Dans le petit monde du Hard Rock mélodique à tendance AOR, il n’y a pas que de grosses structures et de grands pontes. Il existe aussi une scène plus difficile à identifier, constituée de passionnés travaillant dans leur coin pour proposer le meilleur travail possible, sans bénéficier d’un soutien conséquent. Et je rends hommage à ces seconds couteaux au travers de cette chronique, ces anonymes de la mélodie qui ont parfois le potentiel pour taquiner les références sur leur propre terrain, mais qui ne peuvent souvent se faire un nom faute de promotion. Alors retenez bien celui de Daniel TRIGGER, instrumentiste et compositeur chevronné, qui depuis des années se fait les dents sur un répertoire personnel, mélangeant allègrement les guitares sous accordées et les harmonies ciselées sans faire de bruit, mais en accumulant les réalisations d’importance. Originaire des Midlands, Daniel a eu la révélation en tendant l’oreille sur le hit radiophonique au possible des suédois d’EUROPE, ce fameux et inévitable « The Final Countdown » qui eut un effet gigantesque sur lui, au point de le pousser à consacrer sa vie à tenter d’égaler les maîtres de sa patte. Entre des groupes de lycée éphémères, et une admiration sans bornes pour des combos de légende comme BON JOVI, DEF LEPPARD, QUEEN ou GUNS N’ROSES, Daniel finit par monter son premier ensemble professionnel en 1995, FULL TILT, au sein duquel il n’enregistra qu’un seul LP. S’ensuivirent des expériences différentes, entre le Rock Blues de EASY, et le Rock mélodique du plus intime TRIGGER, qui fut la structure à la longévité et productivité les plus conséquentes. Mais après quatre longue-durée et huit ans d’existence, Daniel sentit que le moment était venu de composer et d’enregistrer une musique encore plus perso sous son propre nom…Ce qu’il fit en gravant trois disques emprunts d’un certain modernisme 90’s de guitares sombres atténuées par des harmonies fines et dentelées, passion oblige. Mais en 2017, il sentit que le moment était venu de revenir à ses amours de jeunesse, et c’est donc animé de tendres attentions qu’il se mit au travail sur ce Right Turn, au nom prédestiné…

C’est donc le bon tournant qu’il faut attendre de ces dix compositions au-dessus de tout soupçon, qui parviennent souvent à combiner la rage du Hard Rock, la séduction d’un Glam light et la beauté d’un AOR vraiment peaufiné. Musicien sincère, Daniel TRIGGER ne joue aucunement l’esbroufe, et nous abreuve de mélodies en cascade, que sa voix au grain râpeux met admirablement bien en valeur. Si l’ensemble ne fait pas grand cas d’un amour inconditionnel pour la scène FM américaine des années 80 et pour son pendant plus énergique scandinave de la même époque, l’ensemble dégage un délicieux parfum de tendresse d’adolescence, cet âge des amours troublants et des découvertes de personnalité. Aussi investi qu’une bande inédite des JOURNEY, mais tout autant concerné par les prêches du STRYPER le moins mielleux, Right Turn est une réussite flamboyante, qui n’a pas grand-chose à envier aux W.E.T, WORK OF ART et autres GROUNDBREAKER, malgré des moyens certainement plus limités. Moyens limités certes, mais implication totale pour cet instrumentiste qui ne fait pas les choses à moitié, et qui parvient à signer une poignée de hits que les radios US d’il y a trente ans se seraient fait un malin plaisir de matraquer, sans se soucier de savoir si leurs auteurs étaient hébergés dans le giron d’une major ou dormaient sur le trottoir de l’autoproduction. Sinuant sans cesse entre les couloirs du temps Hard Rock et les photos jaunies d’un Melodic Rock à tendance AOR, tout en prenant soin de multiplier les arrêts de bus Classic Rock, Daniel nous délivre dix compositions solides et sincères, qui si elles s’assimilent parfois à un tout indicible, parviennent toujours à proposer une accroche harmonique ou un refrain anthémique pour fédérer. Mais il se dégage de ce nouvel album retour aux sources une naïveté et une poésie très séduisantes, qui évoquent même parfois le patrimoine américain dans sa globalité, à la croisée d’un BON JOVI dit « de la maturité » et d’un STRYPER soft qui aurait enfin remisé ses bondieuseries au placard. En résulte un bain de jouvence estampillé Billboard 88/89, avec cette petite touche nineties que l’artiste affectionne tant.

