No One Hears Us

Graceful

01/09/2017

Autoproduction

Le Rock et la musique électronique ont toujours entretenu une relation amour/haine, ce qui est tout à fait normal eut égard aux fondements mêmes des deux doctrines. D’un côté, des guitares, qui sonnent cru, une section rythmique, qui joue dru, et un chant, feulant ou couillu. De l’autre, « des machines », « des samplers », « des computers », enfin, tout sauf de l’organique et de l’humain…Mais Polnareff le chantait déjà dans « Computer’s Dream », en 1971, avant que la décennie ne supporte une bataille rangée entre le ZEP, LYNYRD d’un côté, et KRAFTWERK de l’autre. A l’époque, difficile d’aimer les deux, le public adhérant à la cause du peuple, et les étudiants en archi ou les premiers Punk aimant la froideur et l’absence de dextérité. Pas besoin de démonstration pour manipuler des claviers, mais qui a dit que tous les guitaristes devaient être des guitar-heroes ? We could be heroes, just for one day, disait celui qui avait travesti les codes du Rock avant de s’enfermer dans une froide trilogie berlinoise, alors…Alors surtout, on s’en fout, puisque le temps est passé par là, depuis SUICIDE et Vega braillant rockabilly sur les nappes glauques de Martin Rev. Et tout le monde s’y est mis, aux USA comme ailleurs, et même en France tiens. C’était la mode à la fin des 90’s, quand les SILMARILS et les NO ONE s’y mettaient tous. Des beats élastiques sur fond de gros riffs, et puis plus de nuances pour les SIN, et tant d’autres. Aujourd’hui ?

Aujourd’hui, Nantes, et les GRACEFUL, mais le jeu n’a pas changé de règles. Il exige juste une plus grande concentration, et un peu plus d’adhésion. A des théories oui, mais aussi au désir d’unir dans une même envie Rock, Metal, Alternatif, Pop, Electronique, et un peu tout ce qui tombe sous la main. La nuit.

Et sur le manche.

L’histoire en elle-même remonte à 2011, avec un groupe alors dans les sentiers battus, proposant une stage foncièrement Rock aux teintes Stoner assez ombragées. Du classique, pour un quatuor (Eddie – batterie, François – guitare/chant/basse/piano, Claude – guitare/basse/machines et Pierre – guitare/machines) qui finalement s’est laissé dériver le long de sa propre inspiration, pour aujourd’hui nous offrir un des LP les plus libres de cette rentrée. En parlant de liberté, vous avez tout à fait celle de ne pas les trouver à leur place dans ces colonnes, un peu figées de Metal non dilué. Par contre, vous avez aussi celle de les apprécier, pour ce qu’ils sont, et non ce que vous en pensez. Car quand bien même les nantais usent sans abuser de sonorités Electro affirmées, leur base est restée sainement Rock, et sacrément salée. Ici, c’est l’énergie qui prime, mais surtout, la créativité, pour un No One Hears Us qui de sa qualité, contredit son propre intitulé. Il est certain qu’on va les entendre, de loin, et qu’on va surtout les écouter, puisqu’ils ont choisi de ne pas choisir entre les vagues, et de surfer sur la leur. Alors, leur musique, c’est quoi en fait ? Un nouveau Crossover à la mode ? Une fusion bien commode qui s’accommode d’une tolérance d’époque supportant bien des déviances ? Tout sauf ça, juste une musique profondément sensible, mais énergique, parfois sombre, mais souvent lumineuse, qui parvient à réunir dans le creux de la main les MANSON, ORGY, les RED HOT, PRODIGY, les NO ONE IS INNOCENT, SIN, et tant d’autres références que je ne me fatiguerai pas à les reproduire ici.

