Infernal Overdrive

White Wizzard

12/01/2018

M-theory

Il faut quand même avoir une sacrée dose de culot pour entamer son nouvel album par un démarcage à peine dissimulé du monstrueux classique du PRIEST « Painkiller ». Bon, ok, tout n’est pas pompé de A à Z, mais entre la tonitruante entrée en matière de batterie à la cuillère et le couplet qui sent bon le plagiat à plein nez, on n’est quand même pas loin de la révérence un peu trop forcée, d’autant plus que le timbre du chanteur s’amuse bien à singer les tics les plus suraigus de Rob Halford…Mais telle est la règle du jeu dans la grande partie du Heavy à tendance vintage, et on connaît très bien les qualités et travers des groupes du cru, qui n’hésitent jamais sous couvert d’hommage à piller le répertoire des grands anciens. Mais globalement, et au vu de leur talent individuel, les américains de WHITE WIZZARD n’ont pas vraiment besoin de ça pour se mettre en valeur, d’autant que le préambule en question « Infernal Overdrive » est plutôt du genre convaincant et rentre dedans. Mais c’est une des caractéristiques de ce combo éminemment sympathique, qui depuis 2007 nous rassasie de mets roboratifs, élaborés à base de fascination rythmique et mélodique de la NWOBHM, de la Second Wave of American Heavy Metal, mais aussi de la vague Speed Thrash nationale, tout autant que des élans Power européens des années 90. Le tout bien secoué nous a déjà donné trois LP, hautement recommandables, Over The Top en 2010, Flying Tigers en 2011 et The Devil's Cut en 2013, qui tardait donc à se voir accorder une suite. Cette suite, la voilà donc, sous la forme d’un revanchard Infernal Overdrive, à la pochette qui en dit long sur les intentions, et qui nous présente une grosse cylindrée prête à nous écraser, et à tout renverser sur son passage remarqué. Et tout, du lettrage du logo en passant par le trait gauche du dessin rigolo nous ramène sur les traces de la naissance du Heavy Metal moderne, celui-là même qui a déclenché tant de vocations ardentes et d’introspection hardante. Mais avec ces américains-là, il n’y a jamais de mauvaise surprise, à tel point que leurs détracteurs les plus acharnés auraient tendance à dire qu’il n’y a jamais de surprise tout court…

Et s’il est certain que ce quatrième effort longue-durée ne surprendra personne, il satisfera certainement tout le monde. Tout du moins tous les fans d’un Hard n’Heavy d’airain, qui puise sa force dans les enseignements des grands anciens. Si la patte de JUDAS et celle d’IRON MAIDEN sont les deux cautions les plus patentes, il n’est pas non plus interdit de voir de petites traces du RIOT le plus performant, ainsi que deux ou trois arguments du QUEENSRYCHE naissant sur certains morceaux entraînants (et notamment sur « Pretty May », qu’on croirait exhumé de Queen Of The Reich, repris à son compte par TRESPASS ou le MAIDEN de Paul Di’Anno), alors même que le quatuor (Wyatt "Screaming Demon" Anderson - chant, Jon Leon - guitare/basse, James J LaRue - guitare/claviers/orchestration et Dylan Marks - batterie) n’a toujours pas renoncé à ses ambitions, comme le prouve le timing de nombreuses réalisations. Il n’est en effet pas rare de tomber sur des chapitres excédant les sept ou huit minutes, tous truffés d’un maximum d’idées et d’ambiances travaillées, qui osent une ouverture progressive sur fond de Heavy Metal éthique et équitable. Il faut dire que si les musiciens sont quatre, le maître d’œuvre est toujours l’indéboulonnable Jon Leon, celui-là même qui a créé le groupe, et qui a composé la totalité de son répertoire…Et on reste admiratif devant le talent du bonhomme qui n’a jamais perdu la foi, et qui continue de nous enchanter de ses dogmes racés, qui osent parfois le lyrisme enflammé pour mieux nous emporter (« Chasing Dragons », ou comment réconcilier le RYCHE de Mindcrime, le HELLOWEEN le plus flamboyant, et le ICED EARTH le plus mordant). Précisons quand même que le compositeur/bassiste/guitariste peut s’appuyer sur un solide soliste issu de l’école baroque d’Yngwie le terrible, et qui nous inonde de soli tous plus délirants et prolixes les uns que les autres, ne tenant pas compte d’une quelconque économie de notes et crachant les sextolets fiévreux comme les dragons le feu. Certes, nous ne sommes jamais à l’abri d’un cliché ou deux, mais ça aussi fait partie du jeu, alors autant l’accepter pour mieux apprécier.

