Inutile de tourner autour du pot, on le sait d’avance, les one-man-band lo-fi dans le BM sont souvent le ver qui infeste le fruit. Véritable excuse à un manque d’autodiscipline, complaisance de fond qui peine à masquer une pauvreté d’inspiration au nom de « l’éthique », instrumentation pauvre, production inexistante, la pollution est telle qu’il devient difficile de trouver un concept qui vaille la peine d’être abordé. Mais heureusement, certains artistes, dans leur coin, travailleur leur sujet pour proposer autre chose que de pauvres démos destinées à flatter les bas instincts de réfractaires au solfège et à l’intelligence. Il est donc facile de ranger dans la catégorie des véritables créateurs le projet WINDHELM, mené de gant solitaire depuis 2016 par Aldric (évoluant aussi seul au sein de son autre groupe KALDT HELVETE), qui en une poignée d’années est parvenu à trouver assez d’inspiration pour signer trois longue-durée, dont ce petit dernier, peaufiné depuis l’année dernière, Lugubre. Et lugubre, cet album l’est, puisque outre un BM assez raw et lancinant, il propose un Ambient mélodique mais oppressant, collant parfaitement à la thématique choisie. Laquelle ? Celle du cycle de la vie, qu’il décline en trois chapitres, tous empreints d’une atmosphère différente. En premier lieu, la dégénérescence, et les ténèbres qui étalent leur emprise sur le monde, avec leur lot de fléaux, dont la pauvreté, le repli sur soi, le rejet des valeurs. Puis la nuit, ou plus exactement la fin de la civilisation telle que nous la connaissons, avec l’extinction de la race humaine, pour terminer sur la renaissance d’un autre monde, moins égoïste, et plus en phase avec la nature. Un concept humaniste, légèrement nihiliste sur les bords, mais qui a le mérite d’être concret et de nous éloigner des sempiternelles obsessions du style et autres manies sataniques pour public adolescent.

Musicalement, l’auteur ne s’éloigne pas de ses influences d’origine, et continue de proposer un BM âpre et poisseux, parfois mâtiné d’accalmies mélodiques, mais qui garde tout son potentiel de puissance. On reconnaît dès les premières notes le style de WINDHELM, souvent lent et oppressant, parfois rapide, très même, puisque les morceaux violents font partie des plus véhéments de son répertoire. Si la production, at home, est encore une fois fluctuante, avec des pertes de dynamique et une guitare qui semble geindre pour réclamer un meilleur mixage, le tout reste cohérent en diable, et oppose la violence la plus crue au fatalisme le plus avoué, et nous entraîne sur la piste d’un Black très influencé par l’ancienne génération nordique, MAYHEM (des débuts s’entend, et jusqu’à De Mysteriis) et DARKTHRONE en tête de liste. Mais les références aux scènes française et canadienne sont aussi patentes, spécialement sur les morceaux les plus nuancés, qui mettent en avant un chant terriblement rauque et sous-mixé, et des guitares dures comme un hiver glacial. Ce qui frappe au-delà de l’effort consenti au niveau créatif, c’est la pertinence du propos, et la solidité des morceaux, qui loin d’être de simples prétextes à la débauche et au minimalisme, sont ordonnés, agencés, tout en respectant une spontanéité que les riffs directs soulignent avec une morgue assez justifiée. Et de fait, l’auteur a de quoi être fier de ce troisième longue-durée, qui s’il ne fait que prolonger les idées déjà émises sur les deux premiers, explore d’autres pistes qui nous portent à croire qu’Aldric a encore pas mal de choses à dire et à proposer.

Et si ses morceaux sont toujours aussi longs, ça n’est pas une excuse pour proposer un unique plan ad nauseam ou pour broder sur du vide. Ainsi, l’impeccable « Les Funérailles D'un Chêne » nous offre une vision assez complète du BM de tradition, avec son mélange de distorsion excessive et d’arpèges acides, que le son densifie encore plus pour en accentuer la mélancolie. Cette mélancolie est tangible même sur les inserts les plus brutaux, avec toujours une harmonie même rachitique qui traîne en arrière-plan, comme le fantôme d’une humanité qui aimerait bien renaître. D’un autre côté, le premier véritable morceau de l’album, « Quand La Nuit Emporte La Vie » développe après une intro digne du grand MAYHEM un propos beaucoup plus brutal et viscéral, sans se montrer moins intéressant pour autant, et rappelant même la naissance de la scène extrême européenne des années 80, avec les éternels BATHORY et HELLHAMMER en tête de liste. En rebondissant constamment sur ses propres idées, Aldric propose un album qui certes porte encore des stigmates d’amateurisme, notamment au niveau de la mise en place rythmique, pas toujours carrée, mais qui se montre culotté et intrigant, et parfois même mystique, sur « L’éternité », qui jongle entre des arpèges en son clair et un tempo très relevé, pour mettre en avant un chant très étouffé à la limite du murmure. Et en parlant de BATHORY, « Une Ombre Dans Le Sanctuaire » assume justement son legs, avec son mid tempo pilonné, et son riff minimal mais dense, qu’une basse ludique vient troubler de ses rebonds ronds et de son jeu de croches assez décalé. Nous sommes donc loin d’une produit fabriqué au hasard d’une nuit d’insomnie, et plus proche d’un concept traité avec sérieux et concentration, qui se permet parfois des écarts mélodiques hypnotiques (« La Montagne Au Loin », ou comment souiller de jolies notes d’un chant saturé de réverb’), pour mieux se recentrer sur une violence assumée (« Là Ou L'aube Renaitra »)

