Il faut se faire à cette idée, Brian Hugh Warner, avec ou sans son alter-ego MARILYN MANSON n’est plus l’homme le plus détesté ou dangereux d’Amérique depuis très longtemps. Oh, il l’a été, il y a plusieurs années, pendant quelques jours, ou semaines, lorsque son pays si puritain l’a érigé en tant qu’antéchrist auto-proclamé après la tuerie de Columbine. Mais comme ce pays se cherche toujours des boucs émissaires de facilité, je ne suis pas certain que la distinction puisse faire office de décoration. De déclaration peut-être, d’intention probablement d’ailleurs, mais à vrai dire, quel crédit à porter à des individualités pensant qu’au vingt-et-unième siècle, on doive encore arborer des ceinturons armés à la taille pour aller au supermarché ?

L’Amérique s’est inventé ses propres démons qu’elle continue d’exploiter à grands coups de millions de dollars au Cash/Box-office, et qu’on retrouve sur le petit écran, dans les rayons virtuels multimédia de la toile, et même dans sa propre iconographie, défendue à coups d’articles désapprobateurs, ou d’oscars, selon l’approche…Et finalement, dans ce cirque grandeur nature ou un entrepreneur n’ayant pas anticipé la chute des prix de l’immobilier (l’amputant ainsi d’une partie de sa fortune, mais rassurez-vous, il lui reste encore de quoi dominer le monde) fait office de sheriff de l’ordre établi, le révérend MANSON fait presque pale figure d’image d’Epinal, de celle qu’on plaque sur la table pour clore une partie de Ouija un peu ennuyeuse. Tiens, pour tout dire, et après multiples écoutes de cet Heaven Upside Down, dixième LP studio de la bête aux grands yeux, j’ai eu plus d’une fois le sentiment de regarder la dernière saison d’AHS, avec ses clowns tueurs et ses républicains rageurs.

Ce qui, en passant, n’est pas qu’une simple allusion, mais bien un demi-compliment.

Occultons s’il vous plait tous les effets de manche éventuels, de la présence d’un Johnny Depp en pleine perdition dans le clip surévalué de « Say10 » à la campagne marketing savamment élaborée. Mais souvenons-nous plutôt de plusieurs choses, plus importantes, dont son dernier album en date, ce fameux The Pale Emperor, qui l’avait replacé sous les lumières blafardes de l’actualité musicale. On ne se refait pas, et l’homme aime s’entourer, de stupre, d’amis, de filles lascives et de scandales cheap, mais concédons une fois encore que graphiquement, son comeback - si l’expression vous sied – a été graphiquement terriblement bien orchestré. Ainsi, le clip de « We Know Where You Fucking Live », démarcation intéressante de la franchise The Purge, cache un manque d’inspiration patent pour les uns, et un retour aux sources pour les autres. Les autres, ce sont les fans, les « vrais », qui attendaient tapis dans l’ombre que leur maître à dépenser lâche l’affaire de l’introspection maniérée pour revenir aux aspirations électro-Indus martiales de ses premières années, avant le choc Glam de Mechanical Animals. En considérant Hollywood, The Golden Age Of The Grotesque et Born Villain comme de sympathiques parenthèses destinées à humer l’air du passé pour ne pas respirer le souffre du présent, nous tenions en The Pale Emperor le MANSON de la maturité. Plus douloureux, moins démonstratif, il montrait l’artiste sous un jour toujours aussi excentrique, mais dans un costume enfin à sa taille, et de son âge. Mais Brian déteste les costumes et le prêt-à-porter. Il n’aime que les fanfreluches, le maquillage qui dégouline, et les grimaces de mardi-gras. Et une fois encore, il n’a pas pu résister, et s’est replié sur une enfance musicale qu’on croyait enterrée à jamais sous les immondices d’une Amérique qui se débarrasse de ses idoles d’antan pour en ériger de nouvelles. De fait, la réussite de Heaven Upside Down est mitigée. Une sorte de thérapie inversée qui ne produit pas les effets désirés. Les souvenirs remontent, mais ils sont induits par des questions orientées, et des images biaisées. Plus qu’un paradis à l’envers, c’est en enfer à moitié droit qu’il propose. Et des escaliers branlants soutenus par des rampes élastiques. Mieux, une maison des horreurs en mousse, avec un véritable tueur planqué à l’intérieur. Reste à savoir où il se cache…

