Rester dans l’anonymat. Chercher un concept. Le trouver. Le mettre en musique. Le rendre fascinant et efficient musicalement.

Complexe, et tout ça n’est pas donné à tout le monde. Le résultat dépend d’une équation qu’on parvient ou pas à résoudre, selon ses capacités intrinsèques à identifier des variables et des inconnues pour parvenir à un résultat exact, ou presque.

Parfois, le concept est solide, mais l’interprétation hasardeuse, voire, banale. Parfois l’instrumentation et la composition sont intrigants, mais le concept bancal, peu crédible, ou aux ficelles usées jusqu’à la corde. Et parfois, tous les éléments se mettent en place naturellement, pour former les contours et l’épicentre d’un cauchemar dont nul ne sort indemne, ses créateurs pas plus que ses auditeurs/voyageurs.

La misère humaine, la solitude, la maltraitance, la folie, l’isolement, la maladie mentale, les mauvais traitements. Tout ça représente un lot de traumas auxquels de nombreux musiciens se sont frottés, en croyant y trouver une catharsis.

Personnelle, ou universelle.

Et les Australiens de MISERIST en font partie…

Selon les arguments promotionnels fournis par leur label, on ignorerait tout de leur identité. Tout ça pourrait bien résulter des efforts d’un seul homme ou de plusieurs, mais après tout, là n’est pas la question, seul le résultat compte et surtout, la capacité de faire ressentir à un public ce qu’on a soi-même ressenti à un moment T.

Selon l’histoire, un des musiciens du groupe s’est mis en tête après avoir vu un documentaire sur un institut psychiatrique pour enfants (il y en a eu plusieurs et de très traumatisants, je vous laisse trouver celui qui a servi de base à son inspiration), de retranscrire en musique les images qui hantaient sa mémoire. Il a donc accouché du pivot de l’album, la longue suite « Narikuntu » que l’on trouve en fin de cet EP, et qui pendant dix longues minutes, tente d’y donner un épilogue à la hauteur du désespoir engendré par les pistes précédentes.

Mais tous les détails étant fournis dans le synopsis de ce Miserist, il est relativement aisé d’en retracer la gestation…

Signés sur le label personnel de Loic F (membre d’AUTOKRATOR et N.K.V.D), Krucyator Productions, ce premier EP des MISERIST fait donc suite à une première démo, publiée sous le nom de HEADWAR, avant un changement de patronyme, mais pas de philosophie musicale. L’affiliation avec les orientations de Loïc est évidente, et il n’est pas surprenant de retrouver cette sortie dans son écurie, qui disons-le tout de suite, ne fera aucunement tâche dans sa production exigeante d’esthète de l’agression sonore et mentale. Bien au contraire, Miserist en l’état actuel des choses pourrait bien représenter une tête de gondole tout à fait viable, apte à attirer l’attention sur la structure bénéficiant déjà d’une aura certaine.

Mais concrètement, que propose la musique de ces mystérieux Australiens qui ne souhaitent pas divulguer leurs noms ?

Un EP de BM expérimental, Noisy et Industriel, qui tente de coucher en sons les horribles ressentiments de ces pauvres gamins enfermés dans les sous-sols d’une institution « à l’ancienne », qui les traitait comme du bétail sans faire preuve d’aucune empathie à leur égard, pas plus en tout cas que des scientifiques envers des rats de laboratoire tout juste bons à servir de cobayes…

D’ailleurs, l’un des concepteurs du projet le décrit en ces termes :

« Je venais juste de regarder un documentaire sur un institut psychiatrique pour enfants, et je me suis demandé ce que ça pouvait faire de vivre dans un endroit pareil, d’être traité comme un animal, d’être enfermé dans une pièce sombre avec d’autres personnes susceptibles de vous tuer, de vous violer, ou de vous déféquer dessus à n’importe quel moment…La misère à l’état pur »

Evidemment, avec ces quelques éléments mis à votre disposition, il se serait pas difficile d’établir un parallèle inconscient avec les divers travaux de STALAGGH, notamment Projekt Terror, et pourtant, rien ne pourrait être plus biaisé que cette comparaison qui ne ferait que minimiser l’extraordinaire boulot accompli par MISERIST qui a conçu son projet de bout en bout, de façon très logique et progressive, bien loin d’une simple association de sons et de cris censés illustrer le désespoir et l’isolement mental.

Certes, la musique dispensée sur les six morceaux de cet EP est dérangeante, abrasive, sans compromis, noire comme un destin funeste et sans aucune respiration, comme pour mieux matérialiser cette sensation de suffocation éprouvée par les pauvres petits patients de cet hôpital de l’enfer.

En utilisant les codes d’un BM Industriel très compact et ceux d’un Dark Ambient maîtrisé et canalisé, les Australiens sont parvenus à recréer un climat de terreur pure, d’oppression, de misère humaine et de confinement, en juxtaposant des riffs monstrueusement graves et amples à des rythmiques robotiques très cliniques, et en truffant le tout d’arrangements sonores métalliques en écho pour accentuer encore plus la claustrophobie ambiante…

Inutile lorsqu’on est confronté à ce genre d’effort de disséquer chaque piste pour en expliquer les tenants et aboutissants. Sachez juste que chaque morceau à sa propre thématique, et que la progression vous mènera au sommet de l’horreur que représente le long morceau « Narikuntu », sorte de longue plainte dans le vide des non-réponses qui fait froid dans le dos.

Vous entendrez des sonorités en écho de chairs meurtries, des dissonances brûlant vos poumons comme les fumées toxiques d’un bâtiment à l’agonie, et des évolutions maladives retranscrivant le quotidien de « patients » dont le seul destin était de s’enfoncer chaque jour un peu plus dans la douleur et la terreur. Une équation de l’impossible, résolue à grands coups de blasts, de riffs assourdissants, de rythmiques oppressantes et étouffantes, de rigueur Industrielle glaciale, et d’atmosphères Black et Post Black poisseuses.

Plus qu’un simple EP, Miserist est un documentaire en musique, en bruits, en sons bruts, en ressenti. C’est une plongée dans l’horreur de l’histoire sanitaire, sans complaisance, sans compromis, qui n’en rajoute ni dans le pathos, ni dans la grandiloquence morbide.

 Et plus concrètement, un disque assez unique, qui parvient sans l’aide d’un chant narratif (il est complétement instrumental) à vous faire éprouver les mêmes sensations insupportables que ces enfants qu’on imagine avec tristesse coincés dans des couloirs de la mort, hurlant au début, puis résignés en silence à leur triste sort dans l’indifférence générale, s’éteignant petit à petit pour devenir une anecdote de l’histoire, ou un simple fait divers…


Titres de l'album:

  1. Skin, Mold & Flame
  2. Miserist
  3. VIII
  4. Horror Infinitum
  5. Lung Rust
  6. Narikuntu

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 13/02/2017 à 14:05
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Putain que voilà une affiche comme je les aime.
Dommage que ce soit si loin.


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Pour avoir lu des postes de notre ami Humungus, je reconnais bien là son humour euh... spécial !


C'est clair. Se réjouir du suicide d'un mec... Pathétique...