Child Soldier Creator Of God

Greg Puciato

01/10/2020

Federal Prisoner

En préambule de cette chronique, je tenais à assurer mon mépris éternel au journaliste/abruti (qui n’est journaliste que de nom) qui s’est cru hautement malin de distribuer gratuitement sur la toile cet album un mois avant sa sortie, obligeant l’artiste à lâcher son premier LP solo avec des semaines d’avance. Comment un tel comportement peut s’expliquer alors que 2020 est la pire année de l’histoire pour les artistes qui voient leurs tournées annulées, repoussées, et qui se demandent s’ils pourront continuer leur métier sans avoir à pratiquer la mendicité artistique ? Je me perds en conjectures sur ce comportement irresponsable, et je ne peux que déplorer sincèrement une telle attitude qui condamne un album bien avant que le public n’ait pu le découvrir officiellement. Espérons quand même que les supports physiques et numériques de Child Soldier : Creator Of God trouvent de nombreux acheteurs, mais surtout, que la situation évolue dans le bon sens. Préambule terminé. Fuck you !

Sinon, vous n’êtes pas sans connaître le musclé Greg PUCIATO, sorte de fils spirituel d’Henry Rollins et Glenn Danzig, celui qui à l’inverse de Moïse n’avait pas besoin d’écarter le public en deux pour le traverser. Les fans ne se sont jamais vraiment remis de ses performances hallucinantes en live, notamment celle surnaturelle dans un Virgin qui voyait le féroce chanteur se jeter dans le public alors même que le premier morceau venait à peine de démarrer. Comme beaucoup d’entre vous, j’ai eu la chance de voir plusieurs fois l’homme in situ avec son groupe phare, DILLINGER ESCAPE PLAN, et j’en ai vite conclu qu’il était de cette caste de frontmen capables de tout faire sur une scène, même sans liberté de mouvement. Je l’ai vu enflammer la scène de La Maroquinerie à Paris, pourtant étroite, je l’ai vu lâcher un napalm vocal sur le Trabendo, et même détruire la Nef d’Angoulême à force de lézarder les murs de ses cris. Mais depuis la cessation d’activité de DEP, l’homme a continué son chemin, créé une nouvelle entité (THE BLACK QUEEN), avant de s’épancher violemment en solo…d’une façon tout à fait accidentelle. Persuadé de composer un nouvel album pour TBQ, Greg a commencé à empiler quelques morceaux perso, avant de se rendre compte que leur rendu ne correspondait pas vraiment à l’univers de son combo. Alors, que faire ? Simple, penser pour la première fois se lancer sous son propre nom, et assumer seul ou presque l’instrumentation. Aidé en cela par quelques percussionnistes bien connus de son entourage direct (Ben Koller, Chris Pennie et Chris Hornbrook), Greg a donc accusé réception de son aptitude à enregistrer le reste des instruments seul pour proposer à son public quelque chose de différent, mais résumant à merveille son parcours musical depuis sa découverte au début des années 2000. Dès lors, inutile de vous attendre à une resucée de DILLINGER ou à une simple extension de THE BLACK QUEEN, Child Soldier : Creator Of God est bien un album de Greg sous son nom, et offre une diversité de ton assez conséquente, l’auteur ne s’étant pas préoccupé d’une quelconque homogénéité de styles.