Pas derrière l’écran de fumée tendu par les hits immédiats un peu faciles que sont les enfantins et puériles « Say10 » et son jeu de mot digne d’un combo Metalcore un peu lourdaud, ou « We Know Where You Fucking Live », qui s’il sait où on habite, ne risque pas la plainte pour tapage nocturne avec ses accents Indus dépassés par les évènements. Non, ces deux-là, on les garde comme friandises, ou comme cartes postales envoyées depuis les eighties pour donner des nouvelles du doppelgänger enfant de Brian Warner qui n’aime pas spécialement se voir vieillir. Pourtant, et malgré des allers retours dans sa propre mythologie, il vieillit, et se retourne pour voir s’il n’aurait pas oublié quelque chose quelque part. Il se retourne et aperçoit du coin de l’œil à lentille translucide « Revelation 12 », qui loin de l’évangile de Saint-Jean, récupère plutôt des bribes de dogme des SPOOKY KIDS, et de ce fameux pamphlet Portrait of an American Family, qui voulait transformer nos enfants en tueurs. Ou peut-être à la rigueur, lire quelques pages du manuscrit enfoui d’Antichrist, qui fit de lui la superstar d’un Metal Indus dont les oripeaux lui collent encore à la peau, elle qui s’est ridée. Non, tout ceci est prévisible, et même si le regain d’énergie comblera de folie ses défenseurs les plus accros, il n’agira que comme crystal meth de l’esprit, aussitôt ingéré, aussitôt assimilé, et retour difficile sur ses propres pieds. Ce qu’on aimait chez l’empereur pale, c’est aussi ce qu’on adorait chez le thin white duke. Cette tendance au refus de l’automutilation avec comme seule médication une acceptation du temps qui passe et des modes qui trépassent. On retrouve justement cette tendance à aller de l’avant à rebours sur le long et prophétique « Saturnalia », qui singe les aléas les plus malsains de l’ancien mentor Reznorien, avec rythmique synthétique, et dancefloor jonché de tessons de bouteille. Ici, ils ne servent plus à déchirer les chairs on stage, mais bien à rappeler que le sol le plus doux peut aussi être le son le plus dur. C’est dansant, et pourtant oppressant, comme un pays qui danse autour du cadavre de sa démocratie après avoir accusé l’étranger de l’avoir sali.

On le retrouve aussi en fin de parcours, quand MANSON, lassé de tous ces enfantillages aux tâches de sang séché, retourne fouiller dans sa personnalité de quoi nous déstabiliser un peu. Il se replonge dans les accents fardés de Mechanical Animals, troquant le gloss et le lipstick contre des arrangements atypiques, et nous joue la repentance et la démence face au miroir de la cinquantaine bien tapée. Trop vieux pour tout ce cirque ? C’est ce que le morceau éponyme semble dire, tant il s’ingénie à dépasser le stade anal des blagues de psychopathe de foire, pour enfin oser un Glam Folk usé d’électricité qu’on ne peut plus payer. C’est la version de l’Americana d’un artiste qui s’est toujours nourri des vices de ses origines pour en faire des paradis artificiels, mais qui rejoint aujourd’hui les figures de légende d’hier dont il a fini par faire partie. « Threats of Romance » enfonce un peu plus le clou dans l’œil de l’observateur, qui attend un dernier faux pas, échaudé par un « Kill4Me » à la formulation en leitmotiv d’un écho Death Glam perdu dans le temps. Il faut dire qu’aussi entêtant « Jesus Crisis » fut, il ne servait que d’énième jonction entre le MANSON groovant et le MARILYN méchant, sorti d’une boite de nuit aux seins fatigués et aux toilettes bouchées par des pensées en slogans archi-éculés. Alors, oui, ce « Threats of Romance » et sa basse trainante sur mélodie agonisante était sans doute possible la seule chute plausible à une histoire qui n’a plus rien de drôle depuis longtemps…

Je ne suis pas certain que Brian se croit encore dangereux, et je ne suis pas sûr non plus qu’il pense l’avoir été un jour. Mais ce qu’il est toujours, c’est ce reflet que l’Amérique ne veut pas voir d’elle-même. Un pays vieillissant se repliant sur sa constitution pour autoriser tous les dérapages, et lorgnant vers sa grandeur d’avant au travers des déclarations choc d’un clown triste au bronzage douteux. Les Etats-Unis se sont trouvés un nouveau Pale Emperor, et nous avons retrouvé une partie de notre MANSON en route. A votre avis, qui sort vainqueur de cette affaire ?


Titres de l'album:

  1. Revelation 12
  2. Tattooed In Reverse
  3. We Know Where You Fucking Live
  4. Say10
  5. Kill4Me
  6. Saturnalia
  7. Jesus Crisis
  8. Blood Honey
  9. Heaven Upside Down
  10. Threats of Romance

Site Officiel


par mortne2001 le 18/10/2017 à 17:05
70 %    415

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Hoover
@85.68.161.66
18/10/2017 à 21:59:30
Le grand défaut de cet album est de passer après un des sommets du groupe, l'excellent The pale emperor. La comparaison n'est pour cette raison pas très flatteuse: les meilleurs morceaux sont moins bons, les morceaux faibles sont plus nombreux (quasiment 50% vs 0%)... Quand on arrive à oublier ce constat implacable il y a quand même des choses qui marchent bien (Kill4me, Heaven upside down...), et je prends au final réellement plaisir à l'écouter quand bien même tout a été plus ou moins déjà entendu chez Manson. Bref un album sympathique pour qui apprécie ce groupe.

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Je ne suis pas sûr que ce soit de la HM-2 sur le 1er album. Tout ce qui passait au Sunlight n'avait pas toujours ce son caractéristique (Tiamat et Grave par exemple ;-) )


Ouais c'est bourré de feeling ce morceau je trouve. Cette légende (si ce n'est LA légende) du sludge n'empêche ce mec ! Et ce look de loubard qui va bien :D !


@stench: Je fais encore un paquet d'échanges à l'étranger, l'underground s'arrête pas à ta région, voir à la France :)
Tu parles de split tapes de VACARME?


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"Pas de date pour la France".....


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Sortilège, c’est les français?
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