Jouer du Thrash d’époque, c’est une bonne chose pour la mémoire collective. Encore faut-il se souvenir justement qu’il n’y avait pas UN Thrash mais bien DES Thrash, et qu’il était blasphématoire il y a trente ans de mettre METALLICA, DEATHROW, KREATOR et WATCHTOWER dans le même panier.

Non, tous les combos de revival Thrash ne vouent pas le même culte à EXODUS, SLAYER et consorts et savent aussi se rappeler que certaines formations de série B sortaient elles aussi des disques fameux et fumants, plus brutaux et radicaux que ceux de leur aînés.

Lorsque ce cas de figure arrive, il est toujours intéressant de disséquer la musique en question pour tenter d’en repérer les fondements, qui peuvent se montrer allusifs ou démonstratifs envers des gangs que la postérité à oubliés, mais pas l’histoire, ni la poignée de fans à la passion dévouée.

Ainsi, les Américains de SUPPRESSIVE FIRE proposent avec leur second album Nature of War un panachage intéressant d’influences multiples, aussi nuancées que brutales, et survolant dix ans d’une musique extrême que l’on ne parviendra jamais à synthétiser d’une façon précise et exhaustive.

Ces originaires de Raleigh, en Caroline du Nord, sont plutôt avares de renseignements sur leur page Facebook, mais en fouillant un peu, on apprend qu’ils se sont formés en 2013, et qu’ils ont déjà publié un longue durée l’année dernière, Bedlam,

En dehors de ça, ils évoluent en quatuor (Joseph Valhal – guitare lead, Aaron Schmidt – Guitare/chant, Will Saenz – basse et Josh Bleeks – batterie), se montrent fins instrumentistes, aussi aptes à faire parler la poudre la plus explosive que de distiller des ambiances pesantes et étranges, et s’inspirent tout autant du feeling en vogue dans la Bay Area des eighties que dans le sombre Thrash de la Ruhr des mêmes années. Des influences notables ? Ils citent volontiers SODOM, EXODUS, KREATOR, DEATH ANGEL, DEATH, CARCASS, NUCLEAR ASSAULT, VIO-LENCE, GOATWHORE, SKELETONWITCH, TOXIC HOLOCAUST, MIDNIGHT, ALL HELL, et WITCHAVEN, et même si certains noms sont plus employés pour l’évocation, d’autres au contraire définissent clairement les contours de leur Metal agressif et poisseux, qui peut faire preuve de délicatesse lorsqu’il le faut.

L’important est de savoir que ces quatre truands proposent huit morceaux qui couvrent un éventail de détails assez impressionnant, refusant de se cantonner à une attaque radicale ou à une approche médium, et combinent plusieurs aspects de notre Metal préféré pour lui rendre un hommage mérité.

Les quelques approximations de leur premier LP ont vite été rectifiées, et à l’écoute de ce Nature of War, on constate une professionnalisation peaufinée, qui transforme chaque chanson en classique instantané. Pourtant, les SUPPRESSIVE FIRE n’ont pas choisi la voie de la facilité, ni en termes de composition, ni en termes de production, et une simple écoute du pavé central « Dreaded Bastards » et ses huit minutes de digression suffit pour le comprendre.

Oser juxtaposer dans la même structure la délicatesse progressive d’un METALLICA, les évolutions mélodiques d’un TESTAMENT ou d’un ANNIHILATOR, et agencer le tout d’une puissance Hardcore héritée des CRO-MAGS et autres CRUMBSUCKERS n’est pas donné à tout le monde, et pourtant le quatuor s’en tire à merveille, signant là un de chefs d’œuvres absolus du revival Thrash qui commençait à salement tourner en rond.

Et en prouvant qu’ils sont capables de mener de front deux optiques radicales et différentes, ils s’affirment comme valeur de premier plan, puisque le reste de l’album est d’une qualité au moins équivalente, sans pour autant répéter les mêmes astuces.

Bluffant, pour le moins.

Ainsi, l’ouverture tonitruante « Violent Enlightenment », après une intro bien Heavy et poisseuse, se perd dans les dédales d’un Thrash touffu et puissant, un peu à l’image du premier CEREBRAL FIX, les tics Hardcore ludiques en moins. Un peu du KREATOR le plus ancien, saupoudré d’une bonne couche de glaçage de Thrashcore US, et le tour est joué, et vite.

Il est d’ailleurs joué encore plus vite sur le lapidaire « Depraved », qui en moins de deux minutes fait le tour de la question extrême en privilégiant la vitesse et la brutalité au détriment de l’ambivalence.

