Attention à la méprise, qu’un peu de jugeote pourra vous éviter. Ces TASTE là n’ont évidemment rien à voir avec le groupe éponyme qui attira l’attention sur Rory Gallagher, Ils en sont d’ailleurs aussi proches musicalement que le MR.BIG de Billy Sheehan l’était de son équivalent patronymique des 70’s. Et puis 1966 et 2018, ça nous chiffre à quarante ans d’écart, ce qui permet de ne pas se tromper en croyant avoir affaire à une nouvelle compilation de Blues-Rock estampillée 60’s. Non, les TASTE qui nous préoccupent aujourd’hui sont suédois, et absolument pas irlandais, et jouent une musique qui trouve plutôt son point d’ancrage dans les 80’s. Gagné, Suède, eighties, la nostalgie a encore frappé, et fort cette fois encore, puisque les deux musiciens responsables de ce projet ont tout fait pour vous immerger dans la culture mélodique trentenaire. D’ailleurs, à les lire, leur art s’adresse principalement à tous ceux trouvant que cette décennie aurait dû durer bien plus longtemps que dix ans, tant elle nous a apporté musicalement et mélodiquement. Assertion qui n’est pas tout à fait fausse, subjectivité de jeunesse mise à part, et ce second album s’évertue à démontrer par harmonies + puissance que finalement, pas grand-chose de bon n’a été fait depuis. C’est certes un parti-pris contre lequel s’élèveront en faux tous ceux que les nineties n’ont pas laissés de marbre, mais qui vaut son pesant de hits, spécialement lorsque le regard dans le rétro s’embue de chansons que la radio aurait pu diffuser sur ses ondes à l’époque. Passons donc à l’étape bio pour tenter de mieux percer le mystère de cette association de bienfaiteurs.

TASTE nous en vient donc de Göteborg, ville dans laquelle le projet est né sous l’impulsion des frères Christoffer (chant/guitare/claviers/basse) et Felix Borg (batterie/guitare/claviers/basse), la veille du nouvel an 2009. Désireux de proposer une musique riche et trouvant racine dans le passé du Billboard, les deux frangins ont élaboré un répertoire solide avant de se lancer dans une aventure discographique chaperonnée par les immanquables AOR Heaven. Il leur faudra patienter quatre ans avant de pouvoir proposer sur le marché leur premier éponyme en 2013, avant de partir en hiatus de cinq nouvelles années pour cause d’études de production. C’est donc remonté comme un radioréveil digital que les deux suédois nous en reviennent aujourd’hui, toujours sous l’égide du label exigeant, pour nous proposer ce Moral Decay qui semble s’ingénier à singer toutes les bonnes habitudes des groupes mélodiques de l’époque en les transcendant d’une fraîcheur parfaitement scandinave. On le sait, ces maudits suédois ont la sale habitude de transformer en or tout le plomb qu’ils touchent, mais dans le cas des TASTE, l’alchimie prend des airs de magie absolue tant les treize morceaux de ce second effort sont autant de tubes potentiels, qui affichent un sourire musical ultrabrite, et une technicité au-dessus de tout soupçon. Pour un peu, on croirait parfois entendre une compilation recensant tous les tubes des années 80, repris à son compte par un groupe anonyme désirant rendre hommage à la passion de sa jeunesse, tant les lignes mélodiques, les refrains, les couplets et les soli sonnent plus vrais que nature, et emportent l’adhésion. De fait, Moral Decay pourrait incarner le parangon d’un Rock mélodique à tendance Hard qui ne rechigne pas à taquiner la Synth-Pop et la Pop tout court, sans que cela ne choque personne.

