Lorsque la vague old-school a commencé à déferler, nous avons tout pris en bloc, à l’instar des films et séries répondant aux mêmes codes. Pour peu que ces réalisations empruntaient à l’iconographie d’époque, et y associaient une BO estampillée casher, le plaisir était tangible. Pensez-donc, un bain de jouvence, les retrouvailles avec une adolescence perdue, un bonheur de se croire jeune à nouveau…Aujourd’hui, alors que le temps a encore une fois passé, il est devenu d’usage de se montrer un peu plus difficile en matière de nostalgie, spécialement en termes de musique. Les groupes se succèdent, les œuvres s’enfilent parfois comme des perles de pacotille autour du collier du passé, et si certains tentent de nous faire passer des vessies vintage pour des lanternes d’aujourd’hui, d’autres continuent leur travail admirable, œuvrant dans l’ombre pour imposer une musique qui finalement, s’ancre parfaitement dans le présent malgré toutes les références à avant-hier. De même, il convient presque d’établir un calendrier à posteriori des faire-part de naissance, et de reconnaître à ces défenseurs d’un certain art de vivre la même légitimité antérieure que celle de leurs modèles, histoire de ne pas oublier ceux qui étaient là avant tout le monde. Ce qui est quand même un comble, au regard du modus operandi pratiqué qui consiste à piocher chez les grands aînés de quoi devenir son propre cadet…A ce petit jeu de la crédibilité, les canadiens de CAULDRON pourront revendiquer une certaine paternité Heavy que nul ne viendra leur nier. Depuis sa création en 2006, le trio n’a pas chômé, et a enchaîné les sorties, au point de fêter son cinquième longue-durée en 2018. Une carrière exemplaire et enviable, beaucoup plus longue que nombre des influences dont ils se réclament, et surtout, une belle stabilité dans la qualité, puisque ce New Gods ne vient en rien démentir toute la confiance accordée aux trois musiciens.  

CAULDRON, c’est un peu le groupe qui aurait bien aimé être calife à la place de, et qui aurait largement pu l’être. Comprenez que les originaires de Toronto pourraient faire croire à n’importe qui ne connaissant pas leurs jeunes et sémillants faciès qu’ils étaient là à l’époque, aux alentours de 81/82, à laisser traîner leur grande tignasse sur les trottoirs de la NWOBHM, attendant leur grand soir pour exploser le monde de leurs riffs francs et mélodiques. Possédant toutes les qualités requises pour faire partie des meneurs, les canadiens n’en sont pas moins de formidables suiveurs, mais surtout d’habiles créateurs qui continuent après douze ans de carrière de nous entraîner dans un passé qu’ils regrettent au point de le considérer comme leur présent. Et si les différences sont notables entre leur initial Chained To The Nite et ce petit dernier, elles le sont moins entre celui-ci et In Ruin, paru il y a seulement deux ans, et qui avait déclenché le même concert de louanges auquel New Gods aura certainement droit, si ce n’est déjà le cas. Si le tempo général semble avoir été contrôlé pour rester dans une certaine mesure Hard N’Heavy, l’ambiance globale est toujours aussi prenante, en tout cas autant qu’une tournée des BLUE OYSTER CULT en compagnie d’Alice COOPER. Ce sont les deux icones sous lesquelles ce cinquième effort se place, parmi tant d’autres, dont les immanquables DOKKEN par petites touches, et évidemment les cadors de la première vague anglaise, qu’il est inutile de nommer ici. Ce qui est utile par contre, c’est d’affirmer une bonne fois pour toutes que les CAULDRON sont d’importance, au moins autant que les scandinaves de NIGHT FLIGHT ORCHESTRA ou GHOST, puisque ces neuf nouveaux morceaux atteignent sans peine le niveau d’exigence requis par les nouveaux Dieux de la nostalgie. Et si le groupe nous joue encore une fois la carte dite du « meilleur album de notre carrière », il convient d’y voir la satisfaction d’un travail bien accompli, et le constat du regard en arrière qui a de quoi rendre fier. Dès lors, il n’est guère étonnant de prendre acte des déclarations de Jason Decay, qui affirme tout de go que New Gods est « leur album le mieux produit, en termes de son et de jeu ». L’homme affirme un peu plus loin avoir conscience des clichés que cette affirmation implique, et surtout que ce cinquième tome n’est que la prolongation logique du précédent, qui était lui-même dans la continuité du troisième. Une digression somme toute très honnête, pour un groupe qui revendique l’aspect live de sa musique, en n’acceptant qu’un minimum d’effets de manche et d’overdubs.