On pourrait parler à l’inverse de la force de GRACEFUL, dans son travail de recherche de textures sonores, qui leur permet de voguer entre chansons presque Pop et domestiquées d’un point de vue structurel et harmonique, et des morceaux plus éthérés ou ambitieux, qui justement abandonnent tout principe narratif musical de base pour se perdre dans le vortex Electro-Ambient (« No One Hear Us », qui rappelle certaines inclinaisons de Trent « God » Reznor, lors de transitions sur ses albums majeurs). La jonction entre les deux options leur autorise souvent des tentatives éclatantes, à l’image de ce bondissant « Cage Me », presque alternatif dans le rendu, mais assez précieux dans le vécu. Couplets qui sautillent d’un synthétisme flagrant, se heurtant soudain à un refrain répétitif et redondant, strié de guitares mordantes et d’effets en écho, pour une promenade dans les méandres du refus des contraintes et des choix imposés. Alors certes, ces strates électroniques sont maintenant une composante essentielle de l’ensemble, mais pour autant, elles ne grignotent pas l’espace vital du Rock qui se reconnaîtra dans un jeu de basse coulé qui n’hésite pas à taquiner tout son manche pour nous faire vibrer. Ou dans ces guitares mutines, rebelles, insidieuses qui tricotent des motifs en déliés, ou des thèmes plaqués. La démonstration en est donnée dès l’imparable « Buzz », qui risque fort de le déclencher de son up tempo rageur et de ses interventions vocales juvéniles, le majeur bien tendu sur le vinyle. On en a des traces certaines sur le pataud « Sweet Revolt », qui réussit la gageure de réconcilier fans de Rock sudiste et amateurs d’Electro-Rock nocif, comme si les ados des années 70 et 2010 n’avaient en fait qu’un seul but commun. Célébrer des chœurs enfantins à la MANSON pour se laisser pousser une barbe made in Alabama, sans que les uns ou les autres ne se rejettent.

En parlant de rejet, évoquons celui de la modération qui justement laisse No One Hears Us se terminer sur un triptyque dantesque de plus de vingt minutes. Véritable court métrage pour les oreilles, « Those Bastards Part I, II et III » condense toutes les possibilités, et les restitue au centuple, le long d’un Rock décomplexé, qui explose tous les carcans pour imposer sa propre liberté. Exercice rythmique complet, ce message sorti d’une bouteille en trois volumes résume toutes les capacités d’un quatuor d’instrumentistes pointus, qui ne cherchent qu’à partager ensemble, et avec nous, leur amour d’un art finalement devenu trop cloisonné pour vraiment respirer. Ici, l’air est brassé à plein poumons, qui s’enivrent de mélodies en contradiction, de graves qui nous racontent une histoire de gammes qu’on monte et descend, de guitares qui évitent le conflit tout en le provocant, de riffs lourds, de breaks qui s’envolent, et d’inspiration folle qui en quelques minutes survole toutes celles de ces vingt ou trente dernières années…Piano en demi-teinte, arrangements en engagement, répétitions et soudains frissons, quelle belle démonstration que ces trois tomes de clôture ne formant qu’une seule ouverture. Une ouverture sur un monde différent, que ces quelques ébènes et ivoires de fin nous présentent dans une délicatesse pleine de décence…

L’indécence serait de ne pas reconnaitre le talent d’où il émerge. Peu importe après tout qu’il soit formé à la dure des claviers et des sons samplés, ou de la rage des guitares maltraitées. Parfois, il nait d’une relation incertaine entre les deux. Le principal est qu’il se sente aimé. Et qu’il soit entendu…GRACEFUL, un nom que l’on retiendra pour une musique que l’on écoutera. Et une musique sans nom s’il vous plaît. Mais remplie d’émotions…


Titres de l'album:

  1. Help
  2. Buzz
  3. Death Race
  4. Sweet revolt
  5. No One Hears Us
  6. The Fall
  7. Cage Me
  8. Those Bastards Part I
  9. Those Bastards Part II
  10. Those Bastards Part III

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 19/10/2017 à 18:38
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