Il y a trois choses que toute personne ayant vu Alien plus d’une fois n’a pu oublier. D’abord, la vision presque iconique de Sigourney Weaver en petite culotte blanche. Ensuite, cette bestiole presque rigolote qui éventre joyeusement le poitrail du pauvre John Hurt pendant qu’il prend son petit déjeuner. Et finalement, ce gros vaisseau blanc qui défie l’espace de ses propulseurs et qui finit par exploser sa maquette d’un retentissement nucléaire galactique, le Nostromo. Inutile de tourner autour du pot, et malgré les nombreux aléas scénaristiques qui animent ce chef d’œuvre de Ridley Scott, ce sont les trois images qui hantent les mémoires, au même titre que le score malin de Jerry Goldsmith. Et justement, cette explosion finale en champignon de l’hyperespace cacophonique est sans doute le meilleur parallèle à établir avec cet homonyme suisse dérangé qui a commencé sa carrière sur les chapeaux de roues avant de la finir en queue de poisson. Et on se dit sans peine que les NOSTROMO de Genève auraient pu avoir leur place sur ce vaisseau et prendre leurs instruments lors de la scène finale pour l’illustrer de leur cacophonie bruitiste à base d’ingrédients multiples. Mais revenons en arrière, en 1996. A l'époque, le groupe balbutie encore son extrême à base de guitares grasses, de rythmiques heurtées et de chant hurlé, avant de nous en coller une bonne derrière les oreilles via son premier long, faussement baptisé Argue. Faussement, parce que déjà, et de façon plus que précoce, il était inutile d’argumenter avec ces gus qui ne concevaient la musique que sous son aspect le plus brut, le plus violent, et le plus compact. Et cette densité ne s’est que rarement démentie par la suite, à tel point que nos GOJIRA nationaux en ont fait leurs héros d’une carrière. Et d’ailleurs, rien d’étonnant à retrouver Johann Meyer, ingé son de notre ensemble le plus mondialement connu derrière la console pour ce véritable retour en fanfare qu’est Narrenschiff. Car NOSTROMO avait une mission à accomplir avec ce nouvel EP. Enregistrer la musique la plus brutale de sa carrière, pour bien entériner son retour. Chose faite, acte pris, et bourrasque encaissée de plein fouet.

Suite à leur performance au Hellfest, les NOSTROMO s’étaient d’ailleurs retrouvé embarqués sur la tournée GOJIRA, qui démontrait là que son amour pour la référence n’avait rien d’un effet de manche. Les concerts furent d’ailleurs apocalyptiques, éreintants pour le public, mais jouissifs en diable, un peu comme un trip ultime entre le chaos et la création pour défier Dieu, à grand renfort de gravité et de saccades appuyées. Et en se basant sur La Nef Des Fous du poète Strasbourgeois Sébastien Brant, le collectif a assuré ses arrières et pris le temps d’expliquer le pourquoi du comment, et la difficulté de vie qu’il a dû affronter ces deux dernières années. Javier Varela (chant), Jérôme Pellegrini (guitare), Lad Agabekov (basse) et   Max Hänsenberger (batterie), quatuor renouvelé, se présente donc sous son jour le plus nocturne, livrant là l’un des travaux les plus ténébreux de son histoire, mais aussi l’un des plus intenses. Car non seulement Narrenschiff tient largement la comparaison avec le pilier Hysteron-Proteron, dernier album studio publié en 2004, mais il parvient même à en dépasser les pics de puissance, sans forcer son talent, ni sombrer dans la parodie des influenceurs énervés de voir la nouvelle génération louée à leur place. Mais cette place de leader, le groupe la mérite, et le prouve en cinq morceaux plus une outro (dans le texte, en allemand, par Rodolphe Burger, ex-leader de Kat Onoma) qui remettent les pendules à l’heure de la bestialité instrumentale et du ressenti animal. Presque chirurgical dans ses attaques, ce nouvel EP fait la part belle aux chaos le plus maitrisé, un peu comme si les amis de GOJIRA s’attaquaient au répertoire de MESHUGGAH, sans changer leur optique évolutive. Et si la comparaison vous semble culottée, dites-vous qu’elle n’est en rien exagérée. Pour en être persuadé, il vous suffira d’écouter le monumental « The Drift », qui fera trembler vos doutes comme la faille de San Andreas.

