Voir son album mixé et masterisé par le grand Harry Hess lui-même, en termes de Hard Rock mélodique, confère la même caution qu’un son élaboré par Kurt Ballou et trituré par Brad Boatright lorsqu’on joue du Hardcore. C’est une sorte de sticker virtuel qu’on appose sur la pochette d’un album qui semble dire « attention, celui-là vaut le coup d’oreilles ». Certes, certaines obligations contractuelles et autres histoires d’affinités peuvent fausser ce jugement, mais globalement, le leader de HAREM SCAREM ne travaille jamais sur des projets qui ne lui parlent pas, ce qui fait de ce LP de BARROS une curiosité pour le moins, et une réussite dans le meilleur des cas. La vérité dans ce cas précis se situant à mi-chemin entre les deux possibilités, chacun se fera sa propre opinion. Le combo ne sortant pas de nulle part, gageons que les accointances professionnelles ont légèrement influé sur le destin d’une œuvre qui si elle ne révolutionne guère le petit monde du Rock mélodique, y apporte sa non négligeable contribution. Formé par le guitariste Paulo Barros de TARENTULA, gang versé dans le Power Metal plutôt puissant et efficace, BARROS est une sorte de liaison entre les époques, et de pont entre les styles, qui refuse la facilité d’un AOR radiophonique un peu trop immédiat en y insufflant des références typiquement 90’s. Dès lors, inutile de vous attendre à un énième album que les italiens de Frontiers auraient pu produire, même si le label des portugais se situe lui aussi dans le même pays. Les choix présentent des similitudes, mais aussi pas mal de différences, puisque l’optique abordée par les lusophones semble plus nuancée, moins ouvertement Heavy/Hard/FM, et plus encline à moduler son inspiration pour lui faire épouser les contours d’un crossover entre les décades.

Quatuor estimable (Paulo Barros - guitare, Ray Van D - chant, Pico Moreira - batterie et Vera Sa - basse), BARROS s’évertue à piocher dans l’héritage d’un HAREM SCAREM en pleine mutation RUBBER, en admettant que le Rock alternatif des nineties a joué un grand rôle dans la transformation du Heard Rock des années 80. On retrouve donc dans leur musique une ambivalence intéressante, les plaçant en interférence entre Rock et Grunge, un peu comme si les BUSH et autres SOUL ASYLUM découvraient les joies du Big Rock seventies de PEARL JAM en lisant un songbook de WHITESNAKE. C’est assez séduisant sur le papier, un peu moins musicalement, car les portugais semblent constamment hésiter à prendre position. Pas forcément à l’aise avec leur choix, les musiciens délivrent toutefois une solide performance, parfois redondante, parfois un peu anonyme, mais terriblement intéressante et attachante. Si le talent de Paul Barros n’est plus à prouver, il a su s’entourer d’une équipe solide, et notamment d’un chanteur qui aurait eu sa place dans les combos les plus marqués par la vague Post-MTV, et qui offre une certaine modulation dans ses parties vocales. On a même parfois le sentiment d’écouter un Hard Rock moderne d’il y a vingt ou vingt-cinq ans, lorsque les héros des 80’s tentaient de se faire une place au soleil des 90’s. C’est assez manifeste sur un morceau comme « When It Rains It Pours », qui tente de traduire le vocable du HAREM SCAREM de Mood Swings dans le langage putassier du SKIDROW de Subhuman Race. Même mélodies moins évidentes et plus amères, même envie de s’adapter à l’air du temps sans vraiment renoncer à son crédo d’origine, pour un résultat à la lisière du Rock alternatif, en dépit de mélodies symptomatiques du Melodic Rock le plus classique.

