Martyr Messiah

Infamous Pariah

01/06/2020

Pale Light Recordings

Difficile de faire plus opaque que ce groupe…Pas de site officiel, pas de page Facebook, des musiciens sous pseudos, une origine géographique vague (Europe de l’Ouest), pas d’antécédents, un label qui ne donne pas plus d’indications, le mystère est total, mais finalement sied bien à la démarche. Sortis de je ne sais quel enfer global, ces trois trublions de la non-technique (King Queensbane - chant/guitare, Snakeskin - basse et Metal Devil - batterie) restent dans le flou, mais avouent une passion, celle de la première vague de « Black Metal », tels qu’ils la définissent. Il convient évidemment d’y inclure les références incontournables que sont et seront toujours VENOM, HELLHAMMER, BATHORY et MERCYFUL FATE, mais la musique proposée par Martyr Messiah va bien au-delà du simple hommage, et intègre des éléments externes et postérieurs. En gros, INFAMOUS PARIAH pourrait se concevoir comme une synthèse entre la première mutation de la NWOBHM en Metal plus sombre et la seconde vague norvégienne qui a défini les règles du BM contemporain, sans que sa musique ne ressemble vraiment à l’un ou l’autre des courants. Difficile d’imaginer le résultat de cette fusion sans avoir écouté ce premier album aux contours assez rustres et aux finitions laissées à l’abandon. Mais en choisissant un angle primaire privilégiant les motifs les plus sommaires, le trio a opté pour une direction assez bizarre, le cul entre la sauvagerie primale et la modération brutale. On a même parfois le sentiment d’écouter une ébauche de ce que deviendra le Death Metal scandinave des nineties, ou comme un brouillon de CARCASS laissé sur le coin d’une table (« Belial's Throne »), ou une esquisse de DARTHRONE gribouillée par les IMMORTAL avant que la gloire glacée ne vienne les congeler sur place.

Du Heavy Metal à tendance Black ? C’est comme ça qu’on peut envisager les choses sans devenir trop précis en effet. Le tout est assez digeste, barbare mais intelligible, et juste assez varié pour ne pas se contenter de cris de bouc en rut sous la pleine lune. Nous avons même droit à des passages plus modulés, avec des intros mélodiques, et des clins d’œil adressés au Heavy Metal des années 80 sous couvert d’une approche plus diabolique que la moyenne (« Hell is Where the Heart Is »). Evidemment, le tout est doté d’un son bien râpeux, avec une basse quasiment inexistante, une guitare aigrelette et une batterie matte, mais loin de handicaper le projet, cette production casher lui confère une aura encore plus maléfique. Le propos ouvertement satanique est plus paillard que réellement inquiétant ou blasphématoire, et si « Black Wizardry (Satan is God) » entame les hostilités avec panache, d’un mélange de l’early BATHORY, d’IMPALED NAZARENE et CREMATORY, le tout est troussé avec suffisamment de flair et de passion pour retenir l’attention. INFAMOUS PARIAH réussit le pari de faire croire à un album de BM enregistré à l’orée des années 80, un peu comme si les héros de la seconde vague avaient eu dix ans d’avance mais pas encore les vrais moyens de leur misanthropie. Si l’influence revendiquée MERCYFUL FATE est la plus enterrée dans le magma, celle de VENOM reste la plus présente, malgré l’incapacité du trio à trousser des hymnes de la valeur de « Black Metal » ou « Sons of Satan ». Mais quelques accès de rage comme « The Cleric » permettent de rehausser le propos et de lui donner une valeur indéniable, l’énergie globale et l’investissement des musiciens palliant à leur manque de créativité notable.

Agréable à défaut d’être fondamental, Martyr Messiah est un glaviot bien gras craché à la face du bon goût, une façon de retranscrire l’esprit des premiers groupes extrêmes dans un contexte légèrement plus contemporain et élaboré. Le Rock n’est jamais très loin, et transperce parfois la carapace Heavy Metal pour nous délivrer un message Hard Rock bien catchy et légèrement décalé, ce que le très malin « Lurching Through the Spider's Nest » prouve de son riff ludique et de sa rythmique volante. On peut parfois penser à un split album fondu entre les italiens de BULLDOZER et les anglais de CARCASS, et sans que la musique ne laisse un souvenir impérissable, elle offre un résumé assez intéressant des premières années de mutation du Heavy, lorsqu’il commençait à être contaminé par les virus Thrash et Speed. C’est très souvent entraînant, et même enthousiasmant lorsque le tempo décolle avec « No Graves for the Young », qui se positionne en tête de gondole des hits d’un album qui en contient somme toute assez peu. On aurait aimé qu’une place plus grande soit laissée aux mélodies simples mais pertinentes, et que le combo nous offre un intermède plus lourd et moite, la linéarité commençant à accuser le coup au deux-tiers de l’album. Heureusement, le groupe termine par un épilogue plus ouvert, et « Cathedral of Crucified Myths » d’offrir quelques passages plus pesants, King Queensbane accentuant la gravité de sa voix au bon moment. Sans être une sortie indispensable, ce premier LP des européens d’INFAMOUS PARIAH reste sympathique et anecdotique, un peu frais malgré son parti pris occulte, et peut aisément meubler une écoute entre deux publications plus conséquentes.              

                                              

Titres de l’album :

                           01. Black Wizardry (Satan is God)

                           02. Infernal Snake Breath

                           03. Belial's Throne

                           04. Hell is Where the Heart Is

                           05. The Cleric

                           06. Lurching Through the Spider's Nest

                           07. No Graves for the Young

                           08. Cathedral of Crucified Myths


Label Bandcamp


par mortne2001 le 10/01/2021 à 14:44
70 %    48

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