Mistress of the Gods

Visions Of Choice

14/02/2020

Fencesound

Il y a quelques années (un certain nombre quand même), tomber sur un album aux réminiscences eighties était toujours une excellente surprise. Qui en effet n’a jamais rêvé d’un album inédit réveillant ses jeunes années de découverte, rappelant les heures passées chez les disquaires à traquer la dernière sensation Heavy venue des Etats-Unis, ou l’exaction bruitiste d’outre-Rhin qui allait rendre les copains fous de jalousie ? Le plaisir n’en était que décuplé proportionnellement à la rareté de ces œuvres nostalgiques qui tentaient une percée, alors qu’aujourd’hui, ce genre d’exercice est à ce point devenu monnaie courante que les critères d’appréciation n’en sont que plus drastiques. En 2020, il faut donc beaucoup plus que des allusions directes aux années 80 pour faire le buzz, spécialement depuis que l’école suédoise s’est imposée gardienne de la flamme avec ses hordes déboulant sur le reste du monde à un rythme presque quotidien. Alors, en tombant sur le premier album des allemands de VISIONS OF CHOICE, le chroniqueur restera circonspect pendant quelques instants avant de décider si oui ou non, cette œuvre mérite qu’il s’empare de son clavier pour en parler. Mais en regardant de plus près cette superbe pochette aux bleus hypnotiques, et en acceptant l’origine d’appellation contrôlée germaine, le journaliste fera fi de sa méfiance pour glisser les premiers morceaux entre ses oreilles, avant d’être finalement persuadé du bien-fondé de son instinct. Et en effet, VISIONS OF CHOICE est plus qu’un énième groupe vintage, il est la quintessence du mouvement, et surtout, son approche la plus versatile aux influences multiples, mais toutes ancrées dans un passé de qualité que nul metalhead n’a pu oublier. Ecouté il y a trente et quelques années, ce premier LP aurait fait les beaux jours des masses hardantes arpentant les salles de concert à la recherche de sensation franches et fortes. Avec son Heavy mâtiné de Power pur jus et de Hard Rock de seigneur, le duo allemand représente la première ligne de ces ensembles portés sur la nostalgie, mais suffisamment intelligents pour ne pas se contenter d’un simple fac-similé.

Duo fondé en 2018 par le multi-instrumentiste/compositeur Steve Brockmann (AIRS – A Rock Opera) et le chanteur Lukas Remus (EPILIRIUM), VISIONS OF CHOICE est  un tribute de premier choix à la grandiloquence virile du Heavy Metal de la seconde moitié des années 80. En acceptant comme influences tout ce que la première division de l’époque avait à offrir, mais aussi les astuces les plus efficaces de la seconde division, le duo se permet le tour de force de revisiter la seconde moitié d’une décade si fertile que son héritage trouve toujours des légataires aujourd’hui. Admettant l’importance d’une liste conséquente de mentors (OMEN, METAL CHURCH, IRON MAIDEN, MALICE, HEATHEN, SAVATAGE, RIOT, PRETTY MAIDS, CHASTAIN, WARLORD, HALLOWS EVE, FATES WARNING, ARMOURED SAINT, CIRITH UNGOL et LIEGE LORD), Steve et Lukas survolent donc toutes les extensions possibles du Heavy, n’hésitant jamais à emballer les débats en déviant vers un Power empathique et hautement mélodique, ou à le moduler d’une inspiration plus simplement Hard-Rock. Et en écoutant l’entame opératique de « New Horizon », le fan de Power Metal traditionnel se verra caressé dans le sens du poil. Tout y est, les riffs brûlants, le rythme appuyé, l’ambiance grandiloquente, les arrangements royaux, et l’image sonore d’un RIOT de brûler les oreilles de son énergie harmonique. On se sent évidemment en terrain connu, mais l’allant dont fait preuve le duo excuse immédiatement son formalisme de surface, et il n’est pas interdit de voir en Mistress of the Gods un descendant direct d’HELLOWEEN et de BLIND GUARDIAN, agrémenté d’un peu de folie SCANNER. Mais si le Power Metal a évidemment une place de choix sur ce premier effort, il n’en règne pas en maître pour autant et le Heavy traditionnel et musclé sait d’imposer lorsqu’il le faut, via l’impressionnant « Come Tomorrow ».

Déluge de soli, riffs tranchants, lignes vocales de baryton, pression permanente de la production, VISIONS OF CHOICE joue sur du velours, et accepte l’importance d’ACCEPT et de toute la scène allemande de 85/89. Bien sûr, difficile de trouver une quelconque originalité dans ces morceaux respectant les enseignements passés, mais avec un sens du drame très à-propos, et une dextérité instrumentale diabolique, le duo se permet de tenir la dragée haute aux cadors de l’époque en leur piquant leurs astuces les plus éprouvées. « Shine » propose une sorte d’entre-deux, un peu Hard, pas mal Heavy, juxtaposant la vitalité du PRIEST à la souplesse mélodique de SAVATAGE, pour un résultat encore une fois larger than life, avec un refrain débordant de chœurs puissants. Mais je le disais plus en amont, les musiciens ont plus d’un tour dans leur sac, et la basse slappée de « Into the Light » de nous prendre complètement à revers, pour un tour Hard-Rock syncopé sur les montagnes russes de la diversité. « Endlessly » de son côté, nous trompe d’une délicate intro, avant de nous plonger dans les flammes d’un enfer Speed Metal des plus ardents, avec une batterie inépuisable et une guitare qui rugit comme un tigre en cage. On pense à Thundersteel, mais aussi au BLIND GUARDIAN le plus véloce, et en tout cas, à l’occasion d’un refrain encore une fois aussi roublard qu’un sourire de Kai Hansen, au meilleur de la scène allemande des années 80. A la limite de l’opéra Metal, Mistress of the Gods est un travail en tout point remarquable, truffé d’idées classiques mais sublimées d’un feeling moderne, et si la vitesse à la part belle tout au long du métrage, la finesse de l’interprétation se fait remarquer sans effort particulier. A titre d’exemple, le title-track permet de retrouver la magnificence d’un DIO, la virilité d’un MANOWAR, et la jeunesse débridée d’un HELLOWEEN, le tout emballé dans un professionnalisme incroyable. 

Sans tergiverser, mais en refusant les œillères, VISIONS OF CHOICE propose donc un résumé exhaustif, toujours efficace, mais plus intelligent que la moyenne. Tous les titres possèdent une identité propre, et le final homérique « Touch the Sky » de se poser en parangon d’une approche classieuse, refusant les facilités de la copie pure et simple. Avec un chant légèrement sous-mixé, et des guitares qui n’ont de cesse de faire vibrer leurs cordes, Mistress of the Gods est certainement le plus bel hommage au pur Heavy Metal d’outre-Rhin que vous pourrez trouver sur le marché actuellement. Une mise en jambes de deux professionnels qui connaissent leur boulot, et qui ont le culot de proposer un classique instantané, digne des plaisirs majeurs de notre adolescence. Beau retour en arrière pour une plongée vers un avenir qu’on pressent déjà brillant pour ce groupe aux qualités frappantes.   

             

Titres de l’album :

01. New Horizon

02. Come Tomorrow

03. Shine

04. Into the Light

05. Endlessly

06. Hold Your Head High

07. Mistress of the Gods

08. Given it Up

09. Gates of Evermore

10. Hold On

11. Touch the Sky


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par mortne2001 le 04/11/2020 à 17:29
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