La patte HAREM SCAREM est quasiment omniprésente, sur les morceaux les plus évidents qui transpirent du savoir-faire d’Harry et Pete, savoir-faire qui est systématiquement traduit dans un langage différent, plus rugueux mais moins Heavy, moins mélodique mais plus déviant. L’ouverture « My Everything » en est une des illustrations les plus probantes, amplifiée par une production sèche et rugueuse, qui permet au groupe de ne pas glisser du côté AOR où il risque de s’engluer. Les interventions en solo de Paul sont toujours aussi pertinentes, empreintes de classicisme baroque’n’roll, et brillamment soutenues par une rythmique performante, qui ne cherche jamais à en faire des tonnes, et lorsque le Heavy syncopé parvient à se faire une place, le résultat est plus que satisfaisant, à l’image de ce killer « My Kingdom For A Day », qui s’il n’a rien à voir avec les FAITH NO MORE, adopte les tics de la même décade. Non anglophones d’origines, les BARROS se perdent parfois dans la naïveté de textes consacrés à l’amour mais aussi à l’humanité, qui s’expriment dans un lexique assez simple, mais qui s’intègrent parfaitement à une musique assez naïve elle aussi, sans sens péjoratif. Pas mal de fraicheur donc, et quelques tentatives plus osées, comme ce feutré « Live Before We Die », suintant de bons sentiments et de philosophie Carpe Diem simpliste, mais sincère. De temps à autres, le quatuor joue la carte de la franchise, et propose un Hard Rock solide légèrement Sleaze sur les bords, mais évitant le fardage d’un maquillage un peu trop prononcé (« A Love That Shines », sorte de digression sur un thème HAREM SCAREM par la vague Glam des années 90). More Humanity Please... est donc à l’image de son titre, et joue le jeu de l’honnêteté musicale tout en affirmant son identité sans trembler.

Le title-track lui-même est d’ailleurs plus volontiers encadré par un Classic Rock typiquement ricain, et suggère des liens avec les DEL AMITRI, les MATCHBOX TWENTY, tout en gardant l’âpreté d’un Hard Rock musclé se réveillant sur le refrain. Et si la production manque légèrement d’ampleur sur les passages les plus musclés, elle se révèle riche et pleine sur les instants les plus modulés, et le choc entre les deux visages n’en est que plus intéressant. En l’état, rien ne nous permet d’affirmer que ce projet se montrera viable ou restera à l’état d’anecdote charmante, mais en appréciant le final AOR nerveux « How Does It Feel », j’espère sincèrement que les BARROS poursuivront encore un peu leur chemin, en gommant quelques erreurs de jeunesse naturelles, sans perdre de leur spontanéité. Imparfait mais frais, aussi futile que séduisant, cet album semble incarner la bande son parfaite d’un été qui se rappelle de sa propre jeunesse sans oublier dans quelle époque il vit.    

       

Titres de l'album:

                         01. My Everything

                         02. Disconnect

                         03. Kingdom For A Day

                         04. Take Me As I Am

                         05. Tearing Us Apart

                         06. When It Rains It pours

                         07. Live Before We Die

                         08. A love That Shines

                         09. More Humanity Please

                         10. How Does It Feel

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par mortne2001 le 20/07/2018 à 18:50
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Bon alors moi, forcément, je déteste cet album et d'ailleurs tout ceux qui ont suivi...
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Vieux con speaking... ... ...


Merde, si j'avais connu ça en 1994 j'aurais adoré....c'est excellent.


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vivement le 26


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Quelle excellente chronique! Merci


Les mêmes que sur l'album de Nader Sadek, avec Vincent à la place de Tucker... Curieux d'écouter ça, perso.


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Superbe chronique, bein écrite et qui rassemble bien toutes les impressions du disque ! J'adhère à fond ! Merci d'avoir mis en avant BLACK PAISLEY !


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Et bien rassures-toi RBD, ton report est à peine "moins pénétrant que celui d'un Mortne2001"...
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Bravo donc.


Oui, je pense que le groupe aussi ! Une galère interminable j'ai cru comprendre !


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Tellement content que cet album sorte enfin ! :)