LIZZY BORDEN a toujours plus ou moins été l’épouvantail du Heavy US. Au départ, il a volontiers été comparé à une version déjantée et purement 80’s de l’oncle Alice Cooper, sans que les fans ne soient dupes de son affiliation européenne à IRON MAIDEN, dont il empruntait la plupart des gimmicks et de l’instinct naturel de composition. Ses prises de position furent au début, assez cocasses dans l’esprit, et plutôt révélatrices d’une tendance à la provocation cheap qui ne s’accompagnait pas toujours d’une réelle solidité d’inspiration. Puis, après deux albums joyeux, mais moyens (Love You To Pieces, Menace To Society), et un double live gonflé, mais subtilement prématuré (The Murderess Metal Road Show, MAIDEN avait quand même attendu cinq LP pour faire le coup), on nota un très perceptible glissement vers une musique plus adulte, qui culmina même lors de la repompe presque éhontée du Operation Mindcrime des QUEENSRYCHE (Master of Disguise, culotté, mais très réussi). Du maître MAIDEN à l’élève QUEENSRYCHE, il n’y avait qu’un pas que le groupe se fit un plaisir de franchir, histoire de profiter de l’air du temps, avant de le trouver si frais qu’il en resta congelé pendant des années…Pensez donc, depuis, deux albums en plus de vingt ans, soit pas grand-chose, d’autant plus que les deux œuvres en question n’avaient rien de fondamentalement indispensable, même si l’on nota un durcissement du ton sur le plutôt bon et ultime Appointment With Death qui semblait renouer avec l’énergie des débuts. Tout ceci nous arrête donc chronologiquement en 2007, puisque depuis cette date, l’oubli s’est de nouveau substitué à l’envie, jusqu’à ce retour inopiné hier aux Etats-Unis, via un septième LP studio que les fans devaient attendre avec une certaine impatience. De là à dire qu’elle sera récompensée, il y a un gouffre que je ne franchirai pas, puisque l’objet en question sera sans doute sujet à caution, même parmi la frange la plus hardcore de la fanbase du combo…

Il est de notoriété publique que le sieur Gregory Charles Harges est du genre versatile. Sa discographie est là pour en témoigner, et les changements de style et de direction sont monnaie courante avec lui, et une fois est encore coutume, c’est à un banquet surprise qu’il nous convie, ou les invités masqués dissimulent une assemblée pas vraiment habituée aux exactions théâtrales du bonhomme. Car le LIZZY BORDEN version 2018 n’a plus grand-chose à voir avec le simili-héros des années 80, et même s’il semble se sentir à l’aise dans son époque, sa vision d’un Hard Rock moderne est quelque peu opportuniste, et surtout, méchamment biaisée. Inutile donc en tendant l’oreille sur ce My Midnight Things de vous attendre à une nouvelle bordée d’histoires d’horreur dans la plus grande tradition Cooper, mais plutôt à la setlist d’un groupe fantoche désireux de renouveler son lectorat, en dépit de la fidélité de ses afficionados les plus acharnés. Ceux-ci auront du mal à reconnaître leur leader, qui s’il n’a rien perdu de son talent de conteur a préféré la facilité d’hymnes instantanés et aussitôt oubliés à la difficulté de composer de véritables chansons susceptibles de durer. Ayant moi-même suivi de loin les pérégrinations du combo dans les années 90 et 2000, je n’ai pas du tout reconnu l’ADN d’un groupe qui en dépit de son barnum encombrant savait trousser de jolis petites comptines déviantes pour accros à l’Horror Heavy Metal, ni la patte d’un gang ayant le talent de mimétisme suffisant pour se faire passer pour QUEENSRYCHE à la place de Geoff Tate. J’en conviens, le temps ayant largement passé, il eut été inutile de croire que ce nouveau LP allait nous propulser dans le temps à la recherche d’un passé qui n’a plus besoin d’exister, mais de là à devoir subir la plupart du mien des Pop-songs que le plus fainéant des groupes de Metal Pop contemporain aurait dénigré, il y avait une marge que je me refusai d’envisager. C’est pourtant le cas, et nous atteignons parfois un point de non-retour dangereux, qui nous rapproche des pires exactions niaiseuses d’HELLOWEEN, lorsque les américains tentent le coup du Broadway de poche sur le terrifiant « Run Away With Me », triste à faire passer « Windmill » ou « When The Sinner » pour des monstres de Thrash puriste en devenir…