Mais « No Man’s Land » démontre bien vite les qualités médium des Américains, en troussant un hymne de la trempe des meilleurs KREATOR de milieu de carrière, et en multipliant les riffs assassins et inspirés, qui nous ramènent même à l’époque des MORTAL SIN et SODOM les plus inspirés. Chapeau bas, d’autant plus que l’interprétation est au-dessus de tout soupçon, et fait preuve d’une précision époustouflante dans la violence sans tomber dans la démonstration poussive. Multiplication des breaks pour se rapprocher d’une union ANNIHILATOR/AGONY, et en seulement trois incarnations, les SUPPRESSIVE FIRE nous ont déjà conquis, par leur flair mais aussi grâce à de fabuleux soli.

Outre le « Dreaded Bastards » déjà évoqué, qui est d’ailleurs enchaîné à son plus parfait opposé incarné par le terrassant « Earthripper » et ses parties de guitare qui ne visent qu’une efficacité optimale, on peut aussi aborder le cas d’école du morceau éponyme, qui une fois de plus, joue la richesse des plans et la pertinence d’une rythmique aussi franche que volubile.

Intro qui prend son temps, pour une fois de plus affoler la machine qui tourne fou en cadence d’un Thrashcore véloce, avant qu’une fois encore l’ambition ne prenne le pas sur la déraison au son d’un vieux Black Thrash inspiré des méfaits de HELLHAMMER. Accumulation d’idées toutes plus pertinentes et affolantes les unes que les autres, c’est un équilibre parfait entre radicalisme et pluralisme, pour un album qui prend des airs de festival d’inspiration à l’éventail large.

« Vesicant » retrouve l’essence morbide de CELTIC FROST et VENOM, et l’injecte dans un cadre Tower of Spite des CEREBRAL FIX, et casse encore le schéma de quelques accélérations maîtrisées, et de riffs extrêmement redondants, dans le bon sens du terme.

Ne reste plus à « Nuclear Dismemberment » qu’à refermer la page de ce second chapitre avec la même aisance, en cumulant d’autres possibilités, suggérant même une allégeance au SEPULTURA de l’époque Schizophrenia, que le quatuor US mâtine d’inflexions de la Bay Area plus vraies que nature.

Je disais récemment qu’il devenait difficile pour les combos se réclamant d’un Thrash vintage de proposer quelque chose de neuf, mais il semblerait que ce Nature of War des SUPPRESSIVE FIRE ait été posé sur mon chemin pour me contredire.        

Puisqu’il résume à lui seul toutes les démarches de l’époque, en s’en appropriant les codes pour les rendre plus personnels.

 Un cas d’école, l’exception qui confirme la règle ? Peut-être, mais dans l’immédiat, un LP qui place la barre très haut en ce début d’année, et qui risque de servir de mètre étalon exigeant pour la suite des évènements.


Titres de l'album:

  1. Violent Enlightenment
  2. Depraved
  3. No Man-s Land
  4. Dreaded Bastards
  5. Earthripper
  6. Nature of War
  7. Vesicant
  8. Nuclear Dismemberment

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 08/02/2017 à 17:45
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chro séduisante, bon morceau également, merci pour la découverte


Franchement meilleur que les dernières prod de Death Fr...


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Ben oui, normal. Déjà assimiler "vegan" et "antifa" est hors sujet.
Soutenons UADA !


KaneIsBack + 1.


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Non.


Cet album est absolument fantastique !!!


Ravi de lire un report sur Aura Noir


J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


commandé


Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


Candlemass c'est pourris depuis la première séparation des années 90...Avant c'était génial et sombre.


Rien d'autre a faire que d'aller au Botswana ?


Donc Ici on ne peut pas être anti-fa, et vegan sans être aussi une cible...


Les antifas sont effectivement aussi fascistes que ceux qu'ils dénoncent. Pitoyable histoire...


Si Jeff est aussi insipide dans MDB qu'il ne le fut dans Paradise Lost, ça promet de sombres catastrophes. Je me souviens encore de la manière dont il détruisait "As I die" sur scène...


Très très curieux d'entendre ça, surtout avec le retour de Langqvist.


Faut voir le résultat, je suis très méfiant avec CANDLEMASS qui n'a rien proposé de bandant depuis fort longtemps ! Mais sur le papier... oui c'est la classe ultime !


C'est exactement ce que je me disais... La classe !


"Mais aussi que Toni Iommi (ex-BLACK SABBATH) apparaissait sur le titre "Astorolus - The Great Octopus" le temps d'un solo".
Si ça c'est pas la grande classe... ... ...