Right Turn est donc une promenade agréable en ligne droite du temps, qui emboîte le pas de la vague nostalgique actuelle, sans céder à ses effets de manche. On sent que chaque partie de guitare résulte d’un processus de spontanéité, ensuite peaufiné pour parvenir à un résultat professionnel, et un morceau de la trempe de « Hold Back The Night » aurait largement sa place dans la discographie la plus récente du beau Jon, tant la mélodie et les arrangements vocaux hument le New-Jersey par tous les pores. Mais il est aussi possible de sentir, pour peu que votre sensibilité y soit réceptive des accents légèrement Sleaze parfois, notamment sur la poignée de morceaux d’ouverture, qui ne cachent en rien leur attirance pour un Hard-Rock de facture plus classique, mais toujours aussi mélodique. Le son global est d’une qualité indéniable, et apporte la clarté nécessaire à la réussite d’un tel projet, qui associe dans un même allant la puissance d’un Rock californien et les racines d’un AOR plus cosmopolite, entre Amériques et Scandinavie. Pour autant, aucun opportunisme sur cet album, qui se contente d’utiliser des recettes éprouvées, adaptées à la personnalité attachante d’un artiste sensible, mais pas dupe de ses influences. Il convient d’y voir un hommage à une jeunesse pas encore vraiment digérée, et qui revient par vagues, entre riffs aiguisés et chant modulé (« Heavy Heart »), et chaloupés rythmiques plus contemporains qui ne trahissent pourtant pas les références d’usage (« Alive »).

Les refrains sont évidemment calibrés pour coller à l’optique « musique de stade » privilégiée dans les moindres détails, même lorsque l’ambiance se tamise pour se rapprocher d’une émotion palpable (« Drive »). Chœurs à la DEF LEPPARD sans la pression de studio parfois étouffante, guitares cristallines ou mordantes selon l’atmosphère, mais aussi montée d’adrénaline pour retrouver l’impulsion de la scène du Strip, lorsque le fantôme des POISON et autres SLAUGHTER prend le relais sans le bruit des chaînes (« Rock N Roll Party », que les GREAT WHITE auraient pu faire monter en haut des charts). Et dès l’entame « Penitence », l’aveu admis est complètement pardonné, puisque la frontière entre délicatesse et mièvrerie n’est jamais franchie, grâce à un enthousiasme qui ne se démentira pas par la suite. Si bien évidemment, l’ombre du BON JOVI post Slippery When Wet plane bas au-dessus du ciel de Right Turn, on ne saurait en vouloir à Daniel de s’inspirer des meilleurs pour développer son propre univers, univers d’ailleurs personnel puisque trouvant son origine dans les épitres les plus anciens de la musique qu’il pratique. Un véritable geyser de bonne humeur, et une optique vintage qui n’abuse pas des artifices de studio pour faire sentir sa nostalgie. Avec ce nouvel album, Daniel TRIGGER prouve qu’il a tout à fait sa place parmi les plus grands du genre, et nous délivre une copie presque parfaite, qu’on aurait peut-être aimée plus variée pour complètement craquer.      