Tout y passe, à la moulinette rétro, et tout est restitué avec une énergie et une foi sans faille. De la demi-ballade séduisante à l’up-tempo diabolique mais léger, en passant par le commercial en mid qui ose le synthétisme pour opposer à des guitares mordantes. Les influences ? Multiples évidemment, et parfois recensées, FM, DANGER DANGER, GIANT, VALENTINE, WHITE LION, mais aussi d’autres, plus cachées, dont JOURNEY évidemment, REO SPEEDWAGON, STARSHIP, Richard MARX,  Alannah Myles, et des dizaines d’autres dont le recensement en ces lignes n’aurait pas grande importance. On pourrait se dire que tout ça semble bien convenu, et que l’on a déjà abondamment parcouru pareil menu, et pourtant, le duo des frères Borg de son exubérance et de sa confiance parvient toujours à transcender ses modèles pour atteindre un degré de perfection rarement approché ces derniers temps. A vrai dire, en écoutant ce second album, on se prend à rêver d’un réveil en 1986, tranquille dans sa chambre de lycéen américain, attendant d’être sauvé par la sonnerie ou de faire son apprentissage de la vie pas à pas. Pas étonnant de constater que les deux musiciens ont pris leur temps pour présenter une suite à leurs aventures, tant chaque chanson semble avoir bénéficié de soins particuliers, et d’une précision digne d’un Tom Schultz, lorsque celui-ci préparait son Third Stage planqué dans son studio particulier. Je pourrais piocher une intervention au hasard pour vous prouver mes dires, tant les treize morceaux offerts sur un plateau les illustrent d’une façon ou d’une autre, mais pour vous en convaincre, sevrez-vous de l’ambiance Synth-Wave de l’intro « On The Run », ou de l’ambiance hédoniste à la parc de loisirs de « Adventureland », qui semble mettre un point d’honneur à mélanger le talent stratosphérique de Neal Schon et les turpitudes adolescentes des HONEYMOON SUITE et autres NIGHT RANGER en moins de quatre minutes.

L’autre énorme qualité des TASTE et de ne pas nous noyer sous les ballades lacrymales, qui sont généralement le talon d’Achille de telles réalisations. Même lorsque leurs instincts les pousse à taquiner la douceur, ils le font toujours avec le minimum de puissance pour ne pas sombrer dans le pathos, et nous rappellent les WINGER, les DANGER DANGER (« Moral Decay »), et enchaînent immédiatement sur un brulot susceptible de provoquer l’égo d’un Malmsteen période association avec Joe Lynn Turner (« My Own Worst Enemy »). Ils affirment d’ailleurs avec un talent naturel mais sans fanfaronnade qu’ils sont bien de retour sous le ciel de la délicatesse harmonique musclée (« We Are Back »), et déroulent un tapis de guitares acoustiques (« Sixteen Years ») taquinant le fantôme des FM, de MAGNUM, mais aussi des WARRANT ou encore WINGER et HAREM SCAREM, dans une sorte d’escapade faussement symphonique, mais réellement sincère. Et outre ces qualités de compositeurs qui laissent quand même admiratif, Christoffer et Felix se montrent sous un jour très flatteur en tant que musiciens, peaufinant chaque secteur de jeu, et profitant d’une production parfaitement adaptée pour briller de mille feux sous les néons d’années 80 qui auraient sans doute été honorées de se voir célébrées avec tant de brio et de franchise. De fait, TASTE, malgré une rude concurrence signe un album de Hard-Rock mélodique/AOR qui fera date dans l’histoire du genre, et nous offrent une rentrée haute en énergie pour nous préparer à un hiver beaucoup moins proche qu’on aurait pu le craindre. Moral Decay ? Non, pas vraiment, plutôt une injection de joie de vivre, une euphorie tout sauf passagère pour un disque merveilleux, aussi proche de la perfection que les 80’s ont pu l’être du paradis.   

       

Titres de l'album :

                        1. On the Run

                        2. Alive

                        3. Dangerous

                        4. On My Shoulder

                        5. Rainbow Warrior

                        6. The Fire Inside

                        7. Adventureland

                        8. Moral Decay

                        9. My Own Worst Enemy

                       10. Lost in Myself

                       11. We Are Back

                       12. Sixteen Years

                       13. More Than A Thousand Charades

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par mortne2001 le 15/09/2018 à 18:31
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(et +10€ de prix du pass par rapport à 2018)
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joli