Quatrième album déjà pour les américains de WOLVHAMMER, quatre ans après Clawing Into Black Sun qui lui-même intervenait trois ans après The Obsidian Plains, lui-même publié trois ans après l’initial Black Marketeers of World War III. Entre toutes ces publications, pas mal de splits, histoire de confronter sa légende avec celles de THE ATLAS MOTH et KRIEG, sans pour autant définir la frontière entre les territoires, puisque la zone d’inconfort des américains ne saurait tolérer de balises trop précises. The Monuments of Ash & Bone joue donc le changement dans la continuité, et de la franchise de son titre en révèle beaucoup sur un contenu qui satisfera les amateurs de sensations fortes, qu’elles soient Black, Sludge, Dark Rock ou Black N’Roll. Sans changer son fusil d’épaule, le quintette (Jeff Wilson & John Porada - guitares, Adam Clemans - chant, Andrew Gerrity - basse et Garry Naples - batterie, soit aucun survivant du line-up originel) adapte ses vues sur la violence contemporaine, en la traitant comme telle, sans chercher à la nuancer ou l’édulcorer. Et c’est certainement ce qui représente le point fort de ce nouveau longue-durée, qui ne cherche pas à élargir son public en abordant des styles qui modulent, mais qui reste fixé sur une ligne de conduite en descente en spirale, nous entraînant toujours plus loin dans les entrailles d’un enfer humain. Difficile de situer ce combo qui cherche obstinément la façon la plus repoussante d’aborder ses thèmes, les torturant d’un tempo lent et processionnel, ou au contraire, les durcissant d’une vitesse de croisière que les plus ardents défenseurs d’un BM de tradition respectent. Ainsi vont donc la vie et la mort entre les mains de ces sadiques, qui une fois encore, échappent à toute catégorisation trop précise, sans se montrer trop versatiles…

Alors, WOLVHAMMER finalement, qu’est-ce que c’est ? Tout d’abord une association, celle de musiciens qui se partagent géographiquement entre Minneapolis, Minnesota et Olympia, Washington, et qui se retrouvent régulièrement pour façonner un crossover de l’extrême, qui n’a que très peu d’équivalent sur la scène actuelle. Et selon les humeurs, vous passerez donc une fois de plus entre les mailles du filet Death Rock, vous engluant dans les méandres d’un faux Sludge boueux, mais pas crépusculaire, avant de vous échouer sur l’île déserte d’un Black Metal sans concession, aussi inspiré par la vague nordique originelle que par la première mouture nationale qui à la fin des années 90 commençait à en distordre les froids commandements. En sept morceaux seulement, les américains valident leur passé et leur parcours, et nous font headbanguer, nous violentent, nous bousculent, nous enfoncent dans nos propres traumas, en utilisant toute l’étendue des possibilités de guitares qui refusent de se brider, et l’élasticité d’une rythmique qui ose les plans contraires pour accentuer la crudité de son propre tempo. Et c’est une très courte intro synthétique qui nous mène au cœur des débats, lorsque l’impitoyable et cru « Eternal Rotting Misery » se place en convergence du BM et du Hardcore. Riffs décharnés et graves dans leur entêtement, chant toujours partagé entre rudesse rauque et gravité glauque, mélodies tuées dans l’œuf et prétextes à des débordements catchy, pour une farandole nous donnant le tournis, bien incapables que nous sommes de vraiment appréhender la réalité des faits. Est-ce du Black, du Death Rock, du Hardcore à la mort, ou un Heavy Metal tellement remonté qu’il finit par en déborder ? La réponse vous en appartient, d’autant plus que l’équation se complique au fur et à mesure des titres, nous laissant plus qu’interrogatifs.

