Moonburn

Battalions

05/08/2017

Autoproduction

Histoire de changer un peu d’horizons, j’ai décidé de m’éloigner de mes sentiers battus habituels, en tournant le dos au Thrash, au Black, au Post, à l’AOR et à tout ce qui fait d’ordinaire mon quotidien de chroniqueur un peu trop coincé dans sa zone de sécurité. Certes, je le concède, je suis resté dans l’extrême et en terrain plus ou moins connu, puisque la chose Stoner ne m’est pas inconnue, tout comme la problématique Sludge. Mais je dois avouer que les deux mélangées dans une même mixture m’a permis de me tirer de ma léthargie, d’autant plus que le groupe du jour manie le métissage lourd et gras à merveille.

Lourd et gras, mais pas trop. Pas du genre crop-top avec bide gluant qui dépasse et riffs déjà éculés sur le Paranoïd de BLACK SABBATH. Non, du pesant comme il faut, mais qui sait rester vivant, et aller de l’avant. Et le pire, c’est que je n’ai même pas eu besoin de m’éloigner de l’Angleterre pour ça. Mais je ne suis pas resté campé à Birmingham à attendre que le tocsin résonne, lui préférant le charme sinistre de Hull, la pire ville de tout le Royaume-Uni selon les BATALLIONS.

Et ils savent de quoi ils parlent, puisqu’ils en viennent…Et visiblement, cette résidence a cruellement entamé leur joie de vivre, qui ne devait pas forcément être très prononcée à la base…

BATALLIONS, c’est donc un quintette (Phil Wilkinson – chant, Matt Dennett – basse, Matt Walker – batterie, Pete Cross & Mark Wood – guitares), formé en 2010 et déjà responsable d’un premier album, très judicieusement intitulé Nothing To Lose, que les musiciens ont déjà eu la chance de défendre sur scène à grands coups de distorsion épaisse et de rythmiques ne l’étant pas moins. Depuis, du chemin accompli, une identité affirmée, et surtout, Moonburn, ce second album devant confirmer les bonnes opinions dégagées jusqu’à lors, et qui finalement, trouveront un écho certain dans la presse et le cœur des fans d’une musique intelligente, groovy, mais salement costaud.

Mais pas de gonflette pour autant. Ne comptez pas décomposer les muscles saillants et graissés via une production tape à l’œil sous U.V mal dosés, ici, la force réside dans les poignets, qui je vous l’assure servent à autre chose que celle à laquelle vous pensez. Bons instrumentistes, les anglais le sont, mais sont aussi de fins compositeurs ayant parfaitement su doser leur inspiration pour ne pas bloquer notre respiration. Inutile donc d’espérer vous plaindre sur les épaules de digressions interminables aux guitares se sentant l’humeur minable, ici, c’est la variété qui prime, comme le laissait présager mon préambule juxtaposant deux genres aussi complémentaires que similaires.

Stoner donc, et Sludge, le tout en proportions équitables et raisonnables, mais pas scindés pour autant. Chaque morceau possède sa raison d’être et sa propre silhouette, qui se veut mouvante selon le manque de lumière. Prenons pour exemple le diaboliquement entraînant « God’s Cuntry » (et son titre tout en finesse), qui démarre comme un faux hit Disco de BLONDIE, avant de nous balancer un riff aussi énorme que le talent de Josh Homme après une cure de muse(s). On pourrait se laisser guider par la sensualité virile ambiante, mais ce serait sans compter sur l’esprit de contradiction de ces bougres qui nous assomment soudain d’un gigantesque pont sludgy aussi déprimé que Phil Anselmo après une tournée achevée de DOWN.

De son côté, « Lotion Basket » ose le déhanché à la BLACK SAB’, se chaloupant sur une piste de danse dominée de haut par un DJ fan de CLUTCH s’emmêlant les pinceaux et les platines dans les vitesses de rotation. Ça joue, ça tourne, ça groove, mais ça hurle aussi comme un damné, pour un cocktail drôlement épicé qui laisse les oreilles en vrac et le palpitant un peu patraque. Mais l’avertissement est clair, la musique des BATALLIONS ne s’adresse pas aux porteurs de pacemaker, du coup, on en profite pour caser un autre pont aussi plombé qu’une nuit de beuverie à Hull sous la pluie…

Mais les anglais savent aussi jouer plus franc jeu, comme le démontre l’introduction imposante de « Skin Job », qui se fixe sur une avancée downtempo pour six-cordes downtunées à mort, telles des sirènes résonnant dans le calme d’une ville prête au pire.

Parce que le meilleur, c’est quoi après tout ?

Peut-être « Moonburn », qui nous laisse avec des coups de lune sur le front, pour avoir trop attendu l’aube d’un rythme qui balance grave la sauce. Mais comme il arrive à point nommé pour nous faire bouger, tout va bien, et on pense à la scène NOLA du coin de l’œil, même si la Nouvelle-Orléans n’est pas vraiment à une portée de médiator de l’Angleterre…

Le meilleur, c’est peut-être aussi « Betrayal & Delusion », qui tente des négociations bluesy, timidement, mais avec le minimum d’assurance requis. On pige rapidement pourquoi les cinq nous citent EYEHATEGOD, CONVERGE et ENTOMBED dans leur somme d’influences, puisqu’ils pratiquent le même genre de décalage entre vilénie musicale en empathie instrumentale. Beaucoup de violence sur un tapis de balancement basse/batterie, la recette est imparable, et surtout, laissée mijoter pour arriver à poing…dans la gueule.

Méchamment burné donc, mais abordable pour les plus apeurés, puisqu’il faut quand même fédérer…Ce que « Another Meaning for Death » réussit à merveille en allant chercher dans les racines de ST VITUS et CLUTCH ses astuces, et en adoptant une démarche un peu de guingois qui termine une soirée de bon aloi. Un peu de picole pour les oreilles, et l’ambiance est sans pareille, aussi lourde que sympathique, et aussi sourde qu’atypique.

Sludger ?

Le terme me plaît bien, et colle à la peau un peu sèche de ce Moonburn qui laisse des traces de lame mais aucun vague à l’âme. Pour un second album (ou EP, selon vos proportions…), c’est un gros coup porté par les BATALLIONS aux armées ennemies qui ne les pensaient pas si bénis. Et en tout cas, une sortie solide pour une ville qui vous garde emprisonné dans ses murs d’ennui forcé.

Faudrait-il habiter des rues de solitude pour se sentir aussi inspiré ?

C’est en tout cas ce que ces anglais semblent suggérer…


Titres de l'album:

  1. Skin Job
  2. Lotion Basket
  3. Moonburn
  4. God's Cuntry
  5. Betrayal & Delusion
  6. Amazonian Woman (feat. Sam Orr)
  7. Another Meaning for Death

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 22/08/2017 à 18:41
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