 

Titres de l'album :

                       1. Penitence

                       2. Days Gone By

                       3. Drive

                       4. Running Into The Wind

                       5. Hold Back The Night

                       6. Heavy Heart

                       7. Alive

                       8. There In Your Heart

                       9. Rock N Roll Party

                      10. Wheels In Motion

Facebook officiel


par mortne2001 le 06/10/2018 à 14:19
78 %    76

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Architorture

World Peace

Brainstorm

Midnight Ghost

Necronomicon

Unleashed Bastards

Dream Patrol

Phantoms of the Past

Grrrmba

Embodiment

Black Phantom

Expiration Date

Fullminator

Crackattack

Benighted

Dogs Always Bite Harder Than Their Master

Black Paisley

Perennials

Disgrace And Terror

Age of Satan

Bogue Brigade

Ruinous Behavior

Lioncage

Turn Back Time

The Cruel Intentions

No Sign of Relief

Void

Jettatura

Cauldron

New Gods

Tony Mitchell

Beggars Gold

Bosse-de-nage

Further Still

Attan

End Of

Whisker Biscuit

Kill For Beer

Morbid Messiah

Demoniac Paroxysm

Interview avec Harun Demiraslan

youpimatin / 20/10/2018
Groove Metal

Hangman's Chair + SBRBS / Live-report Rennes

Jus de cadavre / 09/10/2018
Stoner Doom

Voïvod + Bio-Cancer + Hexecutor

RBD / 06/10/2018
Mosh

Interview VOÏVOD - Daniel "Chewy" Mongrain

mortne2001 / 02/10/2018
Daniel Mongrain

Bloodshed Festial - Jour 2

Mold_Putrefaction / 02/10/2018
Breakcore

Concerts à 7 jours

+ Black Mirrors + The Vintage Caravan

26/10 : Backstage, Paris (75)

Photo Stream

Derniers coms

Bon alors moi, forcément, je déteste cet album et d'ailleurs tout ceux qui ont suivi...
Même chose d'ailleurs pour tout ce qu'à pu faire le père Cavalera ensuite.
Vieux con speaking... ... ...


Merde, si j'avais connu ça en 1994 j'aurais adoré....c'est excellent.


Pas convaincu... entre cette intro "sur-blastée" qui sonne totalement forcée et ce chant mielleux ridicule, j'ai de sérieux doutes sur les ambitions (capacités ?) du groupe depuis le départ de Wichers...


En effet la production est juste énorme ! Ce son de gratte bordel...


HM2 tous potards au max! un son bien cracra comme j'aime et deux très bon morceaux
vivement le 26


On se croirait revenus 25 ans en arrière quand on découvrait Stratovarius ... pas désagréable, mais quel est l'intérêt de produire ce genre de musique de nos jours ...


Quelle excellente chronique! Merci


Les mêmes que sur l'album de Nader Sadek, avec Vincent à la place de Tucker... Curieux d'écouter ça, perso.


Ouais, ben ce second album est quand même carrément moins bon que leur premier... En même temps l'attente était énorme après le "buzz" de Devoid Of Light !


Un mec en veste en jean sans manches, à dit « ha ha » il parait...


Hé mais faut arrêter les gars, j'ai pénétré personne moi vous me prenez pour qui? :)


Superbe chronique, bein écrite et qui rassemble bien toutes les impressions du disque ! J'adhère à fond ! Merci d'avoir mis en avant BLACK PAISLEY !


Il sonne bien Suédois ou Néerlandais pour du Death Québécois, ça change.


Et bien rassures-toi RBD, ton report est à peine "moins pénétrant que celui d'un Mortne2001"...
Vraiment...
Bravo donc.


Oui, je pense que le groupe aussi ! Une galère interminable j'ai cru comprendre !


Affiche pas mal aussi hâte de voir AORLHAC et DARKESTRAH.....


En plus c'est une belle affiche ce lundi....


Les festivals estivaux sont internationaux en termes de fréquentation, et je trouve curieux que tu le découvres juste cette année Jefflonger. Et c'est bien parce que le grand public n'a pas cette "culture métal" que Mr Barbaud a réalisé quelque chose que personne n'avait su faire avant lui en (...)


Tellement content que cet album sorte enfin ! :)


Bonne nouvelle ça !