S’il se passe des trucs louches dans votre quartier, si vous voyez un truc bizarre mais que vous avez peur de regarder, si un homme invisible a la tête sur votre oreiller, ou si le Hard-Rock d’aujourd’hui vous semble sommeiller, qu’allez-vous faire ? Appeler les Ghostbusters ? C’est une possibilité, mais je vous en conseille une autre, écouter les BLOCK BUSTER. BLOCK BUSTER, un drôle de nom pour un drôle de groupe, qui ne casse pas des cailloux à Cayenne, qui ne se prend pas pour un film avec Tom Cruise ou Chris Hemsworth, mais qui visiblement souhaite laisser son empreinte dans le sol neigeux de l’histoire musicale nordique. Tâche difficile s’il en est, puisque tous les spécialistes vous le diront. Les norvégiens, suédois, danois et finlandais se prennent pour les rois de Zanzibar depuis quelques années, avec raison tant leur musique domine de la croche et du mi la production mondiale, bien tiède en comparaison. Généralement, les gens du Nord se concentrent sur une forme très personnelle de nostalgie, rattrapant le temps perdu dans les eighties ou les nineties pour imposer leur propre décennie qui va à force dépasser les balises de la dizaine et aboutir non à un simple phénomène de mode, mais bien à une suprématie que personne ne pourra leur contester. De leur côté, les BLOCK BUSTER assument leurs tendances passéistes, mais refusent d’y être cantonnés. Ils acceptent le legs et les regards en arrière, mais savent aussi pédaler sur les chemins du présent. D’ailleurs, ils n’hésitent pas à affirmer qu’ils se sentent très contemporains, malgré une éducation Classic Rock très poussée, et que leur unique but est de sonner frais, et surtout, uniques. Nous en venant de Kuopio, le quartet (Aarni Metsäpelto - chant/guitare

Jaakko Metsäpelto - batterie, Elias Salo - guitare et Joonas Arppe - basse) se retrouve donc aujourd’hui avec son destin entre les mains des transalpins de Frontiers, jamais les derniers à défendre un Hard-Rock de qualité. D’ailleurs, le label italien a mis le paquet en termes de promotion histoire d’offrir à ses nouveaux poulains le destin qu’ils méritent.

Mais lequel ? Celui qui leur permettra enfin d’oublier ces dix années à préparer leur grand soir sans avoir la possibilité de graver leur musique sur disque. Fondé en 2009, le groupe sort enfin son premier album, ce Losing Gravity qui défie Newton sur le terrain de la pomme sans convoquer les BEATLES aux agapes, mais en citant quand même quelques autres références qui balisent leur inspiration. Leur label n’est d’ailleurs pas avare de comparaison, et celle utilisée sur le formulaire promotionnel est assez culottée. J’en reprends d’ailleurs le contenu par amour de la formule, qui s’avère largement assez corsée pour être citée in extenso : « Le meilleur moyen de décrire leur musique est celui-ci : prenez AC/DC et MOTORHEAD, épicez le tout avec du EXTREME et du BON JOVI, le côté le plus âpre des ROLLING STONES, jetez-y l’énergie de la nouvelle génération des AIRBOURNE et THE DARKNESS, saupoudrez le tout d’une vibration moderne, et vous obtiendrez Losing Gravity ». Jugement à l’emporte-pièce légèrement excessif et subjectif sur les bords ? Oui, admettons-le, mais en partie vrai, puisque l’énergie des finlandais fait vraiment plaisir à entendre, et sans reprendre toutes les influences citées par leur label un peu trop euphorique, leur musique ressemble quand même à un gigantesque crossover entre des influences diverses…Pour être honnête, disons que ce premier album utilise la trame classique du Rock et Hard Rock des années 70, trame sur laquelle il brode des thèmes plus modernes qui rappellent évidemment THE DARKNESS, mais surtout les THE STRUTS, et que le tout ressemble à s’y méprendre à un standard des années 80 remis au goût d’une journée ensoleillée et propice à la fête. Loin de se borner à copier ses aînés, le quatuor imprime son ADN sur des compositions énergiques, festives au possible, qui donnent clairement envie de faire la fête et de secouer sa tignasse pour mettre des pellicules partout.