Et la tâche n’est pas difficile, tant Infernal Overdrive est évidemment beaucoup plus riche et plus varié que son titre ne le laisse supposer, et témoigne d’une ouverture d’esprit presque délicate lorsque l’épique le dispute à la retape. Ainsi, l’alliance de fragrances RAINBOW/MAIDEN du terriblement aventureux « Voyage Of The World Raiders » a de quoi ridiculiser des générations entières de dévoués à la cause True Metal, tant ce morceau aux proportions homériques passe en revue le cahier des charges sans oublier une seule figure imposée. On se croirait vraiment revenu trente ans en arrière, lorsque les groupes n’avaient d’autres contraintes que celles de leur imagination, et ce morceau tire l’album encore plus vers le haut. Mais il est loin d’être un cas isolé, puisque sur les soixante minutes de métrage, seuls neuf titres se tirent la barre et bourrent, ce qui vous garantit une certaine cohésion dans l’évolution. Et les saillies concises se font donc rares, représentant de fait une petite bouffée d’air dans un monde en apnée, qui nous immerge dans son imaginaire merveilleux, atteignant parfois des sommets d’inventivité. Ainsi, le final héroïque « The Illusions’s Tears » en représente un, avec ses onze minutes qui tiennent plus de la thérapie de groupe que de la composition individuelle. Steve Harris n’a qu’à bien se tenir, et face au talent éclatant de créateur de Jon Leon, on reste assez pantois, ébahi de ses capacités à varier le propos sans dénaturer le fond. L’homme est aussi capable d’une indéniable délicatesse, qu’il traduit par des cascades de guitares au son clair, et de lignes vocales d’une pureté à la Steve Perry. Et si ses mélodies et harmoniques évoquent avec beaucoup de flair les arabesques de Ritchie Blackmore ou les envolées de VANDENBERG, sa puissance Hard Rock ne doit rien à personne, et permet à Infernal Overdrive de s’éloigner de références trop marquées.

Mais il est impossible de passer en revue les qualités de cet album sans pointer du doigt la furie totale de « Critical Mass », plus volontiers Speed/Thrash et complètement irrésistible dans son mash-up HELLOWEEN/RIOT de Thundersteel, ou celles de l’emphatique et méchamment Hard « Cocoon », qui vous offrira une vraie cure de jeunesse de son riff éprouvé, mais toujours efficace. Une fois encore, même en version  développée, les américains ont l’interprétation acérée, et on traque sans relâche la moindre faute d’inattention ou la moindre baisse de pression, en vain bien sûr, tant les musiciens sont certains de leur fait. Et il faut dire qu’avec ce hiatus de quelques années, ils ont eu le temps de recharger, leurs batteries évidemment, mais aussi leur inspiration, et si quelques transitions se veulent un peu moins à l’unisson (« Metamorphosis » et ses circonvolutions orientales casse le moule et nous ouvre des horizons moins bétons), le tout dégage une formidable sensation de cohésion. Mais comme je le disais il faut avoir une bonne dose de culot parfois pour s’affirmer, surtout lorsqu’on cite presque dans le texte d’anciens enseignements largement répandus. Mais si l’on sait s’en détacher pour mettre en avant ses propres théories, alors l’audace paie, et c’est certainement la leçon la plus évidente à tirer de cet Infernal Overdrive qui n’a pas fini de vous emballer…


Titres de l'album:

  1. Infernal Overdrive
  2. Storm the Shores
  3. Pretty May
  4. Chasing Dragons
  5. Voyage of the Wold Raiders
  6. Critical Mass
  7. Cocoon
  8. Metamorphosis
  9. The Illusion's Tears

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 00/00/0000 à 00:00
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