Keziah Lilith Medea (Chapter X)

Unaussprechlichen Kulten

02/06/2017

Iron Bonehead

Avec un nom pareil, difficile de savoir que nous avons affaire à de purs metalleux chiliens. On pencherait plus pour le cas de maniaques industriels allemands, et pourtant, il n’en est rien. Les UNAUSSPRECHLICHEN KULTEN sont bien originaires de Santiago du Chili, et naviguent à vue dans l’underground depuis la fin des années 90. Actifs pendant deux ans sous le patronyme de SPAWN, les hordes barbares ont soudainement changé de nom, mais pas d’optique, puisqu’ils nous servent bouillant depuis presque vingt ans le même plat épicé à base de Death sauvage, mais pas forcément primaire. Indubitablement cultes, comme leur nom l’indique, ces frappés du riff mortel et glacé osent donc continuer leur parcours sans changer d’un iota leur discours, que l’on pourrait situer dans un cadre nineties bien resserré, et qui n’a pas grand-chose à envier à tous les ténors du barreau. Ils s’en reviennent donc plaider leur propre cause via ce quatrième longue-durée, qui fait suite à Wake Up in the Night of Walpurgis en 2005, People of the Monolith en 2008 et surtout Baphomet Pan Shub-Niggurath en 2014, dont il se place en directe lignée. On y retrouve tout ce qui a toujours fait la force du combo, cet esprit frondeur, et surtout, cette fascination pour la mythologie qui leur permet donc aujourd’hui de nous proposer un concept album centré autour du thème de la féminité, obsession assez décalée pour un gang de hurleurs Death déchaînés. Mais l’ouverture d’esprit n’a jamais fait de mal à personne, surtout que le concept est en vogue en ce moment, mais pour autant, la tournure des choses est plus ou moins différente puisque les chiliens s’intéressent surtout à la perception mystique de la femme sorcière, mais ce sont sans doute eux qui en parlent le mieux :

« Ce chapitre est inspiré par les femmes, et leur persécution par l’Office Sacré durant l’Inquisition. De leur rôle essentiel dans la légende et le mythe, leur place au sein du sabbat des sorcières, et la peur viscérale qu’elles suscitaient – et qu’elles suscitent toujours – à l’humanité en tant que sorcières »

Salem, la question, le Malleus Maleficarum, la torture, les millions de femmes jetées en pâture à la haine bienpensante durant des siècles sombres, l’obsession est patente et récurrente, et sert donc de point d’ancrage à ce dixième chapitre de la saga UNAUSSPRECHLICHEN KULTEN. Keziah Lilith Medea (Chapter X) est donc le dixième tome de leur abondante aventure, et renoue avec des thèmes chers aux plus puristes des défenseurs d’un Death de tradition, celui-là même prôné par des figures de proue comme IMMOLATION, INCANTATION, MORBID ANGEL, SADISTIC INTENT, mais aussi des formations sud-américaines comme MORTEM, GODLESS, que les critiques aiment comparer à nos historiens du jour. Il est vrai que les similitudes crèvent les tympans, mais pour autant, et après une si longue carrière, les chiliens peuvent s’enorgueillir de posséder leur propre son, identifiable facilement et reconnaissable dès les premiers instants, ce qui n’est pas donné à tout le monde. On le sait, le Death est un genre figé qui fond dans le moule les plus inattentifs, ceux qui n’osent pas briser les codes et voir plus loin que le bout de leur distorsion, mais cette façon qu’à le quatuor (Herbert West – guitare, Joseph Curwen – chant/guitare, Butcher Of Christ – batterie et Namru Impetradorum Mortem – basse) de tremper sa vilénie instrumentale dans des ambiances occultes leur permet de se démarquer, et de sonner assez proche d’un Black Death sans pour autant le céder à la facilité d’une vague qui déferle depuis quelques années. Et en termes d’excellence, ils se posent là, et ce quatrième LP peut se concevoir comme un achèvement en soi tant il flirte dangereusement avec la perfection.