Les plus hermétiques argueront d’un son très inégal, et d’un classicisme qu’ils se complairont à pointer du doigt, mais les fans les plus rompus à l’exercice sauront reconnaître une œuvre complète, ambitieuse, n’utilisant pas l’Ambient comme gimmick, mais bien comme composante à part entière. Les plus-values sont apportées par une théâtralité vocale qui permet de s’accrocher au propos, pas si pessimiste qu’il n’en a l’air, et par une variété de ton qui étonne dans ce genre de production. A tel point qu’on se demande même ce que le résultat eut donné doté de moyens plus conséquents, même si l’autoproduction d’Aldric n’a pas à rougir de sa modestie. Certes, au niveau des petites approximations, on aurait aimé un final moins prévisible sur fond de synthé un peu monolithique, mais le caractère épuré de cette conclusion colle finalement assez bien à la peau du concept, et achève de convaincre l’auditeur potentiel de la richesse d’un album qui ne doit rien à personne. WINDHELM confirme donc les bons avis émis par l’underground, et continue son bonhomme de chemin, toujours aussi productif, et toujours aussi réactif. Une excellente surprise de noirceur, qui laisse quand même filtrer les rais d’un espoir embryonnaire, mais bien concret.       

 

Titres de l’album :

                           1. Le Concile Des Spectres

                           2. Quand La Nuit Emporte La Vie

                           3. Des Etoiles Tristes

                           4. Les Funérailles D'un Chêne

                           5. L'éternité

                           6. Une Ombre Dans Le Sanctuaire

                           7. La Montagne Au Loin

                           8. Dépression D'ete

                           9. Là Ou L'aube Renaitra

                          10. Réminiscence D'un Autre Age

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par mortne2001 le 29/04/2019 à 17:39
80 %    102

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


KaneIsBack
membre enregistré
30/04/2019 à 10:24:10
Theodor Kittelsen pour la pochette ?

NecroKosmos
@109.218.111.206
01/05/2019 à 08:28:00
Oui, Kittelsen. Musicalement, c'est tout à fait honorable. Glacial, triste,...

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ouais c'est clair ça tabasse toujours autant, et comme a chaque sortie je me demande si un jour ils vont revenir en europe...


C'est sûr qu'avec une pochette comme cela, on a tout de suite envie d'acheter l'album...


Très sympa, j'aime beaucoup !


C'est pas tous les jours qu'un aussi bon album est chroniqué sur Metalnews, ne boudons pas notre plaisir. Un bon 8.5/10 pour ce thrash war metal.


On ne peut plus classique, mais toujours aussi efficace...


Merci pour le report, vieux Jus, ça donne presque envie :)
On se retrouve à DisneyHell en Juin


Exactement le même avis que toi concernant REVENGE et MGLA sur scène !
Pour le public amorphe, à mon avis il devait y avoir pas mal de Hollandais dans la salle :D !


La reprise Autumn Sun est de Deleyaman...le nom du groupe est mal écrit dans l'article ;)


Je te rassure : le "désormais" n'existe pas pour moi puisque je n'ai jamais aimé Korn et consorts (hormis durant ma prime adolescence... donc au temps jadis).


Par contre, Lisa, elle est malade ou quoi ? A la vue des vidéos sur YT, on dirait qu'elle a pris 30 kilos.


Merci pour ce papier, DCD fait partie des grands, et j'imagine les poils se hérisser aux sons de "Xavier" ou l'intemporel "Anywhere...". Ca a dû être de grands moments.


Ce qu'il faudra donc retenir de cette discussion de bon aloi entre Satan et JDTP, c'est que le terme Néo Metal (qui est effectivement une des influences flagrantes de ce groupe) est désormais perçu de façon totalement péjorative...
Intéressant non ?


Autant pour moi !
Ce que j'aime bien dans le projet, c'est qu'on a un peu l'impression de déconner entre potes de longue date.


Alors dans mon esprit ce n'était pas du tout du second degré en fait. C'est une des influences principales du groupe (parmi de nombreuses autres), c'est pourquoi j'ai choisi cette dénomination.
Quoiqu'il en soit je suis absolument d'accord avec toi, c'est carrément bien fichu et d'une inc(...)


"La voix, sa voix, est là, toujours hostile, semblant parvenir du plus profond des enfers. Elle est intacte, unique"
Tout est dit mec !


Je trouve ça un peu sévère de qualifier ça de "néo métal". Car même si le côté humoristique ferait penser à un truc sans prétention, ça reste quand même plutôt bien fait.


https://necrokosmos.blogspot.com/2019/05/le-groupe-americain-sort-son-premier.html


"Autre phénomène à la mode bien ridicule est à mon sens le « Ghost bashing »"...
Bah excuses moi gars, mais si je n'aime pas GHOST et surtout ce qu'ils sont devenus désormais, crois moi bien que je ne vais certainement pas me faire prier pour le dire.
Je les ai vu pour la toute pr(...)