Et la musique ici est fameuse, au moins autant que celle de n’importe quelle star du cru qui se retrouve du jour au lendemain hébergé dans les colonnes de magazines non spécialisés, d’obédience publique. L’association des CAULDRON avec les GHOST est donc tout sauf innocente, les deux groupes ayant poli leur musique au point de lui faire accepter les contours d’une Pop-Rock léchée mais fabuleuse, à tel point que l’élément Hard-Rock pur n’en est que plus difficilement décelable la plupart du temps. Avec un son à faire croire au Billboard que le calendrier s’est arrêté sur 1985, et des compositions célébrant l’hédonisme créatif d’un Rock qui n’avait pas encore cédé aux clivages et acceptait toutes les ouvertures, New Gods délivre son lot de hits, que les réfractaires à la cause Heavy pourront apprécier en compagnie de Metalheads un peu plus ouverts que la moyenne. Mais dès « Prisoner of The Past », la donne est donnée, et les mots couchés sur papier. 2018 ne sera que s’il accepte d’être la conséquence d’années 80 que personne n’a envie d’enterrer, ce que confirme ce refrain en forme d’aveu, « Just a prisoner of the past, don’t know how to make it last, there is nowhere left to run ». Et cette franchise n’a pas besoin d’excuser une pauvreté d’inspiration en filigrane, puisque la production gigantesque qui arrondit les angles et donne de la profondeur élastique à la rythmique vient cautionner les options, qui une fois encore jouent la carte de la modération harmonique doublée de riffs accrocheurs et presque trop smooth pour être méchants. Et si « Letting Go » célèbre l’entrée dans les charts du séminal « (Don’t Fear) The Reaper » des BLUE OYSTER CULT, « Never Be Found » assume l’approche des NIGHT FLIGHT ORCHESTRA, sans le côté synthétique outrancier, mais avec ce chorus entêtant en diable qui a rendu les suédois si uniques pour nous.

Il est possible de se demander parvenu à ce stade si les CAULDRON s’adressent toujours à un public avide de décibels, et pas seulement de nostalgie trop belle pour être vraie. S’il est certain que la majorité des morceaux prônent le consensus, d’autres se souviennent des attaques soniques d’antan, à l’instar du dégoulinant « Drown », qui aiguise enfin ses riffs pour les rendre tranchants, dans une veine ENFORCER sans les clichés les plus gluants. Heavy oui, mais pas forcément pour longtemps, et les sirènes harmoniques au chant velouté de « Together As None » de se souvenir que les classements d’il y a trente ans se laissaient facilement amadouer par ces demies balades au tempo chaloupé, avant de complètement fondre pour des slows englués. Hit de l’album, et assomption des qualités intrinsèques d’un trio qui ne se renie pas, ce morceau est sans doute ce que les canadiens ont signé de plus roublard depuis leurs débuts, à la croisée des chemins du COOPER de « Poison » et du DOKKEN de « Dream Warrior », mais qui fonctionne puisque la sincérité ne cède jamais un pouce de terrain à l’opportunisme. Et si « Isolation » sert de transition et de repos du guerrier acoustique, les CAULDRON ont le mérite d’entériner leur retour par un gros burner des familles, via « Last Request » qui en appellera certainement beaucoup d’autres. Et au moment de conclure sa dithyrambe, puisque c’en est une, le journaliste responsable de cette prose se reposera sur les lyrics propres du groupe, pour affirmer que si lui aussi, est quelque part prisonnier de son passé, il en assume le manque de liberté par une prise de plaisir que les CAULDRON lui administrent avec bonheur et régularité.

  

Titres de l'album :

                        1.Prisoner of the Past

                        2.Letting Go

                        3.No Longer  

                        4.Save the Truth - Syracuse   

                        5.Never Be Found     

                        6.Drown        

                        7.Together as None   

                        8.Isolation      

                        9.Last Request

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par mortne2001 le 10/10/2018 à 17:00
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Même chose d'ailleurs pour tout ce qu'à pu faire le père Cavalera ensuite.
Vieux con speaking... ... ...


Merde, si j'avais connu ça en 1994 j'aurais adoré....c'est excellent.


Pas convaincu... entre cette intro "sur-blastée" qui sonne totalement forcée et ce chant mielleux ridicule, j'ai de sérieux doutes sur les ambitions (capacités ?) du groupe depuis le départ de Wichers...


En effet la production est juste énorme ! Ce son de gratte bordel...


HM2 tous potards au max! un son bien cracra comme j'aime et deux très bon morceaux
vivement le 26


On se croirait revenus 25 ans en arrière quand on découvrait Stratovarius ... pas désagréable, mais quel est l'intérêt de produire ce genre de musique de nos jours ...


Quelle excellente chronique! Merci


Les mêmes que sur l'album de Nader Sadek, avec Vincent à la place de Tucker... Curieux d'écouter ça, perso.


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