Sinful Birth

Antichrist

16/06/2017

I Hate Records

Tant qu’à faire, autant adopter un patronyme qui joue franc jeu. C’est ce qu’ont dû se dire ces suédois qui n’ont pas hésité à se la jouer Damien de l’extrême Européen, en s’affublant du sobriquet tant craint du fils Thorn qui nous a bien collé les miquettes il y a une quarantaine d’années.

Ou alors, peut-être faisaient-ils référence à une autre engeance, une engeance toute aussi américaine, mais plus musicale, de celles qu’on trouvait sur les œuvres d’un certain SLAYER, qui à l’orée de sa carrière faisait aussi son offrande violente au malin au travers d’une chanson aussi apocalyptique qu’annonciatrice d’un Armageddon Thrash à venir…

Le choix est possible, et les deux éventualités valides.

Ce qui ne change rien au problème, puisque les ANTICHRIST sont aussi violents qu’ils ne sont malins. L’équation est donc résolue avant d’être posée, ce qui évite bien des céphalées à venir…

Ces diaboliques scandinaves sont donc à l’aise dans tous les registres depuis quelques années. Ils prouvent maintenant que le Thrash vintage n’a plus aucun secret pour eux, via le second longue durée d’un quintette bien allumé, qui a dû pendant sa prime jeunesse se sevrer de violence germaine et de véhémence ricaine tout en poussant ses premiers balbutiements barbares…

Les ANTICHRIST viennent donc de Växjö, ville qui les a vus naître il y a approximativement douze ans, sont donc cinq (Gabbe  - guitare, Steken – chant, Filip – guitare, Sven – batterie et Gobbe – basse), et ont déjà proposé deux démos, ainsi qu’une compilation (Crushing Metal Tape en 2009, Put To Death en 2010 et donc Antichrist en 2010), mais surtout un premier LP il y a six ans, Forbidden World, qui trouve aujourd’hui une suite logique et cohérente en Sinful Birth, qui ne fait que confirmer tout le bien que l’underground commençait à penser de cette troupe thrashisante sans remord ni regret.

Du Thrash donc, et plutôt fumeux, et brûlant, qui exsude de violence primaire par tous les pores, et qui se complaît dans un recyclage en radicalisation des recettes de la sidérurgie allemande des DESTRUCTION, ASSASSIN et consorts.

Pas forcément d’originalité dans le fond, mais plutôt dans la forme, celle d’une production très sèche et délicieusement vintage qui nous ramène trente ans en arrière, lorsque les blasphémateurs de POSSESSED nous hurlaient des « Death Metal » en plein visage. On retrouve cette approche technique primaire et sanglante sur un mid tempo aussi démoniaque que « Under The Cross », un des trucs les plus directs et efficaces qu’il m’ait été donné d’entendre depuis très longtemps. Chant possédé, riffs circulaires qui sinuent sans trouver la sortie, rythmique un peu aléatoire qui ne rechigne pas à pencher du côté impair où elle va nous faire tomber, et ambiance mortifère qui nous prend à la gorge.

Niveau structure, ce second album est aussi plus ou moins décalé. Les ANTICHRIST n’hésitent pas à rallonger les débats pour nous offrir des ébats de plus de cinq minutes, chose assez rare sous cette forme de Thrash radical, qui d’ordinaire privilégie les saillies immédiates et urgentes.    

Si l’on connaissait déjà le fulgurant et complexe « The Black Pharaoh », lancé sur la toile en amont l’année dernière, et qui n’a rien perdu de sa fougue, nous découvrons médusés les dix minutes du dantesque « Chernobyl 1986 », qui de sa construction nous rappelle le mythique « Black Prophecies » de DARK ANGEL, sans en copier le style. Ce titre épique rappelle d’ailleurs étrangement l’optique Thrash des pays de l’Est, avec son riff redondant et dissonant, bien que ses modulations purement Heavy tiennent plus de l’héritage des cinq glorieuses du Thrash US de 83/88. Alternance de lourdeur oppressante et de breaks en urgence, un peu DEATH ANGEL de « The Ultra Violence » sans la patine technique, ce titre est un Ovni en soi, qui donne définitivement à Sinful Birth une dimension bizarre, qui le propulse dans la catégorie assez peu encombrée des albums en marge.

Du Thrash donc, mais pas n’importe lequel. Pas celui dont on nous rebat les oreilles à longueur de semaine, et qui se contente de recycler des idées périmées depuis les vingt ans de Kerry King et le premier sabbat de Mille Petrozza. Non, un Thrash qui sonne clairement amateur sur les bords, et qui au centre bout d’envies pas toujours concrétisées avec précision. Le genre de LP qu’on aurait sympathiquement qualifié il y a quelques décades de « décalé », sans trouver un qualificatif plus adapté.

Bizarre donc, mais salement séduisant. Et surtout, aussi limpide que rapide, et aussi troublé que déchaîné. Si « Savage Mutilations », ne tourne pas vraiment autour du chaudron et nous agresse de son tempo épileptique au BPM critiques, « The Entity » préfère la nuance d’un Metal plus cryptique, et ose quelques mélodies en trompe l’œil.

La voix de Steken, assez proche du timbre aigu et sardonique de Schmier est absolument délicieuse et délicieusement décadente, tandis que la paire Gabbe/Filip tricote des riffs à la Larry Lalonde pré PRIMUS, lorsque l’homme hésitait encore entre la franchise du Thrash et la roublardise du Death.

Les idées s’enchaînent donc à bon tempo, et si parfois les collages sont plutôt hâtifs, la logique imperturbable suit son cours et nous emmène sur les rivages d’un Thrash sanglant et tonitruant, que le Dieu Gene Hoglan saurait adouber de son sceptre incandescent (« Sinful Birth », qu’on croirait échappé de Darkness Descends).

DARK ANGEL, DESTRUCTION, POSSESSED, de solides références donc pour une démarcation folle de la rigueur scandinave en la matière. Entre un « Burned Beyond Recognition » qui écrabouille tout ce qui se trouve sur son passage et un « Fall Of The Temple Of Salomon » aux ambitions béton, le carnage est assez étrange et mené de façon très personnelle, sans chercher la méthode, mais bien le résultat.

Celui-ci est d’ailleurs fascinant, et nous laisse contempler des côtes dévastées par la peste Thrash primale et implacable.

Sinful Birth est donc une sacrée surprise nous venant du pays du froid, et parvient à s’imposer sans rien renier de ses particularités. En croisant les influences, les ANTICHRIST nous invitent dans leur monde de débauche et de violence instrumentale débridée, monde que nous découvrons asse chaotique, mais résolument unique. Comme quoi, malgré les vagues successives qui nous noient, il arrive que certains préfèrent nous jeter une bouée. Glissante certes, mais bien présente.


Titres de l'album:

  1. Instruments of Sadism
  2. Savage Mutilations
  3. The Entity
  4. Under The Cross
  5. The Black Pharaoh
  6. Sinful Birth
  7. Burned Beyond Recognition
  8. Chernobyl 1986
  9. Fall of the Temple of Solomon

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par mortne2001 le 23/06/2017 à 17:39
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