« Les cultes païens anciens réservaient une place centrale à la femme dans le spirituel. Cependant, dans l’Europe médiévale, l’exagération de la divinité et de la chasteté du féminin, l’exaltation de la virginité et du rôle de la mère en tant que seules options pour les femmes – à l’image de la Vierge Marie – a créé une image miroir, un principe opposé. Et de la répression de la sexualité et du déni du Soror Mystica (défini par les alchimistes comme la complétude homme/femme dans un couple et dans la recherche du sens) ont engendré une image mystérieuse, sombre et diabolique de la femme »

Nous sommes donc bien loin du catalogue de monstruosités qui d’ordinaire peuplent les cauchemars littéraires des maniaques du Death, alors obsédés des éviscérations, énucléations, et autres séances de sodomie avec du barbelé post-mortem, passez votre chemin, nous sommes ici entre gens concernés et fin lettrés, ce qui se ressent à l’écoute des pistes de ce nouvel album, qui toutefois ne sacrifie pas la brutalité à la finesse. Mais une fois encore, les chiliens nous ont réservé leur lot de surprises, en agrémentant leur folie meurtrière d’une multitude de breaks, d’ambiances et d’arrangements finement ciselés, histoire d’apporter une plus-value incroyable à leur musique. Leur Death est toujours aussi mystique, et prolonge les travaux entrepris à l’occasion de Baphomet Pan Shub-Niggurath, mais qui sont ici poussés à leur paroxysme de créativité et de violence, tout en gardant sous le coude de quoi freiner dans les virages les plus serrés. On retrouve donc ces combinaisons imparables de passages tout en bestialité de stupre sanglant, et ces breaks en lourdeur suffocante, qui forment une fois assemblés une symphonie orgiaque stimulant les sens de ceux qui ont connu les débuts du style, et surtout, ses premières avancées. Même en cherchant la petite bête, je ne vois rien à reprocher de tangible au quatuor de Santiago, qui a encore une fois bien relu sa copie avant de la rendre, et qui signe là un des LP les plus terrifiants de cette année en termes de Death intelligent et mystique, soignant des parties de guitare redoutablement précises et soumises à des humeurs harmoniques. Mais lorsque le ton l’exige, les UNAUSSPRECHLICHEN KULTEN n’hésitent pas à fricoter avec les meilleurs réflexes d’un MORBID ANGEL des débuts, sans pour autant réprimer leur fascination pour une version extrême d’IMMOLATION, qui aurait trempé son pal dans un marigot de sang BM (« The Mark of the Devil »).

Comme vous le constatez, le sans-faute est proche, et même touché du doigt. De l’intro « Unholy Abjuration of Faith » et son entame en touches de synthé sobres mais flippantes, jusqu’à « Lujuria Carnal con Incubos » qui en reprend le principe pour boucler la boucle, Keziah Lilith Medea (Chapter X) joue le jeu de l’outrance en substance, pour mieux imposer son contexte pluriel et complexe au sein d’un cadre moins figé que d’ordinaire. De là, peu importe que les frontières entre le BM et le Death soient régulièrement foulées du pied, puisque les musiciens le font en toute conscience, et sans pour autant tourner le dos à leur éthique de base. Doté en sus d’une énorme production qui donne toute son ampleur aux arrangements sans le sacrifier à la véhémence globale, ce quatrième LP est un coup de maître, et une jolie révérence/référence au pouvoir et à l’importance des femmes, sacrifiées sur l’autel du monothéisme global, mais qui retrouvent ici leur position centrale essentielle et fondamentale. Leur pouvoir a toujours fait peur, et la musique des UNAUSSPRECHLICHEN KULTEN retranscrit à merveille la menace qu’il a toujours représenté à la virilité masculine. Un album burné pour un respect féminisé, le paradoxe n’est pas sans saveur.


