Un nouveau Reznor en 2016 ? Il nous l’avait promis et plaisantait même de cette assertion pendant des interviews…Il faut dire qu’entre ses participations à des BO (deux documentaires, celui de Leonardo DiCaprio sur les changements climatiques, Before The Flood, et le Patriots Day de Peter Berg sur le marathon tragique de Boston, et bien sûr, The Social Network et Gone Girl), et sa propension à bricoler dans son coin sans estimer que le monde ait besoin d’en savoir plus, les interventions du bonhomme se faisaient rares depuis la sortie il y a trois ans de Hesitation Mark.

Enfin, du bonhomme…DES bonhommes serais-je tenté de dire, puisque le fidèle acolyte Atticus Ross a enfin été intronisé membre à part entière du concept, ce qui n’est que justice au regard du travail qu’il a fourni pour en arriver là…

Selon le maître, il ne fallait pas se presser et attendre que les bons motifs effleurent son esprit. Il décrivait aussi l’épiphanie à venir comme un « disque impénétrable et assez difficile, quelque chose qu’il nous fallait faire ». Et si le format retrouve la brièveté de Broken pour la seconde fois dans sa carrière seulement, c’est tout simplement parce que l’histoire que l’homme en noir avait à raconter tenait dans le temps imparti d’un EP. C’est aussi simple que ça.

Mais en substance, pas facile de prendre la relève d’un Broken que beaucoup tiennent en très haute estime, au point de l’ériger comme pinacle d’une carrière, au même titre que le séminal The Downward Spiral. Non que les essais ultérieurs de Reznor ne tiennent pas la distance, mais il faut avouer qu’en la matière, cet imputrescible Broken semblait encore planer à des hauteurs inatteignables, surtout après tant d’années, vingt-quatre pour être précis, autrement dit, un quart de vie bien tassée…

Alors, ne laissons pas planer le suspense. Non, Not The Actual Events n’est ni Broken ni Spiral, mais il n’est pas non plus l’extension logique de Hesitation Mark, et on peut même dire qu’il s’en éloigne à grandes enjambées spirituelles.

Sorti à compte d’auteur et dispo sur le site officiel du groupe, il propose cinq morceaux pour à peine vingt minutes de musique, mais quelle musique…On retrouve le Trent des grands jours, même si l’objet est difficile à apprivoiser et ne se révèle qu’après plusieurs écoutes, indispensables pour en saisir toutes les nuances et la richesse.

Il est sombre, assez hermétique, mais certaines de ses interventions figurent parmi ce que le compositeur/bidouilleur de génie a proposé de mieux depuis très longtemps…

Comment le musicien décrit-il plus précisément cette petite récréation/exutoire qui lui permettra dans les années futures de « passer à autre chose » ? Il en déclare ceci, un peu candidement…

« C’est un revirement par rapport à Hesitation Mark. Et c’est difficilement comparable à nos musiques de film ».

Tout ça est bien gentil, mais un peu sibyllin…Mais pourtant la vérité se terre dans ces quelques mots lâchés pour avoir la paix et situer le contexte. Dans les faits, Not The Actual Events traite pourtant des faits constituant le présent de NINE INCH NAILS, et se permet même des exactions que les GODFLESH ou KILLING JOKE n’auraient pas reniées.

Cette comparaison est tout sauf anodine bien évidemment, et ceux qui suivent l’affaire EP de près auront reconnu l’allusion à « Burning Bright (Field On Fire) », dont le clip est présent sur Youtube depuis quelques temps, et qui renoue avec l’ambiance sombre du NIN des nineties, en optant toutefois pour une option de violence plus larvée, mais toujours aussi inventive au niveau des arrangements et de l’agencement.

La voix de Trent ne vieillit pas, pas plus que son art consommé d’associer des sons en strates pour former une symphonie Industrialo-électronique.

L’atmosphère est moite, le rythme appuyé, et pour un peu, on se retrouverait replongé dans l’ambiance malsaine et fétichiste de Broken, sans que les deux EP puissent se comparer d’une façon ou d’une autre.

Mais pour être honnête, tous les titres de ce Not The Actual Events sont d’importance, ne serait-ce que parce qu’ils sont les premiers sous la bannière NIN depuis longtemps.

Proposé en version digitale et en vinyle cent-quatre-vingt grammes gravé sur une seule face, cet EP qui s’ouvre sur une intro assez habituelle et ludique (« Branches_Bones », qui rappelle un peu les premières secondes de « Wake Up » pour ce côté un peu lo-fi qui explose soudain), navigue d’humeurs en pas de deux sur la piste d’un dancefloor abandonné, comme le suggère ce « Dear World », lettre ouverte à un monde agonisant, et qui n’hésite pas à se la jouer hautement synthétique sans paraître incongru. Des réminiscences de Pretty Hate Machine ? Plutôt un regard sur le présent en arrière du prisme The Fragile, qui lui aussi va ressortir en version quadruple rondelle, et pas mal de bruitages video game friendly qui tournent en boucle autour du chant éthéré de Trent…Un genre de SKINNY PUPPY revisité à la sauce EBM 2016, une récréation, mais d’une qualité inégalable…

La grosse pièce reste évidemment « She’s Gone Away », qui nous replonge dans des albums comme Year Zero tout en évoquant l’univers claustrophobique de Fincher, avec ce chant complètement détaché et cette atmosphère qui rappelle aussi le JANE’S ADDICTION de Ritual De Lo Habitual. Bizarre couché sur papier, mais pas plus que dans les oreilles, que Reznor ménage pourtant avec malice, bien qu’en termes d’intensité, ce morceau se place dans ses essais les plus intrigants….

« The Idea Of You », excellente surprise, s’amuse du Big Beat des PROPELLERHEADS pour l’insérer de force dans un contexte FRONTLINE, sans abandonner la patte NIN. Voilà donc la chose résumée d’une manière exhaustive.

Not The Actual Events prouve plusieurs choses. D’une, que Trent Reznor, maintenant complètement et légalement associé à Atticus Ross en a encore largement sous la botte pour nous surprendre.

Deux, qu’il est capable au présent de puiser dans son passé pour regarder vers l’avenir.

Trois, que ses travaux perso se font beaucoup trop rares pour se permettre de manquer le second EP de sa carrière, qui se hisse presque à la hauteur de la légende Broken.

Et puis, si le seul argument Trent Reznor™ ne vous suffit pas, je ne vois pas pourquoi vous avez lu cette chronique jusque-là. Tout au plus puis-je rajouter qu’on retrouve aussi sur cet EP des participations de Dave Grohl et Dave Navarro, ainsi que de la femme de Trent, Mariqueen Maandig.

 Le reste, appartient à l’histoire et il vous revient de la suivre ou non.


Titres de l'album:

  1. Branches/Bones
  2. Dear World,
  3. She's Gone Away
  4. The Idea of You
  5. Burning Bright (Field on Fire)

Site officiel


par mortne2001 le 28/12/2016 à 17:41
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