Dites-moi, entre nous et en toute confidence, vous l’aimez comment votre Black Metal ? Puriste, violent, dans la lignée d’un MARDUK, ou légèrement déviant comme MAYHEM ? A l’Allemande, rugueux, impitoyable ? A la française, âpre mais créatif et presque avant-gardiste ? Avec une production énorme, qui fait trembler la double grosse caisse et vrombir la basse ? Pro ? Amateur ? CD ? Démo ? Ou alors, complètement lo-fi, d’obédience Punk, enregistré dans la buanderie d’un pote dont la grand-mère a bien voulu vous faire profiter entre deux lessives ? Si cette dernière option reste votre passion, alors jetez-vous sans attendre sur le premier album d’un trio nordique, qui en quarante minutes fait le tour de la question low-budget sans prendre vos oreilles pour des soutes low-cost de voyage risqué au-dessus du Danemark. Et il est justement très difficile de sonner raw sans passer pour un idiot incapable de faire la différence entre un SM58 et un casque-micro de PC déniché dans une brocante, car le feeling doit être là, mais le rendu aussi, sinon, le projet tombe vite dans les excès d’une régurgitation difficile déguisée en messe noire avec lames de rasoirs émoussées qui ne ferait même pas de mal à un poignet éponge de tennisman. Or, les BLOT & BOD ont complètement compris la différence entre amateurisme irrationnel et éthique plurielle, puisque leur premier album, Ligæder est en passe de devenir l’une des pierres angulaires du genre en quarante-deux minutes seulement, grâce à une créativité et une puissance conjointes qui relèguent la majorité des efforts du cru au rang de simples maquettes destinées à faire peur à sa petite sœur. Plus concrètement, BLOT & BOD est un trio, Jøran Elvestad et les frangins Erik et Jesper Bagger Hviid, soit un norvégien et deux danois, fermement ancrés dans leur culture, et avides de patrimoine historique comme de bruit ésotérique. S’inscrivant dans le cercle très fermé du Korpsånd circle danois, sorte d’équivalent à nos Légions Noires nationales, ces trois musiciens proposent donc leur propre version d’un BM très rude, mais diablement corrosif, qui rappelle les pires/meilleures exactions de leur pays, sans jamais prendre l’auditeur éventuel pour un abruti.

Et c’est très légitimement que le label allemand Iron Bonehead s’est empressé de rééditer en vinyle leur premier album, déjà sorti en tirage très limité tape sur Fallow Field, maison de disques américaine. Les quelques dizaines d’exemplaires ayant très rapidement trouvé acquéreur, il convenait de procurer aux frustrés de quoi apprécier l’œuvre en question, qui se réclame d’une brutalité ouverte et d’un minimalisme d’effets notable. Une fois encore enregistré dans les studios de la célèbre salle Mayhem de Copenhague, qui a ouvert ses portes à l’extrême en 2009 et qui demeure le haut lieu du chaos danois, Ligæder, ce LP résolument atypique s’intéresse donc à la mythologie nordique, au travers des prismes norvégien et danois, s’exprimant chacun dans sa langue naturelle et permettant aux trois vocalistes de donner de la gorge, chacun ayant un timbre différent, mais évidemment gravissime. Constitué de douze pistes, ce voyage aux confins du passé permet au groupe de planter le décor, mais aussi d’offrir une incarnation musicale à la mythologie, ce que l’intro « Kom i hu » et l’outro « Erindring », censées représenter les deux corbeaux d’Odin prouvent de leurs mélodies amères. Et entre les deux, des défaites, des victoires, des déchéances et la mort, la rébellion et la rédemption, en dix morceaux faisant la part belle à un nihilisme artistique fascinant, cohérent, mais aussi difficile d’approche, puisque affilié de fait à un BM vraiment sauvage, basique, avec cette touche Punk qui caractérisait les premiers conquérants du style. Pas question ici de subterfuges, d’effets de manche, juste des instruments conventionnels, une guitare, une section rythmique et plusieurs voix, pour un dédale de riffs tous plus laids et poisseux les uns que les autres, et une ambiance globale sépulcrale qui le confine à la misanthropie la plus absolue. En gros, un album qui donne le sentiment d’avoir été enregistré dans une caverne oubliée de l’histoire, par trois primitifs découvrant les joies de la pratique instrumentale, mais déjà dotés d’une sensibilité artistique guerrière et impitoyable. Soit la quintessence d’un BM vraiment dur, qui ne cherche aucun compromis, mais qui prend quand même la peine de travailler sa copie.