J’en conviens, en faisant abstraction du nom figurant sur cette pochette, certains morceaux s’avèrent dangereusement entraînant et catchy, et dignes des charts ricains. « My Midnight Things » et son suiveur « Obsessed With You » sont en effet des mètres étalons d’un certain modernisme Metal en vogue aux Etats-Unis depuis l’avènement de LINKIN PARK, et parviennent sans peine à intégrer à leur vocable les tendances up in time de BON JOVI à un contexte Proto-Metal électronique que les IN THIS MOMENT pourraient prôner en version sucrée. La production volontairement aplanie et contemporaine propulse donc la rythmique au rang de pulsation cardiaque de dance-floor Metal improbable, et toutes les aspérités ont été gommées, pour permettre au M.C Lizzy de groover comme un beau diable perdu au milieu d’une foule de jeunes filles énamourées. Mais malgré leur acceptation du temps qui passe et des modes qui trépassent, ces deux titres n’en restent pas moins des cas isolés dans un tracklisting qui ne fait par la suite que les répéter, pour les balbutier, et choquer de leur manque de témérité. On sent que la tête pensante qui s’est occupée d’une bonne partie de l’instrumentation a attentivement écouté la radio durant son temps de silence, qu’il a pensé mettre à profit en s’adaptant, et en reniant donc tout ce qui faisait le charme d’Appointment With Death, qui lui gardait encore une prise avec la réalité Hard-Rock nous concernant. De là, rien ne nous est épargné, du Pop-Metal souple et putassier de « Long May They Haunt Us », pas désagréable mais franchement insultant niveau crédibilité, et réconciliant les POISON et MADINA LAKE, à « The Perfect Poison », que des clones malheureux du LACUNA COIL le plus poisseux auraient pu tenter dans une confusion générale, jusqu’à ce que la tête sorte enfin de l’eau à l’occasion du plus musclé « Our Love Is God », qui ose enfin le staccato et se rapproche même d’une version faux-cul de MARILYN MANSON, sans en avoir le génie du marketing.

Et comme en plus, la fin de l’album ressemble à un gigantesque fourre-tout, le bilan n’est franchement pas brillant. Entre des reprises hautement dispensables et larmoyantes version blockbuster à deux sous de morceaux déjà au casting (« My Midnight Things » et « Long They May Haunt Us », adaptations romantico-symphoniques à faire pleurer la ménagère de plus de cinquante ans), des bricoles aux nappes vocales aussi émouvantes que la mort d’un vampire neurasthénique dans True Blood (« Silent Night »), les cadeaux sont plutôt roboratifs, si l’on met de côté cette relecture plutôt maligne du classique « Waiting in the Wings », version Michael Sembello sous acides, dont l’original figurait sur le seul incunable…Master of Disguise. Que c’est triste Venise au temps des amours mortes ? Certes, mais la Californie est une frontière entre mer et terre le désert et la vie, et la traversée de LIZZY BORDEN risque de lui faire manquer l’oasis du comeback grandeur nature, pour finir exsangue sur le sable d’avoir trop renié son glorieux passé.

   

Titres de l'album:

                        1.My Midnight Things

                        2.Obsessed with You

                        3.Long May They Haunt Us

                        4.The Scar Across My Heart

                        5.A Stranger to Love

                        6.The Perfect Poison

                        7.Run Away with Me

                        8.Our Love Is God

                        9.My Midnight Things (Reprise)

                       10.We Belong to the Shadows

                       11.Long May They Haunt Us (Reprise)

                       12.Silent Night

                       13.Waiting in the Wings

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par mortne2001 le 28/06/2018 à 18:38
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