Titres de l'album:

  1. Unholy Abjuration of Faith
  2. The Woman, the Devil and God's Permit
  3. Dentro del Círculo
  4. Firma el Libro de la Muerte
  5. Sacrificio Infanticida
  6. Sabbatical Offering
  7. The Mark of the Devil
  8. Lujuria Carnal con Incubos

Facebook officiel


par mortne2001 le 27/12/2017 à 14:52
85 %    459

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

TEMNEIN

youpimatin 10/08/2020

Down 2009

RBD 08/08/2020

Universe

mortne2001 29/07/2020

F.F.W.

mortne2001 27/07/2020

Tiamat 2010

RBD 26/07/2020

Créda Beaducwealm

mortne2001 24/07/2020

Les Enfants du Cimetière

mortne2001 20/07/2020

Concerts à 7 jours
Wormrot + Trepan Dead + Mucus 18/08 : La Brat Cave, Lille (59)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Raumsog

Le nom tout droit sorti du diable vauvert! Toujours surpris de voir que certains groupes arrivent à se reformer 20 ans plus tard et composer (quasiment) le même style que dans le passé (ce n'est absolument pas une critique).

Le morceau est cool sinon! Je vais replonger dans leur disc(...)

13/08/2020, 10:04

Simony

Décidément ce titre de BENEDICTION donne vraiment envie d'en entendre plus. Classique mais efficace.

11/08/2020, 21:21

Moshimosher

Une bien triste nouvelle... RIP... :(

11/08/2020, 21:13

LeMoustre

Hâte d'en ecouter plus. Ramenez nous Sabbat et Deathrow et on sera comblés.

11/08/2020, 12:13

Kerry King

Dommage aussi cette histoire qu'il ne soit plus avec Entombed mais sous Entombed A.D.

D'ailleurs que devient Entombed de Hellid ? LG reste le membre charismatique du groupe pour moi.

10/08/2020, 22:03

Kerry King

Une légende. RIP.

10/08/2020, 21:59

Gargan

Riffs hypnotiques, chant excellent, merci pour la découverte.

10/08/2020, 13:36

Humungus

Phil is god.

10/08/2020, 10:38

Humungus

Pour l'avoir croisé back stage il y a quelques années, je confirme que ce type est la gentillesse même.

10/08/2020, 10:36

adq

En meme temps en piccolant et se shootant non stop c'est quasi inevitable maheureusement,,,

10/08/2020, 10:30

adq

connais pas mais merci pour la news people

10/08/2020, 10:28

Raumsog

Ouch c'est dur ça... Outre la carrière qu'on lui connaît, le type a quand même l'air foncièrement hyper sympa donc vraiment bonne chance à lui, "get the damn deal done" comme il dit!

10/08/2020, 09:26

LeMoustre

Entre lui et le cancer de LG Petrov, quelle tristesse.

10/08/2020, 08:57

Nubowsky

Quel dégoût..

10/08/2020, 07:11

Kerry King

Putain de chanteur LG ! La famille Metal est avec lui !

10/08/2020, 00:23

RBD

Tout à fait en phase avec cette présentation ! J'ai découvert le groupe avec cet album et j'ai été conquis. Je l'ai pris plutôt comme du Death Sludge à la Ulcerate et compagnie, dans une version plus accessible que les autres classiques de ce style que le groupe rejoint dès ce coup de maîtr(...)

09/08/2020, 22:50

RBD

Belle histoire dans cette épouvantable tragédie. Il doit y en avoir d'autres. Nervecell est un très bon groupe de Death brutal que je suis depuis leur premier disque.

09/08/2020, 21:53

RBD

Allons bon ! Tous nos voeux de force et de rétablissement.

09/08/2020, 21:47

Buck Dancer

J'ai d'abord eu peur en pensant qu'il était décédé, et vu ma réaction cela m'aurait fait un vrai choc, mais bien mauvaise nouvelle.
Allez LG, nique lui sa gueule à ce putain de cancer.

09/08/2020, 20:17

Buck Dancer

Vu en 2012 au Bataclan et j'ai pris un pied énorme. Et au contraire de toi RBD, j'ai eu cette sensation de spontanéité, qui manque cruellement a 99% des groupes metal que j'écoute. Phil hésitait pas à stoppé un morceau en plein milieu, pour mieux le recommencer ensuite, parce que le public ne(...)

09/08/2020, 16:32