Et cette copie, aussi souillée soit-elle, est truffée de riffs catchy, de trouvailles rythmiques inventives, et de lignes vocales vraiment répulsives. Pour employer une image assez parlante, situons le MAYHEM de Deathcrush dans un environnement plus sud-américain que norvégien, et transposons le tout dans un vocabulaire horrifique dont le DARKTHRONE le plus malsain et le REVENGE le moins introverti seraient les gardiens du temple. A savoir, une suite d’histoires toutes plus sombres les unes que les autres, entachées de sang, de tripes, d’honneur et de fatalisme, de violence et de fierté, sous couvert d’un barouf à rendre dingues les plus ardents défenseurs de la cause lo-fi, qui auraient trouvé là un narrateur à la hauteur de leur dégoût de l’humanité. Pour autant point de facilité chez les BLOT & BOD, qui s’ils incarnent le cauchemar absolu des admirateurs du BM symphonique n’en sont pas des incapables pour autant. Car si le son global est aussi étouffé qu’une vieille cassette exhumée des tiroirs de Deathlike Silence, et si le désir intrinsèque de provoquer est à peu près aussi anti-mosh que les réalisations initiales du légendaire label, le tout tient debout, mais vous prend à la gorge dès ses premières mesures, pour ne laisser planer aucun doute. Rapide, mais aussi glauque et poisseux, le Black distillé par Ligæder empeste les pièces scellées depuis des années, la moisissure, l’humidité teintée de salpêtre coulant sur des murs décatis, mais rugit d’une colère ravalée, et dévale de ses blasts naturels et de ses échos analogiques la pente la plus abrupte de la violence crue.

Intelligemment tronçonné en segments de durées diverses, ce premier LP est d’une franchise inouïe, ce que le premier véritable morceau « Ul » définit de sa distorsion excessive en quatre minutes. Bestial, mais toujours musical, emphatique mais dogmatique, ce regard sur une musique qui a pourtant déjà tout dit en une centaine de versions différentes et contradictoires est pertinent, très personnel, et sans limites ni contraintes. On y retrouve même des accès de Metal extrême des années 80, underground évidemment, et très Punk, à l’image de l’oppressant mais direct « Auga », qui en profite pour refourguer l’un des riffs les plus crades depuis les premiers jets de DEAD CONGREGATION ou SORTILEGIA. Ce morceau donne en outre un aperçu de la complémentarité des trois voix, qui se répercutent en un écho assourdissant, avant que l’implacable « Blodstænkte Fjer » ne repousse les limites en violant le Crust le plus infâme de ses perversions raw. Nous sommes même honorés de quelques prises à revers ultrarapides et atroces (« Når ulven Glammer », une minute et quarante-et-une secondes d’infamie bruitiste concentrique), et de pics d’intensité travestissant la distorsion en ronflement indistinct (« Væk døde Mænd »). Voilà donc tout ce que l’on peut dire sur ce manifeste de nihilisme musical qu’est Ligæder, même si d’autres pistes comparatives seraient sans doute exploitables. Mais la meilleure conclusion est offerte de façon promotionnelle par le label lui-même, qui affirme en toute honnêteté que le chaos provoqué par les BLOT & BOD is the heaviest primitive black metal you'll hear.            

  

Titres de l'album :

                          1.Kom i Hu

                          2.Ul

                          3.Auga

                          4.Blodstænkte Fjer

                          5.Sindet Styrter

                          6.Mit Blodbad

                          7.Bær Lig

                          8.Velt din gud

                          9.Når ulven Glammer

                          10.Væk døde Mænd

                          11.Ravne

                          12.Erindring

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par mortne2001 le 24/02/2019 à 18:02
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