Avec plus de soixante minutes au compteur, cette première escapade est riche, et vous aurez de quoi vous amuser pendant quelques temps en le disséquant. On retrouve Greg au meilleur de son inspiration, peut-être parfois un peu complaisant, mais jamais à dessein. Sa musique sur cet album revêt différents atours, de la délicatesse d’une électronique travaillée à la rudesse d’un Hardcore pas vraiment Math, mais hyper violent, en passant par des hybridations plus surprenantes qui ne sont pas sans rappeler une association entre Trent Reznor et DEPECHE MODE, comme le prouve l’évanescent mais Heavy « Fireflies ». Conscient que de produire sous son propre nom lui permettait toutes les libertés, mais lucide aussi sur le fait que son propre nom est justement associé à des groupes admirés par le public et représentant des modèles pour la société musicale, Greg a donc trouvé le compromis parfait, sans en faire. Sa personnalité seule s’est chargée de la cohérence du projet, ce qui lui permet d’éviter les comparaisons trop directes qui lui auraient coûté des reproches formels. Et comme un pied de nez extraordinaire, le LP commence sur une ballade acoustique d’une pureté absolue, sur laquelle la voix de Greg sonne claire et sincère, un peu fragile, avec toujours ce falsetto qui a fait sa marque de fabrique sur les morceaux les plus Ambient de DEP (« Heavy Of Stone »). Pour enfoncer le clou, l’artiste continue avec une sorte d’hommage à Tricky et lâche le dansant « Creator Of God », et alors qu’on se dit que cette première œuvre fuit la violence comme le monde son salut, « Fire For Water » sonne l’alarme Hardcore avec sa dissonance irritante, permettant enfin à la guitare de reprendre ses droits, et à la voix de Greg de retrouver ses impulsions les plus animales.

Soyons clair, cet album est une sorte de fourre-tout génial qui a permis à PUCIATO de sortir ses tripes et mettre son âme de musicien à nu. Lorsqu’il singe la nonchalance électrique des années 90, il reste crédible, comme s’il découvrait les L7, les SMASHING PUMPKINS, et les AFGHAN WHIGS (« Deep Set »). Lorsqu’il s’emballe Rock, il nous largue un up-tempo à donner des puces aux RAMONES (« Down When I’m Not »). Lorsqu’il décide de proposer un mantra universel pour apaiser les tensions internes et trouver la paix, il module, chante comme sous Xanax, mais développe des mélodies prenantes (« You Know I Do »). Et une fois l’album envisagé dans sa globalité, sa longueur n’a plus de quoi étonner. Il fallait que Greg sorte ce qu’il avait en lui depuis longtemps, sans avoir à coller à l’éthique d’un collectif particulier. Cette fois-ci, le collectif, c’est lui, et lui seul, et sa pudeur n’a d’égal que son talent pour transcender des approches classiques et les transformer en aveux harmoniques (« Through The Walls »). Beaucoup se désespèreront de la tendance paisible de cet album, même si la violence couve souvent sous la douceur apparente, comme un volcan prêt à exploser. Beaucoup se demanderont ce qui a pu passer par la tête de Greg pour qu’il ose « A Pair Of Questions », qui ressemble à une retraite méditative de Devin Townsend en Californie des années 80. Beaucoup déploreront que les fulgurances Hardcore soient aussi absentes. Beaucoup rageront de la copie presque trop fidèle du NIN des années 90 de « Evacuation ». Beaucoup. Mais les plus ouverts s’enthousiasmeront pour cet album différent, qui place Greg dans une situation idéale, celle du chanteur de vous-savez-quel-groupe-monstrueux qui maintenant fait ce qu’il veut.

J’ai beaucoup aimé pour ma part, même si de nombreuses écoutes ne m’ont pas encore révélé tous ses secrets. J’ai beaucoup aimé cette sincérité, cette honnêteté de ton, et surtout, ces chansons si différentes, mais appartenant toutes à la même âme. Chacun sa sensibilité, mais je tiens à te remercier Greg de nous avoir offert un album sincère qui reflète ce que tu es, en partie, et ce que tu aimes.                                  

                                                                    

Titres de l’album:

01. Heavy Of Stone

02. Creator Of God

03. Fire For Water

04. Deep Set

05. Temporary Object

06. Fireflies

07. Do You Need Me To Remind You?

08. Roach Hiss

09. Down When I’m Not

10. You Know I Do

11. Through The Walls

12. A Pair Of Questions

13. Evacuation

14. Heartfree

15. September City


Site officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 23/11/2020 à 17:48
88 %    409

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Tartampion
@176.28.157.158
01/12/2020, 14:10:43

J'aime beaucoup DEP. Ces deux morceaux n'y ressemblent pas, mais me donnent envie d'écouter l'album au complet.

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