D’aucuns me diront, à très juste titre, que l’ivresse importe peu du moment qu’on garde le flacon. Et ils auront raison, tant The Monuments of Ash & Bone s’obstine à séparer le bon grain de l’ivraie, épurant les scories de la concurrence pour se concentrer sur les aspects les plus bruts des conséquences. Et si la cause reste inconnue (on s’est toujours plus ou moins demandé à quel wagon raccrocher le quintette), ces fameuses conséquences sont quant à elles immédiates, et nous séduisent de leur inclusion/exclusion permanente, jouant avec les étiquettes comme tous les musiciens affranchis le font. Ce titre en est d’ailleurs une illustration parfaite, jonglant avec les ambiances, se cassant le cou sur des fulgurantes courses en avant, temporisant pour mieux s’envoler, et aplatissant pour mieux mettre en relief. La production de Jarrett Pritchard (GOATWHORE, EXHUMED, il sait de quoi il parle) a ce je-ne-sais-quoi de nostalgique qui nous entraîne sur les traces du passé, mais ne se contente pas de galvauder, et adapte la nostalgie à l’air du temps pour conférer à l’œuvre une aura unique, un peu comme si les MORTALS s’amusaient à reprendre du HELLHAMMER histoire de rester au frais (« Call Me Death », on n’a pas vraiment envie de lui trouver de petits surnoms), ou à singer les mauvaises habitudes de DARKTHRONE, les capacités en plus. Et comme chaque chapitre à une patine bien différente, la tâche du producteur n’en a été que plus difficile, lui qui est parvenu à conserver cet éclectisme sans sacrifier la cohésion, ce qui n’est pas le moindre des exploits.

Mais gageons qu’au vu de son CV, Pritchard a dû trouver son compte dans cette apocalypse de haine, lui qui gère comme personne la brutalité et parvient à la rendre tangible. Il a d’ailleurs beaucoup dû apprécier les accès de rage soudains de « Law Of The Rope », qui en mixant Black et Roll, Crust et Core nous fait tourner fou, osant même la coupure sèche et nette au centre pour se rapprocher une fois encore du parfum de mort de Tom Warrior. Avec une telle description, on pourrait croire les WOLVHAMMER trop lunatiques, ce qu’ils sont assurément, mais sans pour autant retourner leur veste à chaque instant. Non, leur vocable est juste tellement étendu qu’ils ne se privent pas pour mélanger les formules, combinant les champs lexicaux musicaux pour aboutir à un nouveau langage, qui se réclame tout autant de TOMBS que des WOE (« Bathed in Moonblood & Wolflight », et ses chœurs terrifiants). Guitares lancinantes et pourtant entraînantes, pour un lick central aussi entêtant que redondant, transposant le Rock dans son homothétie extrême sans le dénaturer. Les esthètes les plus pointus ne manqueront pas de pointer du doigt le long et hypnotique final « Solace Eclipsed », arguant du fait que ses arrangements de cordes synthétiques lui permettent de jouer l’aération et l’harmonie, et ils seront dans leur bon droit, puisque cet épilogue en forme de paroxysme accentue encore plus le caractère farouchement imprévisible d’instrumentistes/compositeurs qui refusent toute forme de routine et de facilité. Long crescendo en attraction/répulsion, ce final homérique nous fait comprendre que la mélodie ne se cache jamais très loin de l’éclipse, et que même la noirceur totale n’en cachera jamais complètement la lumière. Aussi emphatique et majestueuse qu’une coda d’OPETH, cette clôture nous permet de refermer la parenthèse ouverte par The Monuments of Ash & Bone complètement satisfait de notre expérience, et prêts à reprendre le cours normal de notre vie.

Mais lorsque les WOLVHAMMER en font partie, celle-ci n’est jamais vraiment normale.


Titres de l’album:

     01. Eternal Rotting Misery

     02. Call Me Death

     03. Law Of The Rope

     04. Bathed In Moonblood And Wolflight

     05. The Failure King

     06. Dead Rat Rotting Raven

     07. Solace Eclipsed

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par mortne2001 le 06/06/2018 à 17:37
88 %    361

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
07/06/2018 à 17:43:25
Vu sur scène avec Shining et Revenge, j'avais trouvé ça très (trop ?) dans "l'air du temps" comme style... Mais ça se tient...

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https://www.youtube.com/watch?v=Ol87N0nxfVs

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Belle découverte pour moi, j'aime le côté thrashy de certains riffs.


Excellente chronique !


Old school cette pochette ???
La thématique oui, mais la réalisation pas du tout. On dirait un comic Marvel récent...


On dirait du Pestilence la pochette.


Cet artwork très "old-school death metal" !


La musique me replonge directement dans les années 90' cassage de nuques et headbanging, mais j'ai plus de mal avec le chant.


L'intro de "Hell Awaits" sur Decade... M. A marqué à vie !


Gros respect pour Slayer même si j'ai seulement 2 mauvais souvenirs de concert (sur plus d'une quinzaine) Pour moi aussi decade reste le meilleur live , ne serait ce que pour l'intro de hell awaits qui plante le décor pour tout le reste de l'album.