La Nef Des Fous de Brant était donc le parfait écrin pour mettre en relief cette faim renouvelée de véhémence musicale. En se basant sur cet ouvrage du quinzième siècle, consacré à la condition humaine, à la folie, mélangeant la satire, la morale, l’ironie et le sermon, le tout sur fond de constat plus que pessimiste sur la nature humaine, NOSTROMO a choisi le bon concept pour assumer ce regain de noirceur global, qui se manifeste non seulement individuellement, mais aussi collectivement. Si la guitare de Jérôme Pellegrini sonne comme un hallali annoncé de longue date, le chant de Javier Varela prend des allures de jugement dernier, et de sentence prononcée depuis l’origine des temps. Aussi syncopé qu’il n’est franc, aussi direct qu’il n’est rythmiquement tortueux, ce nouvel EP parvient à synthétiser l’essence même du groupe original pour la propulser dans une haine nouvelle, symptomatique d’une époque qui a parfaitement conscience du caractère d’urgence d’un changement qui ne viendra sans doute jamais. Et les suisses n’ont pas vraiment changé eux non plus. Si comme d’habitude ils ont privilégié l’optique choc et immédiate, tassant leur inspiration pour la faire rentrer dans le cadre des trois ou quatre minutes, ça ne les a nullement empêché de caser un maximum d’idées et de plans dans ce temps imparti, et « Taciturn » de se montrer beaucoup plus volubile dans la méchanceté que taciturne dans l’attitude. Toutefois, le quatuor prend parfois ses distances avec ce condensé, lors de « Septentrion », qui de ses grondements stellaires en intro inquiétante clôt l’aventure musicale sur une note encore plus sombre que ce qui l’a précédé. On flirte même avec le Death lorsque la guitare va puiser au plus profond de son nihilisme les riffs les plus opaques, mais la rythmique veille et impose vite un mid tempo chaotique qui remet le groupe sur ses rails.

Et l’adjonction de Max Hänsenberger dans le rôle de percussionniste a visiblement donné un surplus de kérosène au trio de tête, qui s’est soudain senti galvanisé, et prêt à expérimenter ses options les plus noires. Et finalement, ce style unique qui ne se laissait pas définir si facilement devient de plus en plus compliqué à cerner, tant NOSTROMO joue sur tous les tableaux, au point d’évoquer parfois CONVERGE, KNUT ou même les NASUM qu’ils se plaisent à citer comme influence probable, sans toutefois user des blasts. Mais par pitié, devant la richesse de ce nouveau chapitre, que les webzines cessent immédiatement d’employer le terme vulgarisateur et erroné de Metalcore, puisque Narrenschiff en est à peu près aussi proche que Desproges de l’humour potache…Non que j’insulte indirectement les amateurs du style, mais la profondeur, les textures, les trouvailles sonores qui constellent cet EP rattachent plus volontiers les suisses d’une forme très technique et brutale de Hardcore, ce que l’artwork signé de la main même de Javier Varela (Hardcore Solution Graphismes, Genêve) prouve de son trait précis. Et finalement, ce fameux parallèle avec le remorqueur spatial imaginé par Ridley Scott prend tout son sens eut égard à ce comeback tonitruant de NOSTROMO…Espérons qu’une fois encore, il n’explose pas en plein vol.

  

 Titres de l'album :

                        1. The Drift

                        2. Taciturn

                        3. Superbia

                        4. As Quasars Collide

                        5. Septentrion

                        6. Narrenschiff

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par mortne2001 le 14/04/2019 à 14:23
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Pareil, excellent bouquin !


Excellent ouvrage que je recommande.


L'info vous avez du la lire sur le scribe du rock il me semble qu'il y a une interview.
https://www.webzinelescribedurock.com/2020/02/ultime-eclat-glaciation-entretien.html

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