Il est amusant de constater que j’ai choisi de traiter du deuxième longue durée des Français d’AKSAYA, alors qu’aujourd’hui même, mon collègue Sheb se propose de vous entretenir de leur premier album paru l’année dernière. Oui, c’est un pur hasard, mais je ne crois pas au hasard. Alors pour faire simple et consensuel, disons qu’il fait parfois très bien les choses…

Mais comme cette chronique sera publiée dans une bonne douzaine de jours, le parallèle ne vous semblera pas aussi flagrant qu’à moi…

AKSAYA donc, qui après une première démo Third War en 2013 et ce fameux K-141 publié en 2015, revient nous conter fleurette Black sur fond de flirt Death, et qui visiblement a mis les bouchées doubles en un minimum de temps pour nous démontrer qu’ils progressent à vitesse grand V, dans un créneau surchargé qui pourtant est un des plus créatifs de l’extrême.

Et extrêmes, les AKSAYA le sont, tout en gardant les deux pieds fermement ancrés dans une réalité mélodique qui leur permet de garder un lien avec le passé tout en se tournant vers l’avenir.

Sous une pochette au graphisme rappelant l’extraordinaire Ex-Machina d’Alex Garland, se cache donc un deuxième effort qui pousse encore plus loin les expérimentations de son prédécesseur, tout en changeant de thématique. Oubliés les sous-marins russes, et bonjour la science, la recherche, et l’osmose entre l’humain et « la machine ».

D’ailleurs, les auteurs résument ainsi leur entreprise conceptuelle :

« Nous oscillons entre un voyage dans des mondes interstellaires, jusqu’à ces exoplanètes, qui sont le reflet de notre salut, et des découvertes qui changeront tout, jusqu’à ces chiffres et équations qui restent cryptiques pour beaucoup, et cette « techno-médecine » qui changera le sort de l’humanité ».

Thématique récurrente depuis les années 70, et qui a inspiré une myriade de groupes s’interrogeant sur les dangers du progrès scientifique, mais aussi se raccrochant à leurs avancées pour peut-être pouvoir rêver de lendemains meilleurs, ici, ou ailleurs.

Prosaïquement, la musique du quatuor de Montargis (C.H.S – guitare & chant, F.Y – batterie, M.A.T – guitare et T.S – basse) n’a pas vraiment changé, et reste concentrée sur un mélange de Black à tendance symphonique, de Death mystique et de Heavy Metal harmonique. Mais cette fois-ci, les ingrédients ayant servi à élaborer ce second album ont été dosés avec un équilibre quasi parfait, et s’il n’y avait ce chant si connoté BM de C.H.S, nous pourrions presque assimiler le groupe à une démarcation d’un Heavy à tendance Death hautement mélodique et progressif, ce qui laisse augurer de lendemains assez surprenants. Mais nous n’en sommes pas encore là, et pour le moment, laissons notre jugement se fixer sur ce Kepler, toujours chanté en Français, et qui représente une étape importante dans le parcours de ce groupe décidemment très compétitif dans son créneau.

Comme je le précisais en amont, la direction artistique de Kepler suit une évolution logique entamée sur K-141, et si AKSAYA n’a pas trahi ses convictions d’origine, il a assoupli sa démarche pour aborder l’avenir de façon plus mélodique et moins systématique, au point de se rapprocher des plus grandes références du genre.

Les quatre musiciens n’ont pas cherché la surenchère, ayant bien compris que la course à la vitesse et à la brutalité ne les emmènerait nulle part, et on mis l’accent sur le caractère mystique d’harmonies noyées dans un magma de violence maîtrisée, à tel point qu’ils évoquent parfois le EMPEROR le plus inspiré (comprenez celui des deux premiers albums), notamment sur l’introductif « Kepler », qui ose des nappe de clavier sur fond de blasts infernaux, tout en aménageant des espaces positifs décorés d’arpèges électriques subtils.

La tendance générale s’est donc conformée au concept de cet album futuriste et pourtant ancré dans une histoire de l’humanité qui ne date pas d’hier, et si le futur ressemble à l’inspiration développée sur ce second album, gageons que notre avenir ne sera pas aussi sombre qu’il n’en a l’air.

Celui des AKSAYA semble brillant, si l’on en croit l’homogénéité de ces huit pistes qui une fois écoutées d’un trait, forment un tout parfaitement logique.

Evidemment, la voix de C.H.S n’a pas changé d’un iota et permet encore de raccrocher le groupe à cette mouvance Black dont ils semblent s’éloigner de plus en plus.

Les parties de guitares sonnent de plus en plus Heavy, abordables et malléables, tandis que la rythmique se veut de plus en plus adaptable et volubile, prête à se conformer à des structures évolutives envoutantes.

Bien sûr, certains titres gardent au chaud cette agressivité lourde qui a fait la trademark du groupe, mais qui se retrouve insérée dans un contexte progressif étonnement séduisant, comme une osmose parfaite entre la scène Néo Death scandinave et une adaptation simplifiée de nos GOJIRA nationaux (« Fractale »).

Mais ne pensez pas pour autant que les accès de rage et de fureur ont été altérés par des expériences aléatoires, et « Anomalie, Prélude à la Découverte » de démontrer que les AKSAYA n’ont rien perdu de leur talent pour assimiler BM cru et Death mélodique, à grand renfort de riffs saccadés mais harmonieux, et de breaks subtils qui interviennent de façon très logique et coulée.

Le groupe soigne même quelques intermèdes incroyablement punchy, boostés d’un Heavy vraiment prenant et entraînant (« Tau Ceti E », qui passe par X ambiances différentes sans paraître désordonné), et reste toujours dans des balises de durée étroitement placées, pour ne pas lasser.

Quelques tentatives rythmiques étonnantes (« K701.04 »), et toujours ce parallèle que les esthètes ont établi depuis le départ avec DISSECTION (« Syn 1.0 »), pour un final convaincant (« Non Morietur »), qui présente une conclusion ouverte permettant toutes les spéculations. Théâtralité assumée, chœurs robotiques étranges et mécaniques, dissonances, arythmie, tout est mis en place pour laisser les interrogations flotter quant aux prochaines expériences du groupe.

On pouvait craindre qu’avec une seule année de recul les AKSAYA ne se contentent d’une resucée améliorée de leur K-141, mais c’est en fait l’inverse qui s’est produit, et Kepler prouve par A+B que le quatuor en a encore pas mal sous le coude, et qu’il est capable de nous faire voyager aux confins de sa propre galaxie, dont les limites sont loin d’avoir été atteintes.

 Production parfaite, morceaux qui le sont tout autant, pour un trip intersidéral aussi chaotique que coulant, qui mélange BM, Death, Heavy et progressif dans un élan commun qui laisse souvent admiratif.


Titres de l'album:

  1. Kepler
  2. Laika
  3. Fractale
  4. Anomalie Prelude à la Découverte
  5. Tau Ceti E
  6. Syn 1.0
  7. K-701.04
  8. Non Morietur

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par mortne2001 le 30/12/2016 à 18:02
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