettoie les rues au karcher, des riffs épais, sombres et agressifs, une tendance à fusionner les genres pour ne plus mériter que l’appellation de Metal extrême, et une mise en jambes courant à une vitesse hallucinante. Comme pressé de devenir un groupe majeur, le quatuor (Jack Kosto - guitare, Adrienne Cowan - chant/claviers, Peter Albert de Reyna - basse et Chris Dovas - batterie) a donc accéléré le pas, précipité le mouvement, et proposé à ses fans une sorte d’achèvement absolu, et de marathon sprinté.

On le sait, les musiciens se sont rencontrés sur les bancs du Berklee College of Music de Boston, comme les membres de DREAM THEATER, et finalement, les deux groupes ne sont pas si différents qu’on aimerait bien le croire. A ses débuts, DREAM THETER aimait lui aussi bousculer les codes et fusionner les styles pour s’approprier le sien, et les SEVEN SPIRES adoptent la même démarche. De fait, leur Metal protéiforme se veut dérivé du Death, du Thrash, du progressif, du Black, et se rapproche petit à petit de l’art de l’est des CHTHONIC, dont on sent l’ombre planer sur les morceaux les plus grandiloquents.

Pour l’occasion, le quatuor s’est complétement lâché, et a abandonné toute mesure et toute raison. Les morceaux, nombreux, s’étirent parfois au-delà des dix minutes (« This God Is Dead » résumé parfait du parcours du groupe de ses origines à la perfection d’aujourd’hui), mélangent la noirceur de jais et la lumière la plus aveuglante, et permettent à l’extraordinaire vocaliste Adrienne Cowan de faire étalage de ses capacités qui semblent sans limites. La chanteuse ose tout, remporte tous les défis, fait preuve d’une belle nuance dans les moments les plus sensibles, nous émeut, nous impressionne, et donne un showcase individuel dans un contexte global qui en fait l’un des interprètes les plus précieuses du circuit.

SEVEN SPIRES a très bien compris qu’une telle attaque sonique devait être agencée, et laisser des espaces positifs de respiration. Ainsi, God of Debauchery alterne le classique et le moins formel, propose des riffs incroyablement catchy sur fond d’arrangements de blockbuster (« Oceans Of Time »), se livre toujours à cette démonstration technique habilement cachée sous une épaisse couche de violence, et ose le tout pour le tout, au risque de se casser la gueule de la falaise de la prétention. Mais cette exubérance, ce culot, cette morgue font que de God of Debauchery ce qu’il, est, une démonstration de force époustouflante et presque étouffante parfois (« Gods Amongst Men », théâtral à souhait), mais persuasive, et s’achevant sur une vague de délicatesse sublime (« Fall With Me »).

Impeccablement mixé et masterisé par le maestro Sascha Paeth, God of Debauchery est une aventure peu commune, de celles qu’on ose affronter une ou deux fois par an, avec beaucoup de précautions et de respect. Et celui du à SEVEN SPIRES est proportionnel au travail accompli dans un intervalle de temps aussi court. 

    

.                                                                                                                                                                                                        

Titres de l’album:

01. Wanderer's Prayer

02. Gods Of Debauchery

03. The Cursed Muse

04. Ghost Of Yesterday

05. Lightbringer

06. Echoes Of Eternity

07. Shadow On An Endless Sea

08. Dare To Live

09. In Sickness, In Health

10. This God Is Dead

11. Oceans Of Time

12. The Unforgotten Name

13. Gods Amongst Men

14. Dreamchaser

15. Through Lifetimes

16. Fall With Me


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par mortne2001 le 07/10/2021 à 17:37
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Je trouve les idées "zombie truc" affreusement rincées mais le morceau est effectivement très bon et appétissant. 

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LeMoustre

Parfait ça. Achat direct comme prévu 

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Simony

Commande faite, je ne sais pas si notre cher Mortne2001 connait ça... C'est le Thrash que j'aime !

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Hé, JdC, je croyais que tu ne voulais plus retourner au Hellfest, ha ha !! Le covid a changé bien des choses. Nous avons tous très faim.Je ne suis pas étonné, autrement, de l'excellente impression laissée par Agressor, ça m'a fait (...)

30/06/2022, 14:55

Simony

Totalement d'accord avec toi Jus de cadavre, c'est du tout bon avec cet esprit simple et efficace que j'aime beaucoup dans ce groupe.

30/06/2022, 14:43

Jus de cadavre

Simple, basique, efficace. 

30/06/2022, 11:53

Jus de cadavre

Cette prod encore ! Un petit côté Thrash de bâtard ce titre, avec un son de tronçonneuse. Le pied.Super nouvelle en tout cas, ça sent un top de fin d'année cet album... 

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Gargan

Le petit clin d'oeil sur la police de caractères

30/06/2022, 11:35

M\'Z

Merci beaucoup pour le repartage, je mets le lien d'écoute sur toutes les plateformes digitales :

30/06/2022, 09:11

Arioch91

J'attends de découvrir tout l'album avant de passer à la caisse.Scourge of the Enthroned n'avait pas duré longtemps dans mes esgourdes.Alors j'espère que celui-ci se montrera plus passionnant.

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Buck Dancer

Je préfère quand même les clips qui se passent dans un hangar, bien plus original.Sinon, je m'en lasse pas de ce morceau. Si le reste de l'album est du même niveau, ils vont enterrer la "concurrence". 

28/06/2022, 18:44

Deathcotheque

Mauvaise traduction très certainement.Conseil à tous : utilisez DeepL au lieu de Google traduction quand vous avez besoin d'une traduction correcte.

28/06/2022, 14:49

Orphan

On ne peut que saluer le travail de cette vidéo, qui à la mérite de raconter qqchose. A l'image de ce morceau, au moins il se passe un truc dans ce clip.

28/06/2022, 11:35

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musicalement ignoble, hyper formaté et ultra prévisible. 

28/06/2022, 06:35

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Le groupe commente...Euh non en fait. C'est quoi ce charabia ? Une mauvaise traduction ou un concept complètement con à travers lequel personne ne comprendra rien ?

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Une synthèse entre un vieux Megadeth qu'on avait un peu oublié et le Megadeth récent (que personnellement j'aime bien). Super morceau!

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