Pour faire plus simple et concentrer les idées, les BLOCK BUSTER sont des gens qui ne se prennent pas les pieds dans le tapis à essayer de voler l’argenterie, et qui conçoivent le Rock tel qu’il devrait toujours être conçu. Simple, mais fouillé, un peu stupide, mais terriblement intelligent dans sa lucidité de légèreté. On le sent d’ailleurs dès le hit d’entame « Out In The City », qui sonne comme un chart buster des années 80 relooké énergie 2K, un truc que les FASTER PUSSYCAT ou les ZODIAC MNDWARP auraient pu entonner de concert en rendant hommage aux frères Young. La guitare est omniprésente, en rythmique comme en solo, le duo basse/batterie cogne sans chercher les fioritures, et le chant d’Aarni Metsäpelto a ce petit détachement en moue boudeuse qui en fait le clone finlandais parfait d’un Mick Jagger en pleine crise de priapisme vocal. Tout ça roule donc sur du velours, sonne aussi anglais qu’américain ou finlandais, mais nous contamine surtout de sa bonne humeur immédiate. De là, les quatre musiciens passent en revue toute les nuances du Rock de ces trente dernières années, jouant parfois la discrétion chaloupée sur fond de Hard bien tassé (« Gone By The Morning »), déhanchent comme EXTREME pour mieux rappeler le purisme des KIX, tout en respectant la tradition nordique qui interdit formellement d’enregistrer un titre faible. Oui, sur les onze morceaux que contient ce premier jet, aucun n’est à jeter, mais ça devient une norme au moment de juger de la pertinence d’un disque venu de Suède ou de Finlande…

Alors, que l’énergie soit lâchée en vapeur de binaire frondeur (« Flammable »), que les syncopes unissent dans un même désir le stupre d’AEROSMITH et la luxure de LOVE/HATE (« Back From The Shadows »), que le title-track soit l’un des plus apaisés du lot, un peu BLACK CROWES, un peu UGLY KID JOE, un peu SLAUGHTER (« Losing Gravity »), la vérité juvénile est de mise, et la science efficiente Rock n’Pop aussi. Les BLOCK BUSTER confirment qu’il se passe vraiment quelque chose de surnaturel au nord de l’Europe, que les musiciens locaux ont trouvé le secret de la salsepareille, et qu’ils sont donc capables de synthétiser tous les aspects du Rock anglais pour les faire leurs (« Sweet Mary Jane », un petit quelque chose que les STRUTS pourraient leur envier). Un peu d’émotion virile mais tendre (« Would You Do It Again »), des chœurs collégiaux sur fond de slap nineties et de riff à la EXTREME (« Move »), et Losing Gravity de vous faire flotter dans l’espace et le temps, à la recherche de celui perdu que ces damnés finlandais ont retrouvé. Un disque simple, honnête, mais diablement créatif et roublard dans sa façon d’accommoder des restes à la sauce perso et alléchante, et une entrée en matière qui ne laisse planer aucun doute sur les ambitions. Inutile alors de sortir votre aspirateur à ectoplasme pour vous débarrasser de ce groove envahissant, puisque les BLOCK BUSTER ne sont pas du genre méchant. De gentils esprits Rock frappeurs, qui veulent vous faire danser et groover, et (c)hanter seul à tue-tête devant votre télé.      

   

Titres de l’album :

                           1.Out In The City

                           2.Gone By The Morning

                           3.Flammable

                           4.Back From The Shadows

                           5.Losing Gravity

                           6.Sweet Mary Jane

                           7.Somebody To Shock Me

                           8.Walking Like A Dog

                           9.Move

                           10.Would You Do It Again

                           11.Bulletproof (Bonus Track)

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par mortne2001 le 22/09/2019 à 17:56
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Tellement mauvais et tellement drôle à la fois qu'on leur accorde l'indifférence avec mansuétude.


"quand on veut écouter du vieux Death Metal qui schlingue la gerbe et la bile, on se coltine un vieil INCANTATION, un des premiers BOLT THROWER, et vogue la gerbe le long du canapé"
:D !


Ah et puis Sieur Simony, je n'ai pas pu attendre votre fameux crédit à si faible taux...
Ma pré-commande est déjà passée.


Titre